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Politique

Passer le cap de la contestation dans la rue

Sélection à l’université : où en est la mobilisation ?

La mobilisation contre Parcoursup et la sélection à l’université ne fait pas encore la une des médias. Pourtant, la résistance s’organise toujours dans les universités, avec des Assemblées Générales qui gagnent de nouvelles facs, et des motions d’opposition qui pleuvent dans les instances. Jeudi 15 février est prévue une nouvelle journée de mobilisation contre la sélection dans les universités. Et elle pourrait bien mettre davantage d’étudiants dans la rue. Aux abonnés absents cette fois-ci, l’enseignement secondaire alors que la très contestée réforme du baccalauréat et du lycée vient de tomber.

Les actions de mobilisation gagnent de nouvelles universités

Aux avant-postes, il y a l’université Jean Jaurès (ex-Mirail) à Toulouse, mobilisée depuis décembre contre la fusion, mot d’ordre sur lequel s’est greffé celui de la sélection. Chose peu commune sur cette université, ce sont les personnels administratifs qui sont le plus impliqué. Mercredi, l’Assemblée Générale a, une fois de plus, fait salle comble pour préparer la mobilisation de jeudi. L’autre tête de pont contre la sélection, c’est l’université Paris 1-Panthéon Sorbonne. Ce mercredi, le centre PMF- Tolbiac a été bloqué pour faire de l’agitation. Sur les autres universités parisiennes, c’est plus compliqué, même si, le 1er et le 6 février surtout, Nanterre, Paris XIII, Paris IV, Paris V, ont défilé avec plusieurs centaines d’étudiants.

Le fait relativement nouveau, en dehors de l’axe Paris-Toulouse, est ce qui pointe dans les universités de province. L’université de Poitiers, qui avait été un fer-de-lance de la lutte anti-CPE, est entrée dans la danse avec 250 personnes – enseignants et surtout étudiants – en Assemblée Générale sur le campus de Langues et Psycho mardi dernier et a appelé à mener des actions sur le campus et à manifester dans le centre-ville jeudi. A Besançon, après avoir réuni près de 150 personnes lors de la dernière AG, la fac était bloquée ce mercredi. Tout comme l’université de Nantes, de Pau, de Paris VI, Nice, Tours, Nancy, Lille, et Paris 1. A Bordeaux, la présidence a été occupée.

« Des motions comme s’il en neigeait »

Et si la mobilisation reste peu visible du côté des enseignants, c’est qu’elle prend aussi la forme d’une résistance au sein des instances de l’université. Récemment, à l’université Paris-Créteil, une motion de refus de mise en place de la réforme de l’accès à l’université a été adoptée à la majorité en Conseil d’Administration, quand le CA de Rouen dénonce l’absence de moyens pour sa mise en place. Cette résistance institutionnelle est à ce point exceptionnelle qu’elle touche jusqu’aux sections du Conseil National des Universités, chargé des recrutements des universitaires : ce sont 7 sections (sciences économiques, psychologie, sociologie, langues anglais, langues romanes, sciences du langage, épistémologie) qui ont émis des doutes sur la mise en place de la réforme « Orientation et Réussite des Etudiants ». Une position qui a peu d’implication pratique, mais qui témoigne d’un climat de contestation vis-à-vis du projet de loi gouvernemental.

Une Coordination Nationale de l’Education qui prend de l’ampleur

Face à cette légère amplification de la mobilisation – dont la journée de jeudi sera le véritable test – la Coordination Nationale de l’Education, lancée le 20 janvier dernier s’ancre elle aussi dans la durée. Relancée pour le samedi 17 février, elle devrait y voir également les représentants des étudiants et enseignants des différentes universités mobilisées sur le territoire.

Les enseignants du secondaire démobilisés ?

La coordination des enseignants du secondaire, pourtant remontés contre la réforme du baccalauréat et la baisse des moyens dans les collèges, reste bien plus fragile. Alors que la journée de mobilisation du 1er février conjointe avec les universités était appelée par SUD Education, le SNES-FSU, syndicat majoritaire, a préféré « concentrer ses forces » sur la journée de grève du 6 février orientée sur la réforme du baccalauréat et sur la baisse des dotations. Malgré la présence du SNESUP- FSU, le Snes n’a jamais rallié ni signé un appel de la Coordination Nationale Etudiante, refusant de s’engager véritablement contre Parcoursup et s’en tenant à une position de boycott dans les conseils de classe. La prochaine date de mobilisation en vue est prévue pour le 22 mars, journée de mobilisation de l’ensemble de la fonction publique, une échéance bien trop tardive, en dépit du passage des vacances d’hiver.

Pourtant, la réforme Blanquer sur le baccalauréat et le lycée vient de tomber dans sa bouture finale et elle colle presque parfaitement aux inquiétantes recommandations du rapport Mathiot : instauration du bac local avec le contrôle continu, spécialisation et modularisation du lycée. Seul le caractère semestriel des emplois du temps a été abandonné de manière tactique. Que ce soit sur les réformes nationales ou sur des problématiques locales, la contestation est pourtant vive dans les établissements.

La mobilisation contre la sélection n’en est pas à son clap de fin. Elle s’ancre plutôt dans la durée, en cherchant à informer et à se massifier. La journée de jeudi 15 février devra être un nouveau test pour savoir si, d’une contestation relativement minoritaire et institutionnalisée, elle parvient à s’exprimer, plus massivement dans la rue.