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Notre classe

Accumulation de conflits

Ryanair, une grève sans précédent qui s’organise à l’échelle internationale

Les salariés de Ryanair sont rentrés en lutte contre leur direction exigeant un droit au respect, à de meilleures conditions de travail ainsi que l'application du droit du travail du pays dans lequel ils sont domiciliés. La firme connaît ainsi le conflit le plus important depuis sa création en 1985.

La tempête gronde pour la compagnie aérienne irlandaise. Les conditions de travail misérables et la non-sécurité de l’emploi ont été les provocateurs de deux conflits importants pour Ryanair. Les pilotes irlandais ont lancé le mouvement de grève, qui ont été suivi par les stewards et les hôtesses travaillant pour la compagnie dans différents pays européens comme la Belgique, l’Espagne, les Pays-Bas, le Portugal et l’Italie.

Les syndicats des quatre pays ont réussi à se coordonner et ont appelé en chœur à la grève mercredi et jeudi – le préavis de grève du syndicat italien ne concernait que le mercredi 25. Cette grève aurait provoqué, selon la direction de la compagnie, l’annulation de 600 vols durant les deux jours. La grève des personnels de cabine a enregistré des taux d’adhésion très important comme au Portugal où 80 % d’entre eux se sont mis en lutte.

Une précarité généralisée

Ryanair est une compagnie aérienne qui s’est fait connaître en proposant des vols à petits coûts partout en Europe. Seulement, ces « bon-plans » qui mettent un Toulouse-Berlin à 10€ ne sont possible qu’avec divers « sacrifices » que veut bien faire la direction irlandaise, sur le dos des employés. Ryanair est très attentif au recrutement de sa main d’œuvre… pour que celle-ci soit aussi à « bas coût » en employant notamment des travailleurs venant de Grèce, Roumanie ou bien d’Espagne.

Chez Ryanair, il n’y a pas de petite réduction, les bouteilles d’eau et les plateaux-repas pendant le vol ne sont pas fournis par l’entreprise mais doivent être achetés par les employés s’ils veulent se nourrir. Les meubles des salles de repos sont issus de financements participatifs organisés par les travailleurs eux-mêmes. La compagnie low-cost ne souscrit à aucune assurance maladie et accident de travail pour leurs travailleurs, les mettant aussi de fait dans une situation où ils risquent de se faire virer s’ils prennent des jours de congé. Summum de la pression managériale, si les employés ne remplissent pas leurs quotas de vente en vol, ces derniers peuvent se retrouver convoqués au siège social à Dublin pour s’en justifier.

Pour rajouter du gris au tableau, les travailleurs de Ryanair se retrouvent sous la législation irlandaise et non du pays dans lequel ils travaillent, les mettant de fait en difficulté lors des démarches administratives avec la compagnie.

Leurs revendications, qui peuvent différer entre pays, se regroupent notamment autour d’une amélioration du salaire qui est de 1000€ pour un débutant, une amélioration des conditions de travail mais aussi la mise des travailleurs sous la législation du pays dans lequel ils se trouvent.

Une détermination à toute épreuve

Les salariés belges abordent leur lutte avec une grande lucidité. Dans une interview pour le journal La Libre Belgique, des hôtesses de l’air se confient « Oui, Ryanair pourrait nous virer avec cette grève … En tout cas, nous n’avons plus peur de faire grève et on ira jusqu’au bout. Si rien ne bouge du côté de Ryanair, on continuera. » Cette détermination ne sort pas de nulle part, entraînées par les traitements infligés ainsi que les multiples affronts et menaces de la direction qui faisait poindre des sanctions comme des suppressions de postes si jamais les syndicats appelaient à la grève.

En effet, les travailleurs se lancent dans la bataille avec la certitude de gagner, car malgré les menaces de licenciement, ils savent que la compagnie est en perte de vitesse et a du mal à garder ses employés qui partent exténués par les conditions de travail. Un ancien de Ryanair, dans une entrevue avec 20 Minutes plaisante sur son expérience dans la boîte « Il paraît que ça fait bien sur un CV. Les recruteurs savent qu’on travaille dur. »

Malgré la détermination des travailleurs et l’impact de la grève, la direction écrit dans ses derniers communiqués qu’elle ne compte pas bouger d’un iota dans ce conflit sans précédent. Si l’exploitation salariale et les pressions vont bon train dans les entreprises pratiquant le « discount » comme Ryanair, où la main d’œuvre est largement féminisée et précarisée, cela ne promet que plus de colère et d’indignation pour faire plier ce géant du low cost.




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