Jeunesse

Liberté Universitaire Temporaire (L.U.T.)

Salle comble à Montpellier pour Merci Patron

Publié le 12 avril 2016

Pari réussi pour le comité de mobilisation des étudiant.e.s de Montpellier 3 : ce sont 200 personnes qui sont venus ce mardi soir assister à la projection de Merci Patron, le film de François Ruffin, organisée avec le soutien du cinéma indépendant Utopia, et au profit de Mille et une productions. Un film accueilli avec enthousiasme par les spectateurs et spectatrices, et qui a permis un débat riche par la suite.

Dom Thomas

Si l’ambiance était à la joie et à la dérision grâce à l’esprit de franche rigolade et de foutage de gueule qui anime ce film – aux dépends des puissants, et on ne va pas les plaindre – la salle a également montré sa détermination et sa jubilation collectives lors des moments cruciaux et des victoires qui émaillent ce film. Le débat qui a suivi, réunissant une trentaine d’étudiants et de salariés, a permis d’aborder de nombreux sujets. Les participants ont ainsi rappelé la nécessité de sortir des divisions que le patronat sait entretenir entre nous, en jouant sur nos salaires par exemple, pour construire collectivement le rapport de forces et obtenir gain de cause. Le débat a également porté sur le choix des moyens d’action les plus efficaces : s’attaquer au pouvoir d’achat des puissants, à leur image, ou viser l’appropriation des moyens de production ? Boycotter les produits des plus grandes multinationales ? Faire appel au renforcement des liens de solidarité et à l’entraide entre toutes et tous, au risque de ne pouvoir que socialiser la misère ? Nous donnons-nous collectivement le droit d’outrepasser les règles de la morale à laquelle nous avons été éduqués afin de faire face aux attaques des propriétaires des moyens de production, nos patrons et les politiques qui leur servent la soupe – et qui provoquent chaque année des dizaines de morts au travail pour prendre le seul cas de la France ? Leur morale est-elle la nôtre ?
Le débat s’est poursuivi sur les perspectives, en évoquant la question de la société que l’on souhaite. Doit-on se satisfaire du fait qu’un patron ait un salaire plus élevé que "ses" salariésparce qu’il subirait plus de pressions, ou repenser le partage des richesses pour que tout le monde puisse satisfaire ses besoins, et aboutir ainsi à la socialisation de l’abondance ?
La présence de salariés d’Orange et de la SNCF, syndiqués à la CGT, est un signe que laconvergence étudiants-salariés, que le gouvernement et le patronat craignent tant, est possible. Un des camarades syndiqués a ainsi livré une analyse de Merci Patron éclairante pour toutes et tous. Pour lui, le film permet de réaliser à quel point l’honnêteté des travailleurs et des classes populaires contraste avec le cynisme du patronat. Alors que la direction de LVMH, ayant délocalisé en Bulgarie pour gagner sur le coût de la main-d’oeuvre, explique qu’elle réfléchit à partir en Grèce pour profiter de la crise économique et du chômage de masse qui y font rage pour faire pression à la baisse sur les salaires des travailleurs, la famille endettée jusqu’au cou se contente de réclamer une somme qui lui permettra tout juste de sauver sa maison. Par ailleurs, l’organisation bien rôdée et extrêmement efficace du camp d’en face - en quelques jours, par quelques coups de téléphone bien placés, Bernard Arnault et ses sbires ont le pouvoir d’agir en faveur d’une famille acculée à la misère – exige que nous réfléchissions à notre organisation. Pour faire bouger les lignes, nous avons besoin de cadres d’organisation collectifs démocratiques et pérennes dans le temps.

[Prochaine Assemblée Générale aujourd’hui à 14h en amphi B.

Pour les Montpelliérain.e.s, le film est projeté jusqu’à la mi-mai au cinéma Utopia : n’hésitez pas ! Pour retrouver les horaires, c’est ici.