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Notre classe

Répression syndicale à Challancin

Saint-Lazare/Mantes : deux agents du gardiennage du rail licenciés pour un piquet de grève

Depuis que l’accompagnement des trains a été supprimé à la SNCF (contrôleurs à bord), et de fait, externalisé à des entreprises de gardiennage, les conditions de travail se sont particulièrement détériorées. Nous avons été contacté par deux agents de sécurité de la société Challancin, licenciés pour avoir dénoncé le non respect de leurs droits par une pétition et un piquet de grève.

Saïd B. et Mehdi S. font partie de ces immenses cohortes de travailleurs de la sous-traitance, sur-exploités, souvent issus de l’immigration, et qui doivent lutter pour simplement faire appliquer leurs droits. A Mantes-la-Jolie, depuis 2009, c’est Challancin-Sécurité qui gère toute l’activité de gardiennage des trains et des gares, ainsi que « l’accompagnement des trains », c’est à dire des agents de sécurité qui ont remplacé les contrôleurs par soucis d’économie de la SNCF, au détriment de la sécurité des usagers ainsi que de la protection des salariés, qui bien que travailleurs du rail, ne sont pas cheminots.

Harcèlement, congés non acceptés, planning donnés à la dernière minute : le quotidien des agents de Challancin

A Mantes-la-Jolie, la situation est particulièrement critique, au point où tous les salariés de la gare ont signé une pétition, tout simplement pour que leurs droits soient respectés : « on a dénoncé avec les collègues, via une pétition, beaucoup de problèmes dans l’organisation du travail : les horaires ne sont pas respectés avec des planning modifiés à la dernière minute ; en période de travaux, on a pas de planning et on reçoit nos vacations par SMS ; on est appelé à travailler durant nos jours de repos ; les demandes de congés qui sont systématiquement refusées (depuis le 2 décembre 2015, je n’ai eu aucun congé payés) ; les heures supplémentaires ne sont pas payées, et le « compteur d’heures supplémentaires » n’est pas mis sur la fiche de paye  » témoigne Said, qui est agent de sécurité depuis 2015. Des conditions de travail particulièrement difficiles donc, avec une énorme pression sur les salariés de la part de la direction pour que ceux-ci courbent l’échine et ne réclament pas leurs droits. Parfois, ce sont même les heures de travail qui ne sont pas payées ! «  On ne fait que demander nos droits : une prime de risque, une prime de fin d’année, qu’on a touché qu’en 2013, nos congés payés. Sur certaines vacations de nuit, quand on travaille jusqu’à 02h50, on est payé que jusqu’à 02h !  » explique Mehdi, que nous avons rencontré avant son licenciement.

Malgré la tentative de faire changer les choses en envoyant une pétition à leur direction, les salariés se sont vite heurtés à leur direction, qui leur a ri au nez. Le chef de secteur a même déchiré la pétition en disant que la direction ne changerait rien. Mais loin de s’arrêter là, ce chef de sécurité, a décidé de s’en prendre à tous les salariés qui avaient osé relever la tête : pressions sur les salariés, menaces de licenciements ou de mutation, pratiquement tous se sont retirés, sauf Mehdi et Said, qui ont du coup subi une mutation disciplinaire, le premier à Eole-Magenta (Gare du Nord), alors qu’il habite à Mantes la Jolie (c’est à dire à 50km), le second à Herblay (à 35km de chez lui alors qu’il n’a pas le permis). Pour Eric Bezou, cheminot à Mantes-la-Jolie et militant syndical, c’est une mutation disciplinaire : « nous avons saisi la justice pour un détournement de la clause de mobilité car depuis la pétition et un courrier d’alerte envoyé par Mehdi et Saïd, ils ont été tous deux déplacés et Mehdi a été sanctionné pour une pseudo altercation montée de toute pièce. Ils passent le 26 juillet 2018 en référé pour le déplacement disciplinaire qui ne veut pas dire son nom. »

Deux salariés mutés loin de chez eux pour une pétition

Car suite à ces mutations disciplinaires, les deux salariés ont envoyé en mars un courrier en lançant une alerte pour des conditions de harcèlement. Nous nous sommes procurés cette lettre, qui témoigne de toute l’agressivité de la direction de Challancin-Sécurité, et notamment d’un de ses responsables, Hicham Mohsni. Elle dénonce une situation de harcèlement particulièrement grave, notamment des «  menaces permanentes sur les plannings, utilisés comme une arme de dissuasion contre nous. Nous sommes constamment commandés par SMS, notre utilisation modifiée au quotidien sans aucune cohérence et surtout sans aucun respect pour notre vie privée, avec des pressions en cas de refus, même quand nous refusons une modification pour le jour-même comme c’est notre droit. Ceux qui ne disent pas oui à tout, se voient mutés le plus loin possible de leur domicile ou avec des horaires incompatibles avec leur vie familiale.  » Une situation de harcèlement qui est à mettre en lien avec les petits privilèges que s’octroient les chefs de postes : «  nous constatons au quotidien l’absence totale des chefs de poste qui nous donnent l’ordre par SMS d’accompagner les trains qu’ils doivent faire (20h51 Mantes PSL par Conflans) et qui ne sont pas au travail dans les horaires prévus, voire pas du tout, alors qu’il sont censés être présents de 19H à 5h, nous laissant sans soutien en cas de problème grave  », continue la lettre d’alerte adressée au PDG de Challancin-Sécurité, M. Laisney.

Ces petits avantages des chefs de postes interrogent d’autant plus que dans de nombreux trains (d’après les témoignages et des rapports de conducteurs), alors que la SNCF est facturée pour deux accompagnateurs, ils sont souvent seuls : «  on devrait être deux par train, la SNCF est facturée pour deux agents, mais moi et mes collègues on travaille seul dans les trains. S’il y a un contrôle de la SUGE (Sécurité Ferroviaire), on doit mentir en disant que le collègue est dans la station suivante. Si l’on ne ment pas, on peut être muté, ou recevoir des mauvais plannings  » nous confie Saïd.

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Courrier de lanceur d’alerte envoyé par Saïd et Mehdi en avril en .doc

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Version signée par les lanceurs d’alerte

La harcèlement continue : Challancin licencie les deux syndicalistes à l’origine du piquet de grève

Suite à cette alerte, qui a déclenché une enquête interne, qui -selon toute attente- n’a pas abouti, les salariés ont décidé de lancer une grève avec piquet début juillet. Un piquet qui a été l’occasion pour les chefs de poste de provoquer les grévistes pour, maintenant, les licencier. Un des chefs de postes a même déposé plainte pour injure contre Mehdi, après avoir appelé la police prétextant une agression. Pourtant, la seule chose qu’ont pu constater les policiers, ce sont des insultes envers les grévistes, qui, évidemment, n’ont pas donné lieu à des poursuites. « Ils ont fait de faux témoignages, des mains courantes contre moi ; un chef de poste qui est de mèche avec le responsable de sécurité m’a accusé de violences alors que c’est lui qui m’a agressé » nous explique agacé Mehdi, qui a été licencié depuis.

Car suite à ces évènements, les deux salariés ont été licenciés, pas plus tard que le 8 août dernier, et ce malgré les alertes lancées aux prud’hommes. Saisis en référé sur la question du harcèlement, ils en ont conclu que la situation de harcèlement n’existait pas, se fondant sur… l’enquête interne de l’entreprise ! Cependant, épaulés par le syndicat Sud-Rail de Mantes-la-Jolie, ils ont comptent bien ne pas en rester là : « cela fait une dizaine d’années que ce chef de poste harcèle tous les salariés. Depuis que je suis la section du gardiennage, nous avons gagné trois fois aux prud’hommes contre Challancin-Sécurité pour des situations de harcèlement, et on voudrait nous faire croire aujourd’hui que ce sont les salariés qui sont fautifs ?  » nous explique Eric Bezou, qu’Hicham Mohsni a même accusé de harcèlement du fait de son activité syndicale, en déposant une plainte contre lui en 2016.

Aujourd’hui, les deux salariés vont donc attaquer aux prud’hommes Challacin Sécurité pour ce qui n’est rien d’autre qu’une situation de harcèlement, ainsi que des licenciements pour cause syndicale. Ils ont par ailleurs le soutien des cheminots de Mantes-la-Jolie, qui, suite au piquet de grève, ont commencé à faire attention à ce que deux agents d’accompagnement par train soient bien présents. Résultat : sur les trois premières semaines de juillet, trois trains ont été supprimés du fait du manque de personnel, des conducteurs ayant fait valoir leur droit de retrait.




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