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Usagers et cheminots en danger !

SNCF : Deux sénateurs préparent une bombe sociale pour le prochain président

Alors que la mise en concurrence du secteur ferroviaire français doit commencer dès 2023 en ce qui concerne les TER, une proposition de loi va être présentée à la rentrée. Cette dernière permettra aux régions le désirant de transférer une partie de son trafic TER à un opérateur privé. Chronique d’une catastrophe annoncée et inévitable ? Correspondants cheminots

Depuis 2015, donc bien avant la réforme ouvrant la voie d’une concurrence sur le marché national, Guillaume Pepy disait ne pas en avoir peur. Au printemps dernier, sous fond de loi travail et en plein mouvement social dans son entreprise, il complétait son idée et parlait d’ « anticipation », et même d’une « saine mise en concurrence » au sein du groupe SNCF. Nombre de régions, entre lesquelles se trouvent le Grand Est, la région PACA et Pays de la Loire, ne cachent plus leurs envies d’aller voir ailleurs, d’essayer un autre opérateur ferroviaire. Le directeur de l’EPIC Réseau, Patrick Jeantet, se propose d’accompagner les régions dans l’arrivée et la mise en place d’une concurrence, pour la branche mobilité. Le président de l’ARF (Association des Régions de France), Philippe Richert, cosigne avec Matignon -Manuel Valls plus précisémen- l’acte 2 de la plate-forme Etat-régions, produit d’une directive européenne, offrant au passage un accompagnement financier au cas par cas pour les régions actives dans ce processus. Voilà enfin posées les bases d’un transfert possible par les régions d’une part du trafic TER vers une compagnie privée, ou une régie publique, avec tout ce que cela implique en terme de conditions de travail pour les cheminots mais aussi en termes de dégradation des conditions de sécurité pour les usagers. Pour une mise en application vers 2020, la loi doit être adoptée avant la fin de l’année d’après un cadre de Transdev. La voici donc en préparation... 

D’après le journal Les Echos, Hervé Maurey (UDI) et Louis Nègre (LR), tous deux sénateurs, travailleraient sur un projet de loi cadrant les "expérimentations" à la SNCF. Louis Nègre est un proche de Christian Estrosi (président de la région PACA), actuellement en négociation tendue avec la SNCF, et Hervé Maurey siège au conseil d’administration de la SNCF en tant que représentant de l’Etat... A toutes ces étapes quid de la neutralité et de la compétence de tous ces intervenants ? On voit bien les intérêts que défendent les uns et les autres… Que nous prépare l’avenir de la SNCF ? Hormis la mise en place d’une multinationale recentrée sur ses bénéfices, qu’engendre humainement et socialement de tels changements ?
Franck Lacroix, patron de l’activité TER, sous couvert de ne pas vouloir perdre son marché, a lancé un grand plan de réduction des coûts. Alléger la facture présentée aux régions lors de la signature des conventions, notamment en n’hésitant pas à proposer des dessertes par autocar (1300 par jour actuellement, contre 7000 pour le train), en mettant en place l’EAS (suppression de contrôleurs dans les trains), en organisant la désertification des gares et le payement des services, en transférant les opérations de sécurité des agents de gares aux contrôleurs ou aux conducteurs, afin de faire baisser leurs qualifications (entendez la paye). Bref, en rognant sur les emplois, la sécurité et la qualité du service publique, la SNCF vous fait préférer le train… ou pas. 

Quand « moins de trains » rime avec « cheminots en trop » et privatisation

Si ces 5 régions mettent en place une compagnie privée, la SNCF se retrouvera forcément avec des agents « en trop », si on peut dire. Quel sort leur est-il réservé ? Il va de soi que l’entreprise va vouloir s’en débarrasser, mais comment faire cela légalement ? Il faudrait intégrer la loi « elle-connerie » dans la réglementation SNCF. Rentre alors en scène les organisations syndicales CFDT et UNSA, qui au printemps dernier ont livré les cheminots aux affres du capitalisme destructeur. Les textes sont sur le point d’être changés pour les agents ne bénéficiant pas du statut, si bien que la fragilité économique pourra être invoquée pour licencier. Sachant que la dette dont on ne sait plus qu’elle branche se creuse, se creuse, se creuse... Pour les agents au statut il en sera autrement : un transfert pur et simple d’une partie des employés, ou des mutations pour éviter le chômage technique. En attendant de faire sauter le verrou, autrement dit en attendant de faire sauter l’acquis social qu’est le statut, pour les cheminots.

Les deux comparses vont commencer les auditions courant mars, pour une loi "mûrement" réfléchie cet été. En gros, le cadeau reviendra au/à la prochain(e) élu(e), et ce n’est pas sans risques. Car ce dernier a peut-être d’autres priorités que de faire face à une vague de colère cheminote en début de mandat. Un été chaud chez les cheminots pourrait amplifier la grogne social ambiante, et tout gouvernement hésite toujours à s’affronter directement aux concernés des réformes, en d’autres temps beaucoup de ministres ont sauté face à la rue. Un syndicaliste nous dit s’inquiéter du sort réservé aux emplois des guichets, de l’accueil dans les gares, et de la sécurité car « ce sont ceux sur lesquels les nouveaux entrants pourront jouer pour faire baisser la facture ». C’est pourtant ni plus ni moins ce que la SNCF met en place depuis de nombreuses années : désertification des gares et des trains, disparition des guichets, en résumé, une politique qui ne peut que conduire à de nouveaux Brétigny. Dans leur réflexion, ces deux experts rejoignent un précédent rapport parlementaire pointant du doigt la présence de « Gares et Connexions » dans la branche Mobilités. La branche « Gares et Connexions » reçoit les deniers des boutiques en gare, et Réseaux, ceux du passage des trains, d’où l’envie de les rassembler, et de faire de la branche Mobilités une « Société Anonyme », facilitant ainsi grandement sa "gestion" ...

Si localement les tensions entre syndicats et patronat ne cessent réellement jamais à la SNCF, de telles attaques risquent fort de mobiliser massivement les cheminots à la rentrée, et quel que soit le nouveau président, il devait goûter de la rue et du slogan. A n’en pas douter chacun devrait se tenir prêt... 




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