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Genres et Sexualités

« République exemplaire »

Schiappa fait la promotion de son livre aux frais de l’État

Deux mois après que l'association de lutte contre la corruption Anticor ait dénoncé un détournement d'argent public et des moyens de l'État au sujet de Marlène Schiappa qui avait envoyé sur les listes de diffusion de son ministère des invitations à une séance de dédicace de son dernier livre, Édouard Philippe s'explique : selon lui, c'était une simple « erreur humaine ». Une façon intéressante de traiter le détournement de fonds dans la République exemplaire de Macron.

Crédit photo : Nantilus, CC BY SA 2.0

Fin mai, on apprenait que Marlène Schiappa, la Secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, avait utilisé la liste de diffusion de son Secrétariat d’État pour envoyer une invitation à une séance de dédicace de son livre Si souvent éloignée de vous. Dans ce livre que Marlène Schiappa décrit comme un « récit purement personnel », elle partage les lettres qu’elle écrit à ses filles de 6 et 11 ans. On y découvre les conseils que cette grande féministe donne à ses filles : « Il y a peu de phénomènes au monde aussi agréables que voir un homme vous rendre un sourire » ou encore « Ait des enfants, car c’est la plus belle chose du monde ».

Apprenant que l’invitation pour la rencontre avec Marlène Schiappa pour la sortie de son livre avait été envoyée sur les listes mail de son ministère, l’association de lutte contre la corruption Anticor avait dénoncé un détournement de l’argent public et des moyens de l’État ainsi qu’un « détournement de finalité de fichier » (délit passible de cinq ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende) par rapport aux données recueillies par les services du ministère. Anticor avait saisi la Comission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) et le Premier ministre pour un problème « pénal » et « déontologique ».

Le cabinet de Marlène Schiappa s’était défendu en évoquant une « maladresse ». Jeudi 2 août, Édouard Philippe a déclaré que c’était le fruit d’une « erreur humaine ». Dans la « République exemplaire » de Macron, on voit avec quel niveau de sérieux sont traités les détournements d’argent public à des fins personnelles. À une toute autre échelle, ce n’est pas sans rappeler le traitement de l’affaire Benalla par ce même gouvernement : une erreur humaine, une faute personnelle, rien de plus...

Mais l’on commence à s’habituer à ce niveau d’exemplarité chez Macron, son gouvernement et dans le monde politique en général. Alors que l’on découvre des armes non déclarées au siège de LREM, que Muriel Pénicaud était entendue pour favoritisme dans des attributions de contrats commerciaux et que Macron multiplie d’un côté les sorties sur le « pognon de dingue » que coûtent les aides sociales et de l’autre dépense des fortunes d’argent public en piscine et vaisselle, ces affaires tendent à mettre à nu une République de magouilles et de copinages, un système de privilèges et de privilégiés.