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Jeunesse

Mise en place dès septembre 2017

Sélection en master. Après « l’accord de la honte », le Parlement adopte une loi

Dans un précédent article sur le sujet, nous nous posions la question suivante : « la sélection va-t-elle s’imposer officiellement dans toutes les universités [en 2017] ? » La réponse est oui. Ce lundi 19 décembre, le Parlement adopte une proposition de loi sur la sélection à l’université, qui n’est que la législation de l’accord passé entre la CPU (Conférence des Présidents d’Université) et l’UNEF le 4 octobre dernier. Manon Véret

En cette rentrée, le syndicat Solidaires Étudiant-e-s dénonçait cet accord entre présidents d’université et l’UNEF et la FAGE dans un communiqué. « Selon le projet d’accord, qui sera soumis au CNESER d’octobre et pourrait faire l’objet d’une loi dès novembre, la sélection actuellement pratiquée entre le M1 et le M2 disparaîtrait au profit d’une sélection dès le M1, arguant que le Master est un diplôme cohérent de 4 semestres qu’on ne coupe pas en 2 – du bon sens par ailleurs.  » Désormais, la sélection à l’entrée du master fait l’objet d’une loi qui vient modifier le code de l’éducation. En d’autres termes, les étudiant.e.s ne pourront plus exiger la poursuite de leurs études après la licence, mais devront démontrer leurs « capacités à intégrer un master » via un dossier de candidature et une épreuve spécifique ou un entretien.

Pour mieux faire passer cette réforme chez les étudiant.e.s, la sélection est couplée à ce que le Ministère de l’Education nationale appelle le « droit à la poursuite d’étude » : dans un communiqué, il affirme qu’ « aucun diplômé de licence souhaitant poursuivre ses études en master ne sera sans solution, sans choix, sans droit ». En effet, un.e étudiant.e pourra saisir le rectorat s’il ou elle n’est pas accepté.e dans le master de son choix, et le recteur devra ensuite formuler trois propositions de master à l’étudiant.e. Non seulement jusqu’à deux d’entre elles pourront être localisées dans d’autres facs de l’académie, ce qui entraîne une mobilité forcée pour des jeunes qui ont peu souvent de quoi se loger facilement, mais plus encore, la loi ne garantit aucunement que ces propositions soient en lien avec la licence ou le projet professionnel de l’étudiant.e.

Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education nationale, et Thierry Mandon, secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur, se sont félicités de cette loi en la qualifiant d’une « adoption historique » et précisent qu’elle sera « très prochainement promulguée et pourra entrer en vigueur dès la rentrée prochaine ». Une loi « historique » ? En effet, dès 1986 le gouvernement Mitterrand a voulu instaurer la sélection à l’université avec la loi Devaquet, mais le mouvement étudiant et lycéen s’est largement mobilisé et a réussi à faire reculer le gouvernement. Depuis, des réformes, notamment LRU et Fioraso, ont progressivement renforcé la compétition à l’université. La loi sur la sélection en master s’inscrit dans cette même logique de faire entrer les étudiant.e.s en concurrence les uns les autres, ce qui ne fait que mieux intégrer les facs de France au système compétitif européen licence-master-doctorat. Car jusque-là, le mouvement étudiant a su mettre des bâtons dans les rouages du gouvernement pour l’empêcher d’avancer sur la mise en place de facs de plus en plus concurrentielles, du mouvement Devaquet en 1986 à celui de la LRU en 2006.

Si la sélection s’est déjà appliquée dans certaines universités, une par une, comme cela a été le cas à Toulouse Le Mirail en novembre, cette législation pourrait bien mettre au pied du mur toutes les facs en France en ce qu’elle doit, selon le Ministère de l’éducation, entrer en vigueur dès septembre 2017 et donc supposément de manière généralisée sur tout le territoire.




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