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Un nouveau pas dans la destruction du service public ferroviaire passé sous silence ?

SNCF. Nouveau rapport parlementaire : chronique d’une mort annoncée et inévitable ? 

Publié le 31 octobre 2016

Avec la présentation d’un nouveau rapport parlementaire, et de son adoption au sein de la Commission de développement durable, c’est un pas supplémentaire dans la mort du service public ferroviaire qui est en train d’être franchi. En ce qui concerne l’information aux usagers et aux cheminots, pour l’instant, c’est « silence radio ». Pourquoi nous cache-t-on ces informations ?

Correspondants cheminots 

La réforme ferroviaire impulsée sous le gouvernement Hollande et par la direction de la SNCF en 2014 a mis en place une SNCF en trois EPIC (Etablissement public à caractère industriel et commercial). Il s’agit d’une structure à deux EPIC, SNCF Réseau, chargé de la gestion de l’infrastructure ferroviaire, et SNCF Mobilités, opérateur ferroviaire, regroupés sous l’EPIC « de tête », appelé SNCF tout court. Déjà à l’époque, les cheminots s’étaient farouchement opposés à cette réforme d’abord en faisant des grèves déterminées à plusieurs reprises, en 2014, puis en 2016, sans malheureusement réussir à faire reculer le gouvernement et la direction jusqu’au retrait de la réforme.

Il est important de comprendre, néanmoins, que la détermination des cheminots pour défendre le service public pour des millions d’usagers, ainsi que leurs conditions de travail, a empêché la direction de la SNCF et le gouvernement d’aller jusqu’au bout de leurs intentions. Cela est assez clair pour tout le monde que l’objectif recherché est tout simplement la privatisation de la SNCF. C’est donc petit à petit qu’on découvre de nouvelles annonces, comme par exemple la non prise en charge de la dette de SNCF Réseau de la part de l’Etat, contrairement à ce à quoi l’Etat se disait prêt à réfléchir en juin dernier, afin de faire signer la CFDT et l’UNSA (les deux syndicats signataires de la réforme) et surtout de mettre fin à la grève des cheminots qui convergeait avec les mobilisations contre la loi Travail. Cette politique de nous annoncer les mauvais coups à petit feu est accompagnée d’une répression accrue contre les cheminots qui ont osé relever la tête et ont contesté la politique de la direction.

Mais la dernière annonce en date est celle qui a été récemment publiée par les députés Gilles Savary (PS), soutien d’Emmanuel Macron, et Bertrand Pancher (UDI). Après avoir fait leur évaluation des effets de la réforme ferroviaire, les deux députés ont rendu leur conclusion. A croire qu’ils connaissent le métier pour pouvoir y donner leur avis… Ils y félicitent la performance managériale, dite "remarquable", et affirment qu’il faut continuer dans ce sens. Leur proposition est de faire de l’EPIC Mobilités une Société Anonyme… rien que ça.

SNCF Mobilités, une société anonyme ou un pas supplémentaire dans la casse du service public

Pour nous rassurer, cette Société Anonyme serait bien sur détenue à 100%par l’Etat et les présidents continueraient à être nommés par ce dernier. Afin de lui donner plus "d’agilité" et préparer la concurrence, l’exemple de la Deutsche Bahn, entreprise ferroviaire allemande, nous est encore présenté comme un des plus beau modèle social et comme un des exemples à suivre. L’objectif recherché : plus d’autonomie et de « liberté » pour aller dans le sens de l’ouverture à la concurrence, autrement dit, de casse du service public. Argumentant que cela libérera de l’interventionnisme maladroit et changeant de l’Etat dans la SNCF, cela permettra surtout à la nouvelle direction d’aller aux bouts de ses rêves, comme le disait un certain Goldman... Sachs. L’effet pervers n’est rien d’autre qu’une ouverture de plus en plus concrète vers des acteurs privés dans la SNCF, autrement dit, une ouverture du capital au privé. Cela serait désastreux pour l’emploi des cheminots et les conditions de sécurité. De nombreuses lignes dites non rentables (bien sûr du point de vue d’une logique capitaliste et non pas du point de vue de ce dont des millions de travailleurs ont besoin au jour le jour), maillon centrale du service public, seront fermées ou remplacées provisoirement par des cars.

Alors que la plupart des embauches se font actuellement au statut, un changement en SA voudrait-il dire que désormais l’ensemble des embauches à la SNCF relèveraient du droit privé ? Sachant que dans l’EPIC SNCF Mobilités, nous trouvons Keolis (transport public de voyageur en France et dans le monde), Geodis (1er transporteur logistique – ou gros camion bien polluant - de France et 4éme d’Europe), et bien d’autres filiales relevant toutes d’ores et déjà du droit privé, nous avons un début de réponse. Tout ce qui a été arraché par les luttes depuis des décennies se voit fondre comme de la neige. En 2015, le transfert de 50 000 cheminots de l’EPIC SNCF Mobilités vers SNCF Réseau, faisant au passage un gain de « productivité » de 653 millions d’euros, ne semble pas suffisant,alors qu’à la base l’objectif d’un service public ne devrait pas être la rentabilité mais la qualité d’un service utile pour l’ensemble de travailleurs ! Dans leur torchon, les deux députés avancent que les gares subissent le même glissement, celui de Mobilités vers Réseau. Pourquoi ?

Faire en sorte que la dette de la SNCF explose pour ensuite justifier la privatisation ?

L’EPIC SNCF Réseau gère et possède les péages, les quais et les voies (plus de la moitié du chiffre d’affaires de SNCF Réseau vient des péages payés par Mobilités) mais les gares et leurs rentes juteuses (1,2 milliards d’euros de chiffre d’affaire en 2015) sont dans l’EPIC SNCF Mobilités. Alors sous prétexte que l’Europe impose à la SNCF de prouver qu’elle ne finance une branche déficitaire (TER, Intercités...) par des activités qui rapportent de l’argent (certains TGV, les gares, etc), rien de mieux que de se séparer ou de filialiser une part de son activité. Sachant que les comptabilités sont bien séparées, c’est une aubaine que de mettre cela sur le dos de la méchante « Bruxelles ». Cela n’est pas sans nous rappeler que c’est exactement ce qu’il s’est passé pour le Fret, avec les désastres que l’on connaît.

Cette politique, qui vise à regarder les bras croisés comment la dette de l’EPIC SNCF Réseau ne cesse d’augmenter, n’est-elle pas la meilleure manière de pouvoir ensuite justifier une éventuelle privatisation totale d’une SNCF qui ne serait pas rentable et qui coûterait trop d’argent à l’Etat ? Alors que c’est l’Etat et ses représentants qui en sont grandement responsables, obnubilés par le tout TGV depuis les années Mitterrand. Il est temps de se réveiller et surtout de lutter ensemble, cheminots et usagers, pour défendre ce qui est un service essentiel pour nous tous. Personne n’est dupe quant au fait que ce double langage n’augure rien de bon, et que les prochaines élections annoncent déjà une bataille d’ampleur contre ceux qui voudraient faire croire au grand public que c’est de notre faute si tout va mal.

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Mots-clés SNCF