^

Politique

Bataille du Rail, les enjeux de la réunion d’aujourd’hui

SNCF : l’intersyndicale tranchera-t-elle en faveur d’une grève reconductible ?

Les organisations syndicales de la SNCF – CGT-Cheminot, Unsa, Sud Rail, CFDT-cheminots - doivent se rencontrer ce jeudi 15 mars pour décider de lancer la mobilisation contre la réforme du rail que le gouvernement prévoit, désormais, de faire passer par ordonnance. On sait d’ores et déjà que cette rencontre a toutes les chances d’aboutir à un appel unitaire à la grève à la SNCF. Les vraies interrogations restent sur le calendrier et les modalités qu’elle prendra.

Il y a un mois sortait le rapport Spinetta avec sa longue liste de recommandations, allant de la suppression du statut cheminot à l’accélération de la privatisation de la SNCF et passant par la suppression de 9 000 km de lignes. Quinze jours plus tard, c’était au tour d’Edouard Philippe, premier ministre, de présenter son projet de la réforme du rail, dans lequel il propose, certes de supprimer le « statut cheminot » pour les nouveaux entrants à la SNCF, mais surtout d’accentuer la privatisation de la SNCF et l’ouverture à la concurrence du rail. Il a aussi fait part de la possibilité de passer la réforme par ordonnances tout en annonçant son désir de procéder, « en même temps » par la « concertation ».

Voilà donc deux semaines que les organisations syndicales sont reçues tout à tour dans les bureaux du ministère. Philippe Martinez, mardi, déposait sur le bureau du premier ministre, les propositions de la CGT concernant les besoins dans le rail. Propositions qui n’ont eu, évidemment, aucune écoute auprès d’un gouvernement qui s’emploie depuis des mois à faire la sourde oreille et qui cherche uniquement à gagner du temps.

« Le gouvernement a fait le choix de l’affrontement » annonçait Philippe Martinez mardi. Et pour le deuxième syndicat de la boite, l’Unsa qui se prépare « à un bras de fer », le constat est également sans équivoque. C’est le même son de cloche du côté de la CFDT qui déplore la « stérilité » des réunions de concertations. « On va réellement vers une mobilisation des cheminots. Ce ne sera pas une grève corporatiste mais pour défendre le ferroviaire » assure Didier Aubert, secrétaire général de la CFDT-cheminot, au Parisien. Ce mercredi, au lendemain de la rencontre avec Martinez, le gouvernement a officialisé le recours aux ordonnances, comme s’il souhaitait jeter de l’huile sur le feu.

Si le gouvernement est parvenu à faire l’unanimité contre lui, reste à savoir comment cette unanimité va se décliner dans la lutte. SUD-Rail, troisième syndicat SNCF, qui appelle à « une grève reconductible dure face à un gouvernement dur et inflexible », et compte sortir de l’intersyndicale avec un appel clair à une date, n’est pas sur la même ligne que la CGT-Cheminot qui souhaiterait « une grève reconductible par période de 24h [il s’agit en vérité de « grève carrée »] ou sous une autre forme ». Contrairement à la CGT-Cheminot, qui prévoit le 22 mars, une journée de mobilisation et de manifestation, SUD-Rail appelle les cheminots à rejoindre dès cette date, la grève dans la fonction publique.

Reste à savoir si l’intersyndicale se tiendra à l’écoute de bases militantes cheminotes en colère qui exercent une forte pression à la mobilisation. D’autant plus que la journée du 22 mars, rejointe par l’appel à la grève des salariés d’AirFrance, et de la RATP notamment, apparaît de plus en plus comme un point d’appui à la construction d’un rapport de force contre le gouvernement suffisant pour le faire reculer. Un gouvernement qui pourrait bien pêcher, à la manière d’un Juppé en 1995, par abus de confiance.




Mots-clés

Intersyndicale   /    SUD-Rail   /    Grève   /    CGT   /    SNCF   /    Politique