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SFR saigne ses effectifs : 5000 suppressions d’emplois

Publié le 29 juillet 2016

G.Gorritxo

Selon les syndicats du groupe, la direction compte supprimer 5000 emplois d’ici 3 ans, soit un tiers des 14.300 salariés. Le PDG Patrick Drahi ne dément pas, et compare même ces emplois à des machines à laver qui arriveraient à terme...

Lors d’une réunion avec les syndicats mardi 26 juillet, la direction aurait annoncé vouloir atteindre les 5000 suppressions de postes d’ici à 2019. C’est donc plus d’un tiers des effectifs qui seraient concernés, notamment dans les boutiques, où un milliers des 3900 postes pourraient être supprimés.

Comme dans tout plan massif de licenciements, la direction prétend chercher à réduire les conséquences sociales, en favorisant les départs volontaires par exemple. Premièrement, il est connu que de nombreux départs "volontaires" font suite à des pressions. D’autre part, une suppression d’emploi se répercute toujours sur la quantité de travail de "ceux qui restent". On voit également mal comment 5000 salariés pourraient quitter "volontairement" leur emploi, d’autant plus quand la dynamique de suppressions de postes est la même dans tout le secteur, et que le chômage continue d’augmenter. Cela laisse peu de chances de retrouver un emploi...

Le deuxième argument de la direction, habituel lui aussi, est qu’il n’y a pas d’alternative. Et y compris que le fait ces emplois permet de sauvegarder les autres. Drahi appelle même ça le "New Deal Social".

Ici, le prétexte c’est la "guerre des prix". Dans ce secteur propice aux monopoles, les opérateurs aimeraient s’entendre pour pouvoir augmenter les prix ensemble, d’un commun accord. Mais, chacun joue en même temps la concurrence de son côté. Dernier exemple en date, le deal prévu entre Bouygues et Orange, qui ont finalement rompu les négociations.

Ce qu’il reste à faire est simple selon le PDG. Si on doit baisser les prix, il faut "réduire les coûts". Soit dit en passant, la baisse des prix de SFR pourrait faire sourire ses clients. En effet, SFR use de nombreux moyens pour augmenter ses tarifs de façon plus ou moins opaque.

Pas de soucis, voilà El Khomry !

Les syndicats s’inquiètent des suppressions de postes ? Pas d’inquiétude, la ministre du travail Myriam El Khomry a annoncé qu’elle se saisissait du dossier. Elle rencontrera mardi 2 août les syndicats puis la direction, et s’assurera des "respects des engagements pris sur l’emploi". Vu la loi qu’elle vient de faire passer et la dégradation de l’emploi et des conditions de travail qu’elle va engendrer, il y a de quoi s’inquiéter !

La ministre fait référence ici à la garantie de protection de l’emploi que la direction de SFR a signé au moment du rachat à Vivendi, et valable jusqu’à juillet 2017. La CGT FAPT explique pourtant qu’en 18 mois, 1200 emplois ont déjà été supprimés, via des ruptures conventionnelles ou des non-remplacements de départs à la retraite. On doute que la ministre questionne cela...

Mais en plus, il semblerait même que Drahi, trop pressé, commence en fait à tailler dans les effectifs avant même juillet 2017, notamment dans la restructuration des boutiques. A propos de cette garantie, il a même osé la comparer à la garantie de machines à laver, en expliquant que les salariés comprenaient bien qu’elle allait arriver à son terme, et que "quand la machine tombe en panne, on la change".

Quand on voit les profit des actionnaires d’Altice, maison-mère du groupe, on a du mal à comprendre de quelle panne il parle.

Le mois dernier, il avait déjà explicitement expliqué, surement pour rassurer ses actionnaires inquiets, qu’il "n’aime pas payer des salaires", et qu’il "paie aussi peu que possible". Tout est dit...

Mais il ne devrait pas fanfaronner trop vite. Avec l’élan de la mobilisation contre la loi travail, et l’exemple de la grève de juin des salariés de SFR Business Solutions (grève très suivie, par 3/4 des 800 salariés, dans un secteur peu habitués aux grèves), les salariés pourraient mettre en échec ce plan, et montrer ainsi comment lutter - vraiment - pour l’emploi, à l’exact opposé des discours du PS et de LR qui expliquent que c’est en attaquant les conditions de travail qu’on sauve les emplois.

La CGT SFR appelle d’ailleurs à se saisir de la date de mobilisation du 15 septembre, pour lier leur revendication à l’abrogation de la loi Travail.

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