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Notre classe

Les places fortes du syndicalisme en voie de disparition ?

Saint-Ouen (93). Pour le droit à résister, l’occupation de la Bourse du travail continue !

Depuis lundi, habitants de Saint-Ouen et syndicalistes occupent la bourse du travail contre le projet de destruction de sa grande salle par le maire William Delannoy (UDI), au profit d’un juteux projet immobilier. Face à cette attaque historique, près d’une centaine de personnes ont exprimé leur colère sous les fenêtres de l’hôtel de ville ce jeudi midi.

Amputer la bourse du travail de Saint-Ouen de sa grande salle, la salle Ambroise Croizat, c’est mettre un terme à la vie associative, politique et syndicale qui y a lieu depuis des décennies. C’est effacer d’un coup de pelleteuse ce lieu historique, emblématique des résistances et des batailles de classes qui ont eu lieu dans cette ancienne ville ouvrière qu’est Saint-Ouen. C’est vouloir faire oublier celle qui a accueilli des travailleurs en grève des usines de Citröen, Wonder ou Alsthom en mai 68. C’est tenter de tourner une page de l’histoire combative des habitants et travailleurs de la ville, au profit de juteux projets immobiliers et de la gentrification, dans cette ville du Grand Paris en pleine mutation. C’est ni plus ni moins qu’une attaque grossière contre la vie militante et syndicale à Saint-Ouen, une tentative d’empêcher les travailleurs de s’organiser pour résister aux attaques patronales qui se multiplient. C’est s’efforcer de désarmer les travailleurs, dans la lignée des attaques du gouvernement Macron contre le syndicalisme.

A l’inverse, les travailleurs de la ville ont plus que jamais besoin de lieux pour s’organiser et résister, comme l’expliquait Bruno Beylat, secrétaire de l’UL CGT : « Saint-Ouen compte plus de 37000 salariés, le conseil régional va bientôt arriver, un hôpital va arriver après, donc on n’a pas besoin de réduire les locaux de la bourse mais au contraire de les agrandir (…). Cette bataille qui est menée à Saint-Ouen est la même bataille qui est menée dans toute la France, c’est la loi XXL, c’est de casser tous les lieux, de casser les syndicalistes, discrimination syndicale, casse des bourses du travail, à Saint-Ouen, comme à Bobigny, comme au Blanc-Mesnil… Les méthodes contre la bourse du travail sont les mêmes que les discriminations syndicales ».

Si le maire fait la sourde oreille, de leur côté habitants et syndicalistes n’entendent pas baisser la garde. Ils étaient près d’une centaine à s’être mobilisés ce matin, suite à un appel à rassemblement diffusé la veille. Des travailleurs de PSA, de l’EHPAD Les lumières d’automne, et de la SEMISO (salariés des logements sociaux), tous en proie aux réductions d’effectifs et à la dégradation des conditions de travail, avaient fait le déplacement.

Le maire ayant refusé de recevoir une délégation malgré les appels répétés des syndicats, Bruno Beylat concluait son intervention en réaffirmant : « La bourse du travail de Saint-Ouen ne disparaîtra pas, la grande salle ne disparaîtra pas ! (…) Nous allons occuper jusqu’à ce que nous obtenions satisfaction. (…) Nous quitterons la bourse du travail actuelle quand il [le maire] nous aura construit une nouvelle bourse du travail qui correspondra aux enjeux qui vont venir avec plus de salariés sur la ville, donc une plus grosse bourse du travail ! » Autant dire que le conseil municipal de lundi soir, auquel le maire prévoit de faire acter la mise en vente du terrain, promet d’être houleux. D’ici là, le tableau de roulement permettant d’assurer l’occupation 24 heures sur 24 se remplit et les soutiens sont plus que bienvenus.




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