Politique

Quand France Terre d’Asile « trie » des êtres humains au service de l’Etat

Sélection au faciès à Calais. « Une femme française m’a dit que je n’étais pas mineur. Je ne sais pas ce que je vais faire »

Publié le 25 octobre 2016

Calme, joie et sérénité. Les migrants « mis à l’abri » auraient tous le sourire de quitter Calais. Unanimement, les médias dominants applaudissent l’opération d’évacuation fomentée par le gouvernement. Pourtant, malgré toute l’attention qui y est apportée, le dispositif quasi militaire, les dispositions visant à empêcher toute solidarité, l’opération « humanitaire » du gouvernement est en train de se fissurer. Selon l’ONG Médecins sans frontières (MSF), ce serait un dispositif de « sélection au faciès » qui déciderait arbitrairement de quel migrant serait mineur ou non. Une « sélection » qui en a déjà exclu « un tiers », selon l’association.

Dans un grand hangar, trois files sont dressées : une pour les majeurs, une pour les familles, une pour les mineurs. Une fois dans la file des mineurs, une « sélection au faciès » est effectuée pour trier les migrants. Selon un journaliste du Monde, présent sur les lieux, c’est « le directeur de France terre d’asile, posté derrière les barrières » qui est chargé de décider arbitrairement de quel être humain serait majeur ou non. Loin de l’opération « humanitaire » dont se pare le gouvernement, tel est le traitement que ses relais sur place réservent aux « mineurs » dans la « jungle ».

« Déjà la veille, un traducteur du HCR disait en soupirant aux résidents du Centre d’Accueil Provisoire (CAP) que seuls “ceux qui ont vraiment l’air jeune”, seraient acceptés » affirme le journaliste du Monde. « Et c’est bien cela qui se joue aux premières lueurs du démantèlement alors que l’on n’y voit pas encore bien clair. Le directeur de France terre d’asile, posté derrière les barrières, fait signe à l’un d’eux d’enlever sa capuche avant de l’écarter sans autre forme de procès », ajoute-t-il. Une opération de tri au faciès sur les êtres humains, parce que migrants, tel est le dispositif raciste mis en place par le gouvernement.

« C’est une sélection au faciès qui n’est pas acceptable » et qui a abouti à l’exclusion d’"un tiers" des personnes se présentant comme mineures, a dénoncé à l’AFP Frank Esnée, chef de mission France pour MSF. « Les mineurs font la queue devant le sas, mais leur accès est conditionné à l’accord d’une seule personne, qui décide s’ils pourront ou non entrer », a-t-il ajouté. « Nous cessons d’orienter les mineurs vers le dispositif », termine-t-il. « En revanche, MSF terminera le travail engagé pour les personnes vulnérables », finit par expliquer l’ONG.

Dès lors qu’un mineur a été « trié », il s’agit de le certifier « conforme ». Un agent britannique du ministère de l’Intérieur (Home Office) ainsi qu’un membre de France Terre d’asile font passer un entretien, d’une durée de quinze à vingt minutes, pour déterminer si les migrants ont moins de 18 ans. De la nature des questions posées, le Home Office ne dira rien. Cependant, on sait que le comportement, la façon de parler, sont pris en compte. MSF a dénoncé un processus « pas légal, dès l’instant où toute personne se déclarant mineure a droit à un entretien ».

Dans le campement, Yussef, 16 ans, rencontré par un journaliste de Libération, a affirmé avoir été rejeté de la file. « Une femme française m’a dit que je n’étais pas mineur. Je ne sais pas ce que je vais faire », racontait ce jeune Afghan. Coordonnée avec les autorités britanniques, l’opération de sélection doit réduire au maximum le nombre de « mineurs » qui pourront rejoindre l’Angleterre. Pourtant, une fois « certifié » mineur, parcours réservé habituellement à la sélection animale, ces derniers seront envoyés au centre d’accueil provisoire (CAP), qui compte 1 500 places et est situé au fond de la jungle.

Hébergés par douze dans des conteneurs avec des lits superposés et des prises électriques. Ces enfants et adolescents, surtout ceux qui ont de la famille outre-Manche, espèrent atteindre enfin leur but et rejoindre l’Angleterre. S’ils ne sont pas considérés comme « individu vulnérable », les mineurs seront eux-aussi dispersés dans plusieurs régions de France dans un Centre d’Accueil et d’Orientation dédié aux mineurs. Près de 700 adolescents ont ainsi été orientés vers ce centre entre lundi et mardi matin. Seulement, 200 ont été autorisés la semaine dernière à rejoindre leur famille au Royaume-Uni.

En parallèle, les opérations de « nettoyage » du camp ont débuté mardi en début d’après-midi. La multinationale française Vinci déblaie autour des conteneurs où sont désormais « stockés » les mineurs. De son côté, le gouvernement et son bras armé, mobilisé à hauteur d’une force de police pour deux migrants use de l’intimidation et de pressions pour éviter toute résistance des migrants qui ne souhaiteraient pas être disperser. France Terre d’Asile « sélectionne au faciès », tandis que le Home Office britannique, assisté de l’OFPRA, certifie.

Pour le gouvernement et quelques un de ses relais sur le terrain, c’est en réalité une « opération tri sélectif » qu’ils infligent aux mineurs parce que migrants, expression toujours plus équivoque du racisme d’Etat. « Humanitaire », vous avez dit ?