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Genres et Sexualités

Société patriarcale

Salvador : libération de Teodora Vasquez après 10 ans de prison pour avoir fait une fausse couche

En 2008, Teodora Vasquez était jugée pour homicide et condamnée à 30 ans d’enfermement pour avoir fait une fausse couche au Salvador, un des pays ayant la législation contre l’avortement la plus dure au monde. En décembre dernier, sa peine était confirmée par le tribunal. Ce 15 février, Teodora Vasquez a enfin été libérée, la Cour suprême ayant accepté de commuer sa peine. Une victoire qui pourrait en entraîner d’autres.

Crédits photo : Marvin Recinos. AFP

Justice patriarcale. Le terme prend tout son sens quand on voit le traitement qui avait été réservé à Teodora Vasquez, et nombre d’autres femmes, après que celle-ci ait fait une fausse couche. Si l’avortement est, selon le code pénal, passible de deux à huit d’ans d’emprisonnement au Salvador, les femmes ayant recours à l’avortement ou faisant des fausses-couches sont généralement jugées pour « homicide aggravé », ce qui fait monter les peines de 30 à 50 ans.

Il y a un peu plus de dix ans, le 14 juillet 2007, Teodora, alors âgée de 24 ans, ayant un enfant de 4 ans à charge et enceinte de 9 mois fait un malaise sur son lieu de travail, le collège de San Salvador où elle était employée. Avant que les urgences n’interviennent, elle est atteinte d’une grave hémorragie et fait une fausse-couche. Amenée à l’hôpital, elle est en suite directement arrêtée et condamnée à 30 ans d’emprisonnement pour homicide. Peine qui avait été confirmé en décembre dernier, la justice est allée jusqu’à l’accuser de ne pas avoir voulu d’enfant..

Les femmes doivent engendrer des enfants, même lorsque celles-ci ne les ont pas voulus, même quand leur grossesse est causée par un viol. Violences symboliques et physiques qui se traduisent par la violence de l’emprisonnement lorsqu’elles choisissent de ne pas se laisser soumettre à cette domination féroce que la société patriarcale veut maintenir sur leur corps, ou quand leur corps lui-même ne va pas jusqu’au bout de la grossesse.

Dix longues années d’emprisonnement pour Teodora, qui voit sa peine raccourcie de vingt ans. À sa sortie de prison, celle-ci a pu retrouver ses parents qu’elle ne pensait jamais revoir, ainsi que son fils, maintenant âgé de quatorze qu’elle n’a pas vu grandir. Teodora Vasquez va maintenant se battre pour que les autres femmes emprisonnées pour ces mêmes motifs puissent être libérées.

Pour toutes les associations qui luttent pour le droit des femmes à disposer de leur corps, cela constitue une véritable victoire qui pourrait en amener d’autres. « Cela nous donne l’espoir de pouvoir faire libérer les autres. Nous espérons d’autres libérations dans les semaines, les mois qui viennent selon cette même stratégie de commutation de peine », déclarait à Libération Ana Cecilia Martinez, avocate du pôle juridique du Groupement citoyen pour la décriminalisation de l’avortement. L’allègement de peine de Teodora représente un espoir pour toutes les femmes qui perdent la vie à cause de cette criminalisation de l’avortement.




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