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Politique

« On travaille à sortir proprement du conflit »

SNCF. L’UNSA et la CFDT se félicitent des « négociations » : mais de qui se moque-t-on ?

A la sortie des bureaux de ministère, l’UNSA et la CFDT se sont félicitées des « négociations ». Des déclarations scandaleuses alors que le plan de la grève « perlée » montre toutes ses limites et que le gouvernement se montre inflexible.

« On travaille à sortir proprement du conflit avec des garanties à la sortie », la déclaration de Roger Dillenseger à la sortie du bureau d’Elisabeth Borne ne laisse aucun doute sur les intentions de l’UNSA Cheminots : trouver le premier prétexte possible pour trahir la mobilisation cheminote. On ne connait pas encore les amendements proposés par la CFDT et l’UNSA qui pourrait être acceptés sur le texte présenté fin mai au Sénat, mais on sait d’ores et déjà que les concessions ne pourrait être que très marginales, tant le gouvernement s’est montré intransigeant sur les questions essentielles. Une inflexibilité telle qu’il n’est pas sûr que cela suffise pour faire accepter un accord de sortie de grève.

Dès lors, on ne voit pas bien en quoi il existerait une « deuxième phase » plus propice au dialogue comme l’annonce les représentants de la CFDT et de l’UNSA. Au contraire, s’il y a une nouvelle phase, c’est celle de la contre-offensive du gouvernement et de la direction de la SNCF, qui voient que la grève connait un moment de creux, au-delà de la journée sans cheminots du 14 mai qui s’annonce très suivie, mais qu’elle peut encore durer, et veulent profiter de ce moment pour en finir le plus rapidement possible. C’est le sens de l’opération de communication [lancée par Guillaume Pépy, qui offre des réductions aux usagers, somme toutes très limitées, et qu’il inclue dans le coût de la grève chiffré à 300 millions d’euros- revolutionpermanente.fr/SNCF-300-millions-cout-de-la-greve-ou-coups-du-gouvernement-et-des-cadeaux-de-Pepy]. C’est le sens aussi de la relance des soi-disant « négociations », mascarade communicationnelle couverte par la direction de l’UNSA et de la CFDT, mais refusée par la CGT et Sud Rail.

Dès lors, la question qui se pose au mouvement, c’est de savoir commencer relancer le mouvement et durcir le conflit. Or, pour le moment, les propositions de l’intersyndicale sont loin d’être à la hauteur. A l’image de la consultation initiée par la CGT, et que l’UNSA, d’abord sceptique, a dû accepter sous pression de sa base et pour mieux cautionner sa politique de « négociations ». « Etes-vous pour ou contre le pacte ferroviaire porté par le gouvernement ? » : c’est la question qui sera posée à tous les cheminots… et dont on connait déjà la réponse puisque 90% des salariés ont déjà participé à au moins une journée de grève.

« Toutes les armes sont bonnes à prendre » certes mais certaines sont plus aiguisées que d’autres, à commencer par la grève qui est la seule à même de taper dans le portefeuille du patronat et renverser les vapeurs. Or, de ce point de vue, force est de constater que la « perlée », présentée comme une manière innovante de cesser le travail en perdant moins d’argent a surtout servi au gouvernement pour invisibiliser le conflit… et préparer le terrain pour les « négociations » des directions de la CFDT et de l’UNSA effrayées par la combativité ouvrière.

Pourtant, sur le terrain, la détermination des cheminots est loin d’être entamée. Malgré les faiblesses évidentes de la « perlée », les taux de grévistes se maintiennent à un certain niveau. La combativité qui existe à la base a pu s’exprimer dans les actions de cette semaine, par exemple place Vauban où 300 cheminots ont exprimé leur volonté de retrait sans négociation du pacte ferroviaire.

Pour contenir les velléités de « négociations » qui commencent à s’échauffer du côté des syndicats « réformistes », la meilleure réponse serait donc de construire un véritable plan de bataille qui permette d’exprimer le refus du pacte ferroviaire. C’est ce durcissement du conflit qui permettrait de contenir les tentatives de sortie du conflit affichées côté UNSA et CFDT. Or, les différentes initiatives annoncées jusqu’ici apparaissent surtout comme une manière de ne pas discuter du plan de bataille de l’intersyndicale qui a mené jusqu’ici dans l’impasse et des manières de durcir le conflit. Plutôt que de consulter les cheminots sur ce qu’ils pensent de la réforme, pourquoi ne pas plutôt les consulter sur la stratégie pour gagner ?

Crédit photo : BERTRAND LANGLOIS / AFP




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