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Cheminots à toute vapeur !

SNCF : la CGT appelle à la grève reconductible le 31 mai. La stratégie de confrontation assumée ?

Publié le 24 mai 2016

Yano Lesage et Dom Thomas

Après avoir appelé à des mouvements de grève chaque mercredi et jeudi depuis le 12 mai dernier, la CGT s’est enfin décidée à lancer un mouvement d’ampleur dans les gares, en appelant les travailleurs du rail à la reconductible à partir du 31 mai. La stratégie défendue est celle de profiter de l’Euro de foot qui devrait commencer le 10 juin prochain. Pourtant, alors que le mouvement de grève des raffineurs se durcit, soutenus par les routiers, et que Sud Railet FO appelaient de leur côté à la reconductible depuis le 18 mai, les cheminots auraient davantage à gagner à rentrer en grève reconductible et massivement dans la bataille dès ce jeudi, nouvelle journée de mobilisation contre la loi travail qui a toutes les chances d’être un succès.

Le 10 mai dernier, une manifestation avait regroupé plusieurs milliers de cheminots en lutte contre le décret socle, une forme d’application de la loi travail aux travailleurs du rail, avec depuis, des grèves suivies chaque mercredi et jeudi. A Austerlitz, à gare du Nord, sur Paris, la grève a été reconduite depuis jeudi dernier par une partie des cheminots, tandis qu’en province, la tenue d’assemblées générales et l’organisation de piquets de grève là où les forces le permettent atteste d’un certain climat de contestation et d’une préparation à l’entrée du mouvement.


Pour le moment, ce sont Sud Rail et FO qui ont appelé à la reconductible depuis le 18 mai. Localement, nombre d’équipes CGT défendent également cette perspective même si la direction de la fédération semble avoir freiné jusque là des quatre fers pour se lancer à plein régime dans la reconductible.

Devançant le préavis de grève national, le secteur fédéral des cheminots de Montpellier a décidé dès le 19 mai de déposer un préavis de grève reconductible courant à partir du 31 mai portant sur « la situation de l’emploi, la sous-traitance, la sécurité ferroviaire et les conditions de travail » au sein de l’établissement. Le document évoque également « l’actualité sociale au travers du projet de Loi Travail qui est étroitement lie´ aux négociations de la convention collective nationale du ferroviaire et l’accord d’entreprise », et annonce donc la couleur : cette fois, la convergence est bien en route ! Il est en effet évident que les deux réformes suivent la même logique : c’est donc en bloc qu’il faut les rejeter, une lutte alimentant l’autre.

Grâce à la combativité des militants de base, qui sont partis en grève via le préavis déposé par Sud et FO, la CGT a fini par s’aligner. L’annonce faite par la section de Montpellier a ainsi préfiguré celle faite par la CGT cheminots nationalement, qui a déposé un préavis reconductible à partir du 31 mai, dépassant la tactique mortifère des simples grèves saute-mouton qui semblait jusqu’à la nouvelle annonce de la confédération, la seule perspective. Si le préavis cégétiste continue à parler de négociation, il constitue une étape importante vu la force de frappe que les cheminots, chez qui la CGT est majoritaire, représentent.


Doit-on lier cet appel de la CGT-Cheminots au contexte dans lequel Philippe Martinez et la CGT apparaissent comme « l’ennemi public numéro 1 » pour le gouvernement et la presse dominante ? La CGT a-t-elle décidé d’assumer la stratégie de confrontation avec le gouvernement en poussant les cheminots à entrer dans la danse de la grève ? Ainsi, dans un contexte de montée des grèves, avec les raffineurs à la tête, cette prise de position de la CGT pourrait changer la donne et être un élément important pour l’entrée puissante dans la lutte des cheminots.

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Mots-clés CGT