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Politique

SNCF : Macron et Pepy veulent en finir définitivement avec les cheminots !

Remise en cause du Statut des cheminots, annonce de suppressions d’emplois, ouverture à la concurrence, transfert de personnel, dans une interview au journal des échos, Guillaume Pepy, dont on peut difficilement imaginer qu'il s'exprime sans l'aval de Macron, comme l’affirme le journal patronal, lance à nouveau un pavé dans la mare : « une réforme de la SNCF sans tabou » !

Crédit photo : Marc Ollivier / Ouest-France.

Des attaques prévisibles !

On aurait pu l’écrire avant même le début de la grève, tant la stratégie patronale d’enfoncer la tête des cheminots après une défaite, devient classique. Les cheminots le savent, après chaque défaite s’en suit son lot d’attaques, de réorganisations et de répression contre les grévistes.

Déjà la grève arrivant presqu’à son terme, la SNCF ne s’est pas gênée pour attaquer les nombreux accords locaux qui existent dans les établissements SNCF, comptant sur la fin de la « Bataille du rail » pour retirer les acquis locaux des cheminots dans la démoralisation d’une fin de grève.

Et la direction de la SNCF ne s’arrête pas là, dans une période ou les organisations syndicales ressortent toutes KO debout, pour annoncer par centaines des fermetures totales ou partielles de guichets, des suppressions partielles ou totales de fermetures de lignes et pas moins de 14000 suppressions d’emplois minimum d’ici à 2026.
La fin du statut pour annoncer des plans sociaux !

Quoi de plus facile pour le président Pepy afin d’éteindre l’incendie qu’a causé l’annonce des fermetures de boutiques SNCF et guichets, que de ressortir la bonne vieille rengaine du statut des cheminots comme bouclier. Celui-là alors même que Guillaume Pepy, Elisabeth Borne et Edouard Philippe, juraient la main sur le cœur ne pas y toucher sauf pour les futurs embauchés à partir de 2020.

Voilà qu’après la 1ère étape passée, Pepy profite de la période pour passer la deuxième afin d’en finir définitivement avec le statut de cheminot. Car c’est bien de cela qu’il s’agit depuis le début lorsqu’on lit entre les lignes de cette stratégie patronale depuis la première réforme de 2014. Si la plupart des économistes sérieux ont expliqué clairement que le statut des cheminots n’avait rien à voir avec la gestion chaotique du système ferroviaire, le gouvernement et Pepy comme chargé de communication, veulent tout de même en finir, car c’est bien en supprimant le statut de cheminot, que la SNCF pourra enfin annoncer des plans sociaux de masse.
Si jusqu’à présent la stratégie était de ne pas remplacer les départs en retraite ou bien d’utiliser les cheminots dans d’autres secteurs après une suppression de poste, avec l’ouverture à la concurrence les choses se compliquent sérieusement. Car rappelons-nous par exemple que la réforme ferroviaire de 2018 ne prévoit pour l’heure qu’une reprise de 80% des effectifs avec le transfert de personnel. Que faire donc des 20% restant dont les entreprises concurrentes ne voudront pas.

C’est bien cette protection de l’emploi qui existe dans le statut, dont la SNCF veut absolument se débarrasser. Informatisation des postes d’aiguillage, suppressions de guichets et bulles d’information, automatisation de la conduite, suppression des agents d’accompagnement, fermeture des technicentres d’entretien du matériel, suppression du Fret ferroviaire au profit de la route, externalisation des services administratif, utilisation massive de la sous-traitance en gare et dans l’entretien des voies. Voila une liste non exhaustive de toutes les réorganisations en cours et à venir au sein de la SNCF. On se demande donc comment Pepy peut-il annoncer uniquement 14000 emplois en moins, alors que c’est bien un régime draconien qu’il compte infliger à la masse salariale de l’entreprise dans les 10 ans à venir.
Tout le monde s’accorde à dire que cette réforme ferroviaire ne règle en rien les questions de dette, ou de régularité des trains, lorsqu’on voit le modèle allemand qui fait de plus en plus débat et celui d’Angleterre ou plus de 70% des anglais redemandent sa renationalisation d’urgence.

Voilà donc une stratégie savamment orchestrée pour préparer un des plans sociaux les plus importants de France, dans un des bastions historiques du mouvement ouvrier, afin de rattraper le retard passé sur les pays néo-libéraux qui ont déjà passé le cap des privatisations et des reculs sociaux.

Des organisations syndicales aux aboient

On aime ramener l’histoire des cheminots systématiquement aux grèves de 1995, mais c’est vrai qu’avec l’annonce de la réforme des régimes de retraites, et de l’autre coté celle a demi-mot de la prochaine suppression du statut, le tout couplé à la réforme de la RATP qui arrivera en 2019, il y’a vraiment des aires de redit de 1995.
Quand on voit les attaques passées, celles à venir, et la côte de popularité de Macron, devenant l’avant dernier président le plus détesté de la Vème République, on aimerait voir définitivement s’embraser le pays dans un mouvement d’ampleur, à l’image de ces scènes de gares désertes, de stations de métro grilles fermées, et d’auto-stop, en décembre 1995.

Mais, car il y’a un « mais », où en sont les organisations syndicales de la SNCF ?
Il est clair que pour les deux réformistes du rail que sont la CFDT et l’UNSA, il n’y a rien à espérer à part un miracle, elles qui ont passé les trois mois de la bataille du rail, loin de l’activité des assemblées générales de cheminots ou encore des actions, préférant se transformer en assistante parlementaire de la régression sociale, ou à essayer par tous les moyens d’arrêter le mouvement avant même que le calendrier ne se termine. Pourtant elles auront pris une certaine claque, voyant qu’elles ne faisaient guère partie de la stratégie du macronisme, trop occupé à avancer comme un bulldozer par ordonnance plutôt que d’utiliser les bonnes vieilles méthodes de collaboration avec la bureaucratie réformiste. Quoi de pire donc, pour un syndicat réformiste qui fait son beurre sur la collaboration de classe, quand collaboration il n’y a point.

Le petit dernier Force Ouvrière, absent de l’intersyndicale des cheminots, espère devenir lors des élections de novembre enfin représentatif, et surfe sur la tendance nationaliste dans cette période pré-élection européenne, pour sortir un fascicule bleu blanc rouge, titré « le réformisme militant ». Espérant sûrement dépasser la barre des 10% avec des méthodes plus que douteuses.
Le sort des cheminots réside donc entre les mains des deux syndicats dits « lutte de classe » à savoir SUD-Rail et la CGT Cheminot.

A voir le dernier préavis de la CGT Cheminot, pour la journée interprofessionnelle du 9 octobre prochain, on comprend qu’il y a des défaites qu’il faut vite entériner. Nulle mention de la réforme ferroviaire ou de son abrogation dans les revendications. Pourtant il y’aurait de quoi faire un bilan, de l’action de la direction de la CGT représenté par Laurent Brun, qui dans un communiqué interne, jette les raisons de la défaite sur le fait que les cheminots ne se seraient pas suffisamment battu, sans jamais remettre en cause la stratégie de la grève perlée, qu’elle aura mis un point d’honneur à garder jusqu’au bout, comme si le mur dans lequel elle fonçait avait moins d’importance que l’orgueil d’accepter de modifier la stratégie avant qu’il ne soit trop tard.

Mais les voix discordantes commencent à se faire entendre au sein de la première organisation syndicale de la SNCF, dont la base reproche de plus en plus l’emprise du PCF, et des méthodes bureaucratiques qui avaient disparu en partie après le départ de Bernard Thibaut. Avec l’arrivée des élections CSE de plus en plus de militants de la base se plaignent de voir les nombreux permanents syndicaux de la CGT vouloir s’entretuer pour les positions éligibles, laissant les militants de la grève loin derrière. C’est là un point de rupture important après la stratégie perlée dont la base CGT n’a pas voulu, mais qu’elle aura quand même soutenu malgré bon jusqu’à la fin, dans une discipline de fer. Un des signes fort qui montre le mécontentement de la base CGT dans cette rentrée, est le refus d’appeler à la grève le 18 septembre dernier, journée d’ouverture des négociations de la convention collective du rail, comme le souhaitait Laurent Brun, afin de « peser sur les négociations » comme il aime le rappeler.

Chez SUD-Rail le moral n’est pas non plus au beau fixe, eux qui restent avec le sentiment amer de ne pas avoir fait le maximum pour faire bouger les choses, laissant les 3 autres organisations syndicales déroulés tranquillement leur calendrier. Si on ne peut parler de division au sein de SUD-Rail, c’est par contre deux lignes politiques qui se sont confrontées durant cette lutte, entre ceux attachés à la question d’unité syndicale et de l’autre côté ceux qui avaient envie que l’organisation tente réellement d’appliquer la décision qu’elle avait prise à savoir la grève reconductible, comme l’avait annoncé son secrétaire Eric Meyer dès le 15 Mars au micro de BFM TV. SUD-Rail traverse donc une période de doute tiraillé entre sa capacité à faire bouger les lignes et le chantage à l’unité syndicale. Si pour l’heure SUD-Rail n’a pas trouvé le chemin du leadership dans la lutte, le syndicat annonce sur sa page Facebook une nouvelle victoire sur le terrain judiciaire, qui changera très certainement la donne, pour le prochain mouvement, à savoir la suppression de l’extension du service minimum à plus de 20000 cheminots, qui durant cette bataille du rail, pour la première fois devait, comme les conducteurs, les contrôleurs et les aiguilleurs, aviser la direction 48h avant leur intention de faire grève. C’est dire à quel point ce règlement a eu une importance cruciale avec le calendrier perlé pour organiser les circulations afin d’avoir le moins d’impact possible.

La clé, dans tout cela, reste les cheminots. Eux seuls auront la capacité à mettre d’accord tout ce beau monde, autour d’une stratégie commune, issue et contrôlée par la base des cheminots. L’un des points positif de cette grève est l’émergence d’organes d’auto-organisation un peu partout, dans des comités de mobilisation dynamique, ou encore sur la région parisienne autour de l’intergare, qui n’a pu peser suffisamment sur l’intersyndicale, mais qui aura démontré tout de même la ligne que doivent suivre les cheminots lors du prochain mouvement de grève à la SNCF, à savoir se débarrasser des méthodes bureaucratiques et du chantage à l’unité des appareils, pour construire un mouvement autour de la question de démocratie ouvrière, de l’unité des grévistes et de l’auto-gestion de la grève par les grévistes.

Les cheminots doivent donc relever la tête rapidement et préparer cette 2ème mi-temps de la Bataille du Rail que tous appellent de leurs vœux, mais qui tarde à venir. Ils en ont en tout cas largement les moyens à l’image de cette grève de 3 mois, faut-il encore qu’ils croient en leur force et décident d’en finir définitivement avec plus de 20 ans de stratégie de la défaite.




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