^

Politique

Métaphores hydrauliques et démagogie raciste

Sarkozy. Plus à droite que lui, compliqué…

Plus à droite que lui, compliqué. En même temps, on ne peut pas vraiment lui en vouloir ni le rendre responsable de la totalité de ses déclarations. Sarkozy agit en automate. Dans la mesure où il existe une lepénisation accélérée des socialistes au pouvoir, le gouvernement se livrant à une chasse au migrants qui ferait pâlir d’envie les frontistes les plus endurcis, on comprend que par une sorte de translation machinale, Sarkozy essaye de se situer au-delà, y compris, de ses deux principaux concurrents, l’actuel locataire de l’Elysée, d’un côté, et Marine Le Pen, de l’autre.

Après le « plombier polonais », la canalisation explose

Le comble de la pédagogie de comptoir et du populisme raciste et vulgaire a donc été la déclaration de Sarkozy, jeudi 18 juin, au cours d’une réunion avec quelques dizaines d’encartés Républicains dans l’Oise. Manuel Valls avait déjà fait savoir qu’il refusait le plan Juncker, qui n’est pourtant pas un militant associatif pro-demandeur d’asile, au sujet d’une meilleure « répartition du flux de migrants à échelle européenne ». Histoire de se différencier un peu plus du Premier ministre, Sarkozy a donc réutilisé la métaphore hydraulique, dans la droite ligne de celle du « plombier polonais », censé représenter une menace bruxelloise contre les salariés bien de chez nous. « Dans une maison, a commencé Sarkozy, il y a une canalisation qui explose, elle se déverse dans la cuisine. Le réparateur arrive et dit j’ai une solution : on va garder la moitié pour la cuisine, mettre un quart dans le salon, un quart dans la chambre des parents et si ça ne suffit pas il reste la chambre des enfants ».

Immédiatement, la gauche gouvernementale a fait savoir qu’elle jugeait indigne les propos de l’ancien chef de l’Etat. Mais Sarkozy ne fait que décliner, sur un mode vulgaire et ouvertement raciste, ce que Valls et son ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, font, au quotidien, à travers leur chasse aux migrants.

Sarkozy n’en est pas à son coup d’essai, et il multiplie les sorties frontistes censées siphonner, en vue de 2017, l’électorat de Marine Le Pen. Après avoir organisé une conférence sur « l’Islam en France » qui a fait pschitt, il y a quelques semaines, le voilà reparti en croisade, sur la question du « droit du sol », ces derniers jours. Sarkozy a beau avoir substitué son conseiller personnel le plus proche, l’ultra-réac Patrick Buisson, par son ami d’enfance (tout aussi réac), Brice Hortefeux, il continue sur le même registre nationaliste, chauvin et raciste, voire même l’approfondit.

Sarko-surenchère

Par crainte de voir ses troupes parlementaires se laisser tenter par un appui tacite au gouvernement sur la Loi Macron ou la reconnaissance par la France de l’Etat palestinien, il charge la barque, et sur les questions économiques, et par rapport à un ultra-sionisme proclamé à tue-tête. Les enfants nés de parents étrangers en France ne représentent, annuellement, que 30.000 naissances, 3.000 enfants devenant Français automatiquement, Sarkozy souhaite, sur cette question-là, aller au-delà de la Loi Pasqua de 1993 qui obligeait ces enfants à « engager une démarche d’adhésion pour acquérir la nationalité française », disposition qui avait été abrogée sous le gouvernement Jospin, en 1998.

Pour Sarkozy, il ne devrait plus y avoir d’automaticité entre le fait de naitre sur le territoire français et être Français, comme le veut la loi depuis… 1889. N’étant pas à une contradiction prêt, y compris avec le droit, Hortefeux suggère même que le droit du sang soit rétabli « dans les territoires d’Outre-mer comme Mayotte et La Réunion (…) car les abus sont innombrables », de façon à refuser que « la nationalité française soit accordée aux délinquants et aux enfants de clandestins ». Par delà le fait que la loi est censée être la même sur l’ensemble du territoire français et qu’Hortefeux s’assoit donc consciemment sur les principes-mêmes des lois de cette République qu’il est censé défendre, ce genre de propos et de raccourcis font froid dans le dos.

A n’en pas douter, les socialistes vont insister dessus, de façon à renforcer leur pari consistant à laisser Sarkozy se « Berlusconiser » pour mieux se poser en unique alternative possible contre un retour de la droite la plus réactionnaire au pouvoir. François Fillon et Alain Juppé, pour renforcer leur image de « présidentiables responsables » font déjà leurs choux-gras des sorties à droite de Sarkozy. Mais, on l’aura compris, par-delà ce jeu de rôle et de discours entre la droite dure et la gauche de gouvernement, la seule façon de faire barrage au discours sarkozyste et à sa banalisation croissante, c’est en luttant, aujourd’hui, pied à pied, contre la politique du gouvernement en place, en commençant par reprendre le combat des migrants pour la régularisation de l’ensemble des sans-papiers et la revendication d’un logement pour tous.

19/06/15




Mots-clés

Jean-Marie Le Pen   /    Nicolas Sarkozy   /    Extrême-droite   /    Politique