Société

Après la plage, la surenchère islamophobe s’invite en terrasse

Seine-Saint-Denis. Deux femmes voilées chassées par le patron d’un restaurant

Publié le 29 août 2016

Ce samedi 27 août, un restaurateur de Tremblay-en-France (Seine Saint Denis) a refusé de servir puis chassé deux femmes musulmanes voilées à la suite d’un échange virulent. Une discussion filmée par l’une des clientes, au cours de laquelle il a notamment assimilé ces deux femmes à des terroristes. La vidéo a été suivie de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux jusqu’à faire remonter l’affaire au gouvernement.

Joan Manchette

Depuis plusieurs semaines la France est entrée dans une spirale islamophobe et raciste que rien ne semble arrêter. La polémique autour des arrêtés anti-burkini, récemment cassés par le Conseil d’Etat, ravit nos politiciens tant de droite que de « gauche » qui ont comme priorité dans leur agenda de la rentrée de mener une « guerre » acharnée contre « l’islamisme mortifère ». Ce sont les femmes musulmanes ou assimilées comme telles, portant le voile, qui se retrouvent ainsi en première ligne d’un déchaînement d’attaques et de discours islamophobes.

Le message était « clair » samedi soir au restaurant le Cénacle de Tremblay-en-France : le patron ne sert pas les « musulmans », ni les femmes voilées, parce que « les terroristes sont musulmans et tous les musulmans sont terroristes. (...) Des gens comme vous, j’en veux pas chez moi. (...) Maintenant, vous le savez, alors partez ! ». Les deux femmes sommées de quitter le restaurant lui rétorquent alors avec force et ironie : « il faut le préciser monsieur, si on avait su on ne serait pas venues ». Ces propos ont été filmés par les deux clientes du restaurant qui ont ensuite quitté les lieux après avoir prévenu la police. Ce soir-là, ces deux femmes ont été victimes des propos islamophobes de ce restaurateur, une agression nourrie par le climat de haine raciale et islamophobe instauré par nos politiciens et notre gouvernement.

Suite au tollé qu’a provoqué la diffusion de la vidéo, le parquet de Bobigny a ouvert dimanche une enquête pour « discrimination à caractère racial ». Les deux femmes ont également pris contact avec le CCIF (collectif contre l’islamophobie) dont le porte-parole Marwan Muhammad a fait savoir qu’elles comptaient porter plainte le lundi matin.

C’est également "notre" ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, Laurence Rossignol, qui s’est indignée du « comportement intolérable de ce patron de restaurant » et a saisi la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (Dilcra) « afin d’engager investigations et sanctions » à son encontre. La réponse de la ministre du droit des femmes a de quoi nous laisser de marbre quant à la réalité de son « intransigeance » et des sanctions qui s’ensuivront contre cette agression islamophobe, elle qui, il y a quelques jours à peine, bien que peu encline à défendre les arrêtés d’interdiction du burkini sur les plages, affirmait voir dans le port du burkini un « projet politique archaïque ». Ajoutant que, selon elle, ce qui est en cause avec l’interdiction du burkini est simplement et uniquement… « l’émancipation des femmes ».

Quand hier Laurence Rossignol comparait les femmes choisissant de porter le voile aux« nègres américains qui étaient pour l’esclavage », défend le lendemain l’interdiction du burkini pour « émanciper les femmes » et se pose aujourd’hui en défenseuse des femmes musulmanes voilées victimes d’agressions racistes, on peut douter sérieusement de « l’anti-racisme » de notre ministre, de notre gouvernement de « gauche », de l’État et de sa justice, ainsi que de sa capacité et de sa volonté de lutter contre la stigmatisation des personnes raciséesislamophobes et racistes ainsi que les discours et attaques .

Le lendemain, dimanche 28 août, le restaurateur s’est excusé auprès de jeunes de Tremblay-en-France en colère venus à sa rencontre pour avoir des explications. Le patron du restaurant a alors justifié ses propos par le contexte actuel de tensions et de matraquage médiatique autour de la question du burkini. Encore une fois, on voit comment le discours islamophobe et raciste alimenté et relayé par nos politiciens et les médias dominants a pour conséquence d’encourager le développement d’attaques et d’agressions racistes.