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Salvini mime le bras de fer avec l’UE… pour mieux préparer les élections européennes

Ces derniers jours, le vice-premier ministre italien, Matteo Salvini, a multiplié les déclarations fracassantes et les provocations contre l’Union Européenne, notamment en présentant un budget qui ne respectait pas le seuil de déficit fixé par l'UE. En réalité, il s’agit pour Salvini d'obtenir quelques concessions auprès de Bruxelles pour mieux galvaniser sa base sociale à l'approche des élections européennes.

crédit : PHOTO TIZIANA FABI, AGENCE FRANCE-PRESSE

« Je parle avec des personnes sobres qui ne font pas de comparaisons ne tenant pas la route ». Le ton a été donné, mardi, par Salvini qui s’exprimait en ces termes à propos de Jean-Claude Juncker qui évoquait un discours de fermeté face aux annonces budgétaires de l’Italie. Le gouvernement d’extrême-droite a en effet annoncé un budget 2019 avec un déficit public pointant à 2,4% du PIB italien… alors que la commission européenne et l’OCDE recommandaient un déficit ne dépassant pas 0,8%.

Immédiatement, les marchés financiers ont réagi. Le « spread », c’est-à-dire l’écart entre le taux des obligations allemandes et italiennes, a fait un bond, ce qui signifie que les investisseurs, effrayés par le budget de l’Italie, ont opté pour vendre leurs obligations italiennes afin d’acheter des obligations allemandes, jugées plus sûres. Compte tenu de la colossale dette publique italienne, la hausse des taux touche directement les banques nationales, particulièrement endettées. Cela pourrait heurter Salvini dans les sondages, car sa base sociale est principalement la riche bourgeoisie du nord de l’Italie, qui voit d’un mauvais œil la hausse des taux du marché.

Ainsi, derrière la prétendue confrontation avec l’UE affichée par Salvini, la politique proposée est bien loin des objectifs annoncés. Pendant que le vice premier-ministre pestait contre Junker et se donnait une attitude déterminée, le discours du ministre des Finances a été tout autre. Giovanni Tria a en effet annoncé mercredi que le déficit public commencerait à baisser à partir de 2020, sans toutefois s’engager sur des chiffres – peut-être pour ne pas se « griller » trop rapidement auprès des électeurs. Même chose du côté de Giuseppe Conte, chef du gouvernement, qui a annoncé son intention de donner des gages de bonne conduite économique aux institutions européennes… mais aussi aux marchés financiers européens qui ont très rapidement retrouvé des couleurs après ces annonces. « Nous avons travaillé à l’élaboration du budget de façon à accélérer la baisse du rapport entre l’endettement et le PIB d’une façon constante sur une période de trois ans », a-t-il déclaré à l’issue d’une réunion avec les principaux ministres de son gouvernement.

La manœuvre du leader du mouvement d’extrême-droite de la Ligue du Nord est donc simple : il s’agit de faire pression sur Bruxelles tout en sachant pertinemment que le but est simplement d’obtenir quelques concessions et se présenter comme celui qui tiendrait tête à Bruxelles. Un bon moyen d’unir les bases sociales du mouvement Cinq Etoiles, électorat pauvre du Sud de l’Italie, et de la Ligue du Nord, électorat de riches bourgeois du Nord de l’Italie, que tout oppose, en les montant contre les réfugiés et contre l’Union Européenne.

Il n’est donc pas étonnant qu’après avoir de nouveau refusé l’accostage de l’Aquarius la semaine dernière, le gouvernement ait dans le même temps encore renforcé la traque des migrants présents sur le territoire italien et de ceux qui voudraient leur porter assistance. Mardi, c’est Domenico Lucano, maire d’une petite commune du sud de l’Italie, qui a été arrêté par la police pour avoir apporté son aide aux migrants arrivant dans son village. Salvini n’est pas étranger à cette affaire ; le vice-premier ministre italien avait déclaré au début du mois de juin : « Le maire de Riace n’est rien, c’est un zéro ». Il s’est depuis félicité de son arrestation. Dans le même temps, un militant de la Ligue, coupable d’avoir ouvert le feu sur des migrants africains, faisant six blessés, a écopé de douze ans de prison… bien loin des vingt-deux ans de réclusion recommandés par le parquet pour « fusillade aggravée par la haine raciale ».

Ce qui se joue derrière ces joutes purement verbales entre le gouvernement italien et l’UE, c’est en réalité la préparation des élections européennes de 2019. Car le casse-tête pour le gouvernement de coalition italien est de réussir à concilier des bases sociales contradictoires. Le mouvement Cinq Étoiles s’addresse principalement aux électeurs populaires du sud de l’Italie et promet des mesures de relance sociale ; de son côté la Ligue du Nord a pour base sociale la riche bourgeoise du Nord de l’Italie, ouvertement raciste, hostile aux immigrés et aux chômeurs.

La bourgeoisie italienne, Salvini en tête, n’a nullement l’intention de mener quelque rupture que ce soit. Il s’agit de s’assurer un soutien populaire en agrégeant des bases sociales contradictoires autour d’une politique raciste et nationaliste et en agitant la peur du chômage. Mais ces intérêts économiques ne peuvent pas être mis sous le tapis longtemps, ils finiront par exploser..

Face à cette poussée xénophobe décomplexée et antipopulaire, la seule alternative, c’est bien celle d’une alliance des travailleurs, de la jeunesse et de tous les opprimés, prêts à affronter les gouvernements impérialistes en Europe. Et cela passe par l’unité de leurs rangs, à commencer par la solidarité avec les migrants victimes de l’acharnement du gouvernement italien, qui ne pourra que se renforcer à l’avenir pour justifier sa politique antisociale dont le vernis « progressiste » s’estompe de plus en plus.




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