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Notre classe

Interview d'Anasse Kazib

SNCF : après la grève, la direction passe à l’attaque et réprime les grévistes

Les cheminots vont avoir une rentrée difficile. Après le mouvement de grève le plus long de l’histoire de la profession, ils vont devoir faire face à la répression que diligente la direction contre les grévistes. Nous avons rencontré Anasse Kazib, militant Sud Rail et aiguilleur au Bourget (93) pour aborder ces questions. Propos recueillis par Arthur Nicola.


De nombreux cas de répression sont en train de sortir contre des cheminots grévistes ; quelle est aujourd’hui la politique de la SNCF ?

La boite est en train de faire une offensive contre les grévistes, contre ceux qui ont été actifs, comme elle a toujours l’habitude de procéder après les grèves. On avait vu, en 2016, une accélération de la politique répressive de la SNCF, avec, après la loi travail, plus de 400 cas de répression de militants syndicaux. J’ai l’impression que contrairement à 2016, lorsque la boite avait attaqué surtout des figures de la grève, à l’avant-garde du mouvement, la boite cherche aujourd’hui à licencier des cheminots moins susceptibles de lever une forte solidarité derrière eux, pour en faire des exemples. C’est une répression qui concerne tous les cheminots qui se joignent au mouvement, sans forcément en être les figures. La boite prend n’importe quel sujet pour tenter de radier des cheminots ou les sanctionner. Nous avons commencé à recenser les cas de répression, et chaque dossier montre le niveau d’offensive de la boite : à Nîmes, un délégué CGT est menacé de radiation pour avoir allumé une torche en gare pendant la grève ! A Rennes, c’est cette fois un cheminot Sud-rail qui est menacé de radiation pour avoir simplement déclenché une mesure d’urgence parce que des policiers étaient sur les voies ! A Lille Flandres, on reproche à un cheminot d’avoir envahi les bureaux de la direction… Autant dire que n’importe fait et geste peut être motif à licenciement aujourd’hui à la SNCF : voilà la politique de Guillaume Pepy.

La boite réprime aussi de manière détournée s’acharnant sur des absences ou des retards … Aujourd’hui on peut être licencié pour un retard. Il s’agit d’un côté de réprimer la grève, mais aussi préparer l’ouverture à la concurrence. En 2015, un dirigeant de la SNCF avait annoncé vouloir transformer l’entreprise en « l’Orange de demain » : une déclaration qui fait froid dans le dos quand on sait le nombre de suicides qui ont suivi la privatisation de France Télécom. Ils cherchent à nous faire accepter la future ouverture à la concurrence.

Les récentes lois du quinquennat Hollande et du début de mandat de Macron facilitent-elles cette politique répressive ?

Avec les ordonnances Macron et la loi El Khomri, c’est devenu de plus en plus facile pour les patrons pour réprimer : ils n’ont plus peur et n’ont plus la même crainte d’envoyer des délégués au licenciement, même avec les procédures. Avec la loi travail XXL, un tribunal peut juger un licenciement « abusif » sans que le salarié ne soit réintégré, avec des indemnités prud’homales qui seront une misère. Alors qu’avant c’était en fonction de son ancienneté, il y a une échelle qui fait que tous les jeunes cheminots peuvent être licenciés, avec la seule espérance de gagner 6 mois de salaire sans réintégration si le licenciement est jugé abusif. Aujourd’hui, cette vague de procédures disciplinaires est rendue possible par Macron, qui a donné l’assurance aux patrons que même pour un licenciement jugé « abusif », ils devraient payer des indemnités prud’homales plafonnées.

Quelle est la réponse des syndicats face à cette situation ?

Aujourd’hui, le manque d’une politique intersyndicale coordonnée sur le sujet fait qu’on se retrouve souvent à seulement courir de rassemblement en rassemblement à chaque conseil de discipline. Il est pourtant temps que nos organisations syndicales s’assoient autour d’une table et se mettent d’accord pour établir un plan de bataille à la hauteur de la répression en cours. La direction revancharde ne fait pas de distinction d’étiquette syndicale, et il est clair que chaque gréviste n’est pas un cas isolé. Il nous faut donc nous donner les moyens d’une campagne nationale unitaire contre la répression pour pointer ainsi la volonté de la boîte de briser toute résistance et en faire des exemples pour mieux organiser la casse de la SNCF et du service public.

Comment l’intergares va-t-elle réagir face à ces procédures ?

Avec l’intergares, pendant la mobilisation, on s’était déjà mobilisé à trois reprises sur des cas de répression, et cela va être une de nos tâches centrales en cette rentrée. Au printemps, on s’était mobilisés pour soutenir des collègues qui passaient en conseil de discipline. La première fois, à Saint Lazare, c’était un travailleur handicapé ; le second, un collègue mis au placard. Le principe de l’intergares, c’est d’être un collectif mobile pour empêcher les cheminots de se faire descendre par la boite tous seuls. Il s’agit d’aller défendre tous les cheminots, qu’ils soient CGT ou Sud-rail, ou même non syndiqués. Il y a eu en juillet un rassemblement à Saint-Pierre des Corps à Tours pour le camarade rennais menacé de radiation ; nous avons tout fait pour rassembler le plus de cheminots, et nous étions 90 en pleines vacances à défendre nos collègues menacés par la répression. Et dès cette rentrée des nombreux collègues se sont mobilisés en soutien aux différents collègues réprimés.




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