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Politique

Réforme ferroviaire

SNCF : La CFDT et l’UNSA dans les starting-blocks pour « sortir au plus vite du conflit »

Après deux mois de grève « perlée », sans avoir réussi à changer ne serait-ce qu’une virgule des fondamentaux de la réforme ferroviaire, le secrétaire général de la CFDT et le patron de l’UNSA cheminots affichent désormais ouvertement leur volonté de sortir de la grève, et parlent déjà de la bataille du rail au passé.

Voilà maintenant plus de deux mois que les cheminots se battent contre la réforme du rail, 26 jours de grève qui montrent la colère énorme qui s’exprime dans ce secteur ainsi que la détermination à lutter contre le gouvernement et son projet de casse du service public. A titre comparatif, en 1995, en 21 jours de grève le projet de loi avait été retiré. Mais malgré le ras-le-bol qui s’exprime à la base, les travailleurs se heurtent dans cette bataille à un obstacle de taille : la tactique de la grève « perlée »ainsi que l’absence d’un véritable plan de bataille de la part des directions syndicales, à la hauteur pour défaire Macron et lui faire retirer sa réforme ferroviaire.

Et alors que les directions syndicales ont proposé un scénario qui, après deux mois de lutte, montre toutes ses limites, celui de faire grève deux jours sur cinq, l’Unsa et la CFDT se préparent à se retirer du conflit prétextant avoir obtenu des « avancées ». Les deux syndicats ont en effet proposé une série d’amendements à ce projet de régression sociale au gouvernement, qui les a reçus courant mai et qui les a en partie acceptés. Mais ces modifications du projet de texte initial ne sont qu’un trompe-l’œil, ne modifiant en rien les axes centraux contre lesquels se battent les cheminotsà savoir l’ouverture à la concurrence, le passage au statut de société anonyme ainsi que la disparition du statut des cheminots qui sera effective dès 2020. Car si Laurent Berger se félicite d’« avancées », soit une reprise partielle de la dette de la SNCF – dette qui n’est que la conséquence d’une mauvaise gestion de la SNCF par le patronat, mais aussi plus généralement, d’une logique de rentabilité du service public – totale ou partielle, cette reprise n’améliorera en aucun cas les conditions de travail des cheminots et la qualité des services offerts aux usagers. Cette dette, c’est celle de la SNCF et non des cheminots : c’est son annulation qui est à exiger.

Ces mêmes directions syndicales ont précisé vouloir attendre la validation de la commission mixte paritaire du 13 juin pour annoncer officiellement une sortie du conflit, si le texte reste conforme à celui voté par le sénat ce 5 juin. Pourtant quelques semaines auparavant ces mêmes directions organisaient un référendum chez les cheminots, qui donnait comme résultat le rejet en bloc de la réforme ferroviaire par 95% des salariés de la SNCF, un projet ni amendable ni négociable en somme. Cette décision unilatérale de sortie de conflit risque fort d’être annoncée mi-juin par la CFDT et l’Unsa, en témoignent les déclarations de leurs dirigeants. En outre, Laurent Berger expliquait il y a quelques jours qu’« à un moment, il faudra passer à une autre forme de mobilisation, c’est-à-dire la construction d’un accord d’entreprise » tandis que le patron de l’Unsa ferroviaire affirmait : « Nous avons eu des avancées. Nous sommes dans un moment important du mouvement ».

De même, un communiqué paru le 1erjuin et signé par les quatre directions syndicales des organisations représentatives, dont la CGT et Sud-Rail, dans lequel le ton donne à penser que la réforme est déjà adoptée… Il s’agirait d’ores et déjà de négocier la convention collective de branche à laquelle seront embauché les cheminots après la fin du statut. Une façon en somme de faire penser que le retrait du pacte ferroviaire n’est plus d’actualité. Mais pourquoi avoir organisé un référendum sur le retrait de la réforme, si c’était pour négocier des miettes avec le patronat du ferroviaire, quelques jours après que 91000 cheminots aies voté contre la régression sociale ?

Il suffit de regarder du côté de la CFDT pour obtenir des réponses. Cela fait déjà plus d’un mois que le syndicat a complètement capitulé à l’ouverture à la concurrence, à l’image des déclarations de Véronique Descq en avril : « Dans la mesure où la SNCF va s’ouvrir à la concurrence, il va y avoir de la mobilité des salariés dans le rail. Donc il faut une convention collective qui protège tous les salariés du rail, SNCF ou pas. Là, ce sont les employeurs qu’il faut mettre en demeure de négocier ».Il y a quelques jours, on apprenait même que la secrétaire générale de la CFDT, numéro deux du syndicat, allait rendre son mandat pour rejoindre la caisse des dépôts et consignation, véritable bras financier de l’État. Quitter le navire en pleine grève ?Cela rappelle étrangement la façon dont l’ex cadre de Force Ouvrière est entré au gouvernement en pleine bataille contre les ordonnances XXL, ou encore la trahison de Mailly qui a refusé de manifester et s’opposer au gouvernement et à son plan de casse du code du travail. On connaît les suites, et la colère des militants à la base durant le congrès qui a suivi.

Si la CGT Cheminots affirme de son côté que la grève continuera après « l’étape » du Sénat, Laurent Brun reste pour l’heure absolument sourd à tout changement de calendrier quand bien même les limites de la grève « perlée » deviennent une évidence pour nombre de cheminots à la base. De son côté Sud-Rail expliquait il y a une semaine que « les annonces du premier ministre ne sont pas de nature à faire cesser la grève » donnant ainsi l’illusion que les négociations « ça peut marcher ». Si la ligne « officielle » reste celle du « retrait », les communiqués signés par Sud-Rail en commun avec l’interfédérale n’expriment en aucune cas cette politique. Ainsi, la direction de Sud-Rail ne donne aucune clarté sur un plan de bataille alternatif pour un changement de calendrier. Ce n’est pas une nouvelle journée « sans cheminots », malgré son succès, mais surtout une journée « sans lendemain » qui permettra de changer la vapeur pour défaire Macron.

Pourtant la détermination des cheminots est toujours présente, après plus de deux mois de grève. Les cheminots réunis en réunion intergares ont même voté pour briser cette stratégie perdante et bouger le calendrier. Ces grévistes, syndiqués ou non, ont décidé depuis quelques semaines de discuter par le biais de rencontres inter-gares, d’interpeller les directions syndicales pour essayer de généraliser ce changement de calendrier, à l’image de l’appel à la grève pour la journée symbolique du 5 juin, date du vote de la réforme au Sénat, qui ne figurait pas dans le calendrier initial.

Crédit photos : ( FRANCOIS GUILLOT / AFP )
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