Monde

Violences policières aux États-Unis

Scandale à Chicago. Dissimulation de l’exécution d’un jeune Noir par la police

Publié le 2 décembre 2015

Les faits remontent à octobre 2014. Laquan McDonald, un jeune Noir âgé de 17 ans, sans défense et à terre, est criblé de 16 balles par un policier blanc, Jason Van Dyke. Pendant plus d’un an le gouvernement de la ville, en collaboration étroite avec les forces de l’ordre, a cherché à camoufler ce meurtre. Mais sans grand succès : courant novembre, la ville s’est vue ordonner par les tribunaux de rendre publique une vidéo montrant les conditions impitoyables dans lesquelles la mort de ce jeune homme est survenue, suscitant une mobilisation qui vient d’avoir la tête du chef de police de la ville.

20 octobre 2014. Jason Van Dyke fait sa ronde dans les rues de Chicago. Il reçoit un appel : on aurait signalé au commissariat la présence de cambrioleurs. L’officier tombe rapidement sur le jeune Laquan McDonald qui court dans la rue. Celui-ci ralentit progressivement à l’approche des voitures de police et commence à se diriger vers le trottoir. En l’espace de quelques secondes, son corps inerte et criblé de 16 balles se retrouve à terre : une nouvelle victime d’une exécution froide et sommaire aux mains de la police raciste états-unienne.

Un camouflage du gouvernement qui dure plus d’un an

S’en suit alors un camouflage du gouvernement qui a duré jusqu’à fin novembre. Dans un premier temps, les policiers ont fait pression sur les témoins de la scène sanglante. Selon l’avocat de la famille de la victime, la police a menacé d’arrêter ceux qui ne quittaient pas immédiatement le lieu du crime, et ont ignoré tous les témoignages qui n’allaient pas dans leur sens. Le chef d’un Burger King a récemment confirmé qu’une heure de l’enregistrement de surveillance manquait depuis que les policiers y ont eu accès.

Mais ce ne sont pas seulement les policiers assassins qui ont camouflé la mort de McDonald. De hauts dirigeants politiques de la ville, dont le maire lui-même, ont également participé à ce camouflage. Rahm Emanuel, maire de Chicago et ancien conseiller du président Barack Obama, en pleine campagne de réélection et soucieux de se faire réélire, a choisi d’interdire la diffusion de la vidéo montrant la scène. En collaboration avec d’autres responsables municipaux, le maire Emanuel est ainsi resté fidèle à la longue tradition de brutalité et de corruption des forces de l’ordre de la ville, couvrant les bourreaux et cachant sciemment la vérité sur cette histoire. Les pratiques racistes de la police de Chicago ne datent en effet pas d’hier : Jon Burge, chef de police sur la période allant du début des années 1970 au début des années 1990, a organisé la torture brutale des personnes noires dans les quartiers. Par ailleurs, la police est régulièrement condamnée pour de telles pratiques violentes et racistes, coûtant à la ville plus de 500 millions de dollars d’amendes entre 2004 et 2014.

Une mobilisation populaire exigeant que justice soit faite

La divulgation de cette vidéo a suscité une vive émotion parmi la communauté noire et la population de Chicago. Comme au lendemain de l’assassinat de Mike Brown à Ferguson ou de celui de Freddy Gray à Baltimore, la population noire est descendue dans les rues pour exiger que justice soit faite. Sous la pression de la mobilisation populaire qui a réussi à bloquer l’une des principales artères commerciales de la troisième plus grande ville du pays, le maire s’est vu contraint de prendre des mesures. Avec un cynisme digne du personnage, il a annoncé sa décision de renvoyer le chef de la police Garry McCarthy afin d’éviter les « distractions ». Il a également annoncé la mise en place d’une commission chargée d’enquêter sur les pratiques violentes et racistes des policiers de Chicago, sous la tutelle du Département de la Justice. L’assassin Dyke a certes été inculpé pour meurtre, mais aussitôt relâché sous caution.

Loin de vouloir s’attaquer aux racines du régime policier raciste, ces mesures visent toutes, surtout et avant tout, à protéger le maire et d’autres responsables municipaux qui sont mouillés dans le scandale, et à retourner l’opinion publique de plus en plus hostile à leurs politiques. Si ces premières mesures ont été accueillies favorablement par les manifestants, ceux-ci continuent à exiger que davantage de mesures soient prises.

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