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Société

Mobilisation pour le logement

Saint-Ouen (93). Les locataires du parc HLM s’opposent à la privatisation du logement social

Flora Carpentier {} A Saint-Ouen, le maire de droite William Delannoy n’a pas fini de s’attaquer aux classes populaires, non sans résistance. Alors que la taxe d’habitation vient de tomber et qu’elle a augmenté jusqu’à 45% selon les foyers, le maire s’en prend désormais au logement social. Sa majorité a en effet voté au dernier conseil municipal l’absorption de 5700 logements de l’OPHLM par la société d’économie mixte locale qui gère l’autre partie du parc de logements sociaux, la SEMISO. Cette attaque aura nécessairement des conséquences pour les loyers comme pour l’emploi des 70 salariés de l’office HLM, qui ont actuellement un statut de fonctionnaires territoriaux. Delannoy a justifié son projet en déclarant : « Je n’ai pas été élu pour faire du logement social ». La mesure annoncée a provoqué un tollé dans l’opposition et l’inquiétude de la population. Plusieurs centaines de personnes se sont ainsi rassemblées devant la mairie de Saint-Ouen ce vendredi 9 octobre, à l’appel de divers collectifs et organisations politiques sur la ville.

Le démantèlement de l’habitat social en ligne de mire depuis de nombreuses années

La privatisation du parc de logements sociaux de Saint-Ouen s’inscrit dans une logique générale à échelle nationale de démantèlement progressif de l’habitat social. La réforme territoriale engagée par le gouvernement Hollande en janvier 2014 a ainsi accéléré les restructurations à l’œuvre dans le domaine de l’habitat social. Celles-ci visent notamment à une majeure concentration des organismes HLM afin de diminuer les coûts de gestion. Mais l’enjeu est bien plus vaste, et vise clairement à remettre en cause les fondements de l’habitat à loyer modéré tel qu’il avait été conçu à la fin du dix-neuvième siècle et développé au lendemain de la seconde guerre mondiale dans le contexte d’un capitalisme hexagonal en plein essor. La construction massive de logements sociaux à l’époque poursuivait un objectif double : enrichir le patronat du bâtiment, et loger les travailleurs près de leurs lieux d’exploitation.

Selon le journaliste Pierre Duquesne, « la loi Alur [Accès au logement et à un urbanisme rénové], promulguée en février [2014], a condamné les offices municipaux à une mort certaine, en imposant leur rattachement à des établissements intercommunaux (EPCI), avant le 1er janvier 2017. Le deuxième coup de rasoir est venu de la réforme territoriale, en particulier de la loi Mapam sur les métropoles, qui a confié la compétence logement à ce nouvel échelon territorial, notamment à la future métropole du Grand Paris ».

La logique est la même que pour les autres missions de service public : soumettre l’habitat social à la loi du marché, y développer les activités concurrentielles, pour en faire une nouvelle source de profits. Ainsi, les Sociétés d’Economie Mixte comme la SEMISO ne sont pas soumises aux règles de l’Habitat à Loyer Modéré traditionnel. Tout en disposant d’un capital majoritairement public, elles disposent de la souplesse juridique des sociétés de droit privé, ce qui leur permet de pratiquer des loyers plus élevés et d’embaucher leurs salariés avec des contrats plus précaires.

Le PS et le Front de Gauche de l’ancienne majorité municipale… une opposition qui laisse perplexe

Localement, le PS surfe sur la vague de la contestation populaire et dénonce la « politique antisociale » du maire de Saint-Ouen. La même stratégie est mise en œuvre par le préfet nommé par Manuel Valls, Philippe Galli, qui dans un courrier à M. Delannoy, temporise en demandant des « précisions » concernant son projet de cession du parc HLM, tout en faisant mine de se soucier du « devenir des agents de l’office ».

On croit rêver, à entendre ces mots venant du parti de l’austérité, dont la politique est diamétralement opposée aux intérêts des classes populaires et qui est responsable, à échelle nationale, des lois qui encouragent les fusions dans l’habitat social comme celle qui est en train de s’opérer à Saint-Ouen. Dans le même temps, tous les coups sont permis à niveau gouvernemental pour s’attaquer au statut des fonctionnaires, réduire le nombre de postes et précariser dans la fonction publique, que cela soit dans l’éducation nationale, la santé, chez les éboueurs ou ailleurs. Autrement dit, nous ne pouvons croire à leurs larmes de crocodile. D’autant plus que le PS audonien se contente in fine de demander à Delannoy de s’engager à ne pas augmenter les loyers « dans le cadre de cette fusion » OPHLM-SEMISO… une revendication qui ne s’oppose en rien à la privatisation du parc locatif social, et qui n’empêchera pas une augmentation des loyers à terme.

Quant au Front de Gauche qui appelle à se mobiliser contre le projet de fusion, faut-il rappeler qu’il s’agit de l’ancienne majorité municipale, qui pendant des années a favorisé les marchands de sommeil et les spéculateurs immobiliers contre les classes populaires ? C’est la mairie Front de Gauche de Jacqueline Rouillon qui a expulsé les rroms des Docks, a abandonné et menacé d’expulsion le village d’insertion des rroms comme le foyer de jeunes travailleurs Cara sans solution de relogement. Par ailleurs, le Front de Gauche qui se retrouve aujourd’hui dans l’opposition est pleinement responsable de l’augmentation des loyers des logements sociaux sur la ville. C’est en effet cette majorité municipale qui a favorisé la construction ces dernières années d’une majorité de logements du type « PLS », ces logements soi-disant sociaux dont les loyers sont à peu de chose près aussi élevés que dans le parc privé, et dont les critères d’attribution sont tout aussi excluant (contrat de travail en CDI, revenus comme critère de sélection, etc.). C’est cette politique qui a mené à ce qu’aujourd’hui de nombreuses familles soient dans l’attente d’un logement social depuis des années, vivant dans des conditions d’une grande précarité. C’est cette même majorité qui a amorcé la métamorphose de la ville en chassant progressivement les classes populaires au profit de l’accueil de populations aisées propriétaires sur les Docks, le tout sur fond de magouilles immobilières.

Un « référendum local » ou la mobilisation active et massive de la population ?

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Le Front de Gauche appelle à la tenue d’un « référendum d’initiative locale sur ce projet de fusion ». Nous ne pouvons nous laisser duper par ce vernis démocratique caractéristique des « consultations citoyennes », qui voudrait faire croire que les décisions sont prises « démocratiquement » et n’est pas le reflet de la politique menée. Celle-ci tend au contraire à exclure les classes populaires des centres-villes, au service de la classe dirigeante et au plus grand profit du patronat du bâtiment, et ce quelque soit le résultat d’un quelconque référendum. Par ailleurs, on sait qu’une partie infime de la population s’exprime par ce biais là. A titre d’exemple, en décembre 2011, la mairie Front de Gauche de Saint-Ouen s’était félicitée d’un référendum favorable à 60% à l’adhésion de la ville à la communauté d’agglomération Plaine Commune. Pourtant, le vote n’avait recueilli que 1.015« oui », un chiffre dérisoire ne représentant que 2% des 47.500 habitants.

Alors non, ce n’est pas un référendum qui permettra de s’opposer au démantèlement progressif de l’habitat social. Pour mettre un frein aux politiques gouvernementales et à ses relais locaux (au niveau des communes, intercommunalités, départements et régions), c’est sur la mobilisation active de la population et des agents de l’office HLM, dans la rue à Saint-Ouen et dans tout le 93, qu’il faut compter. Et cela concerne aussi bien l’habitat social que le foyer Cara, dont les résidents et occupants vivent dans une situation très précaire, à la merci des coupures d’eau ordonnées par la Mairie.




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