Politique

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Sarko et la droite au cul des vaches… pour mieux flatter les agriculteurs

Publié le 2 mars 2016

Corinne Rozenn

On sait depuis Maurice Barrès que « la terre, elle, ne ment pas ». C’est ce qu’ont répété à l’envi les candidats à la primaire de droite (qu’ils soient ou non déjà déclarés) et qui ont arpenté les allées du Salon de l’Agriculture, à commencer par Nicolas Sarkozy. Après l’inauguration calamiteuse du samedi par François Hollande et la non moins chahutée visite de Manuel Valls, il n’était pas bien compliqué de faire meilleure figure et de caresser les éleveurs et les agriculteurs dans le sens du poil.

Alors, bien entendu, il y a ceux qui sont passés inaperçus, à l’image de Bruno Le Maire. Celui qui, pourtant, a été pendant 3 ans ministre de l’Agriculture a fait le siège trois jours durant du Salon sans que personne n’y prête trop d’attention et sans que sa cote de popularité n’en soit très impactée. Il reste à 10% d’intentions de vote chez les sympathisants Les Républicains en vue de la primaire, dans neuf mois.

Plus important, il y a eu la visite des poids lourds, François Fillon, d’un côté, et Nicolas Sarkozy, de l’autre. Tous deux se sont rendus dans la « plus grande ferme de France » hier, sans pour autant ne jamais se croiser.

Les deux en revanche ont témoigné d’une identité de points de vue des plus éculés sur la ruralité et les agriculteurs. Pour Fillon, il s’agit de « l’identité culturelle » de la France et « l’âme française » que l’on peut toucher du doigt, Porte de Versailles. Tout aussi lyrique, Sarkozy a vu au Salon les symptômes d’un « problème identitaire » hexagonal.

Pour Sarkozy comme pour Fillon, la solution à la détresse du monde paysan, c’est avant tout une baisse massive des charges. Cela passe aussi à travers un redimensionnement du poids des décisions communautaires et des normes environnementales françaises. L’enjeu, c’est de « jouer à fond la compétitivité, a résumé Sarkozy, ce qui implique une baisse massive des charges et un immense mouvement sur les normes ». Avec un tel programme, ce ne sont pas les petits producteurs et les petits éleveurs qui seront favorisés. C’est l’horizon de la « ferme des mille vaches » qui est érigé en modèle pour le monde paysan.

On comprendra facilement pourquoi, matois comme il est, Xavier Beulin, président de la FNSEA, le principal syndicat d’exploitants, mais surtout grand patron de l’agro-business, a collé de prés à Sarkozy (après avoir faite de même avec Hollande, samedi). L’ancien président, lui, qui n’a pas hésité à se faire prendre en photo, à serrer des mains et à caresser de la limousine et des charolais, s’est bien gardé de préciser deux ou trois choses à ses interlocuteurs. La crise de la production agricole et de l’élevage est structurelle, et ce sont les plus petits qui en pâtissent. Mais c’est Sarkozy qui, entre autres, a poussé à la suppression des quotas laitiers, ce qui a ultérieurement déstabilisé les marchés, et fait voté la Loi sur la modernisation de l’économie qui a fait les choux-gras de la grande distribution.

Très remontés, et c’est bien légitime, les petits producteurs et exploitants devraient se garder comme de la grippe aviaire de ces représentants syndicaux qui servent avant tout leurs intérêts et ceux de l’agro-industrie et de même que de ces « amis d’aujourd’hui » qui, hier, les poignardaient dans le dos.