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Jeunesse

« La sélection mine de rien »…

Sélection, frais d’inscription jusqu’à 8000 euros, crédits bancaires : la casse de l’université « En Marche »

Tandis que la loi sur la sélection à l’université qui abroge des dispositions du code de l’éducation vient d’être validée à l’Assemblée, un rapport sur l’enseignement supérieur remis à l’équipe de campagne de Macron en 2016 vient d’être révélé. Et il valide les pires craintes quant aux transformations du système universitaires français : sélection, hausse des frais d’inscription, développement du marché privé et développement du recours au crédit bancaire pour les étudiants. Mise en concurrence des établissements, augmentation des frais d'inscriptions et de la sélection : voilà le véritable projet du gouvernement pour l’université.

Le projet de loi sur « l’orientation et la réussite des étudiants » qui valide l’abrogation d’une partie substantielle du code de l’éducation et la mise en place de la sélection à l’université, a été voté, ce mardi, par les députés. Mais, à en croire le rapport rédigé par Robert Gary-Bobo intitulé « réformes souhaitables de l’enseignement supérieur et éléments d’une stratégie de changement » remis à l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron en novembre 2016 et véritable guide de chevet de la politique d’En Marche pour l’enseignement supérieur, le passage de la sélection à l’Université n’est que le premier pas d’un vaste plan de suppression de ce qui reste du système universitaire « à la française » héritée des luttes de mai 68 et son remplacement par un modèle ultralibéral à l’américaine.

Rendu public en décembre par le Groupe Jean-Pierre Vernant, ce rapport trace les grands chantiers de cette transformation : le premier concernant la modalité de financement ; le second proposant des stratégies de communication vis-à-vis du public. Bien entendu, la sélection, un terme que le gouvernement a préféré remplacer par les pré-requis, puis les attendus, y a sa place… Il y a dans ce rapport tous les éléments pour lire dans la boule de cristal du futur de l’université. Prenez garde, certaines propositions sont en cours d’instauration !

Maintenir la « disette budgétaire », augmenter les frais d’inscription, faire appel aux banques
« Les universités françaises sont exsangues » constate le rapport en préambule, non sans un certain degré de satisfaction. Mais, précise-t-il, « il n’y a rien à espérer du budget de l’Etat » validant sans plus d’argument le principe de l’austérité budgétaire. Et, pour satisfaire les « entreprises et la classe dirigeante française qui se méfient de l’université » - et de la fiscalité rajouterons nous – reste à ponctionner les ménages en « augmentant les droits d’inscription » : « entre 4 000 et 8 000 euros par an et par étudiant » contre plusieurs centaines d’euros aujourd’hui recommande le rapport, mais de manière progressive afin de ne pas crisper l’opinion et en le faisant de manière conjointe à une plus grande ouverture des crédits pour les étudiants.

La méthode : doucement mais surement

Sur la temporalité maintenant, le rapport fait ses recommandations : « Comment faire passer la pilule de la hausse des droits d’inscription ? » s’interroge-t-il. Pour des raisons politiques, il précise qu’il « faut certainement commencer par assurer le développement du crédit aux étudiants » avant de s’attaquer à la hausse des droits d’inscription qui devront cependant être augmentés rapidement : « les droits d’inscription devraient être portés à 1000 euros par an et par étudiant dans les trois années de licence ».

Et pour s’éviter la fronde, il suffira de laisser « dans chaque université quelques formations de licence quasi-gratuites dans les grandes disciplines, à côté des formations payantes avec une capacité minimum ». Et non sans ironie de préciser que « ces formations gratuites seront bientôt désertées, sauf pour les militants de l’UNEF, qui mettent 6 ans à faire une licence ».

« Instaurer la sélection mine de rien »

C’est là où intervient la sélection, qui doit permettre d’écarter une partie des bacheliers, en les parquant dans des formations gratuites mais mal dotées qui répondront au principe du « droit opposable » pour les bacheliers à s’inscrire en fac. Et de l’autre, des bacheliers dont le niveau initial permettra d’accéder à des formations valorisées, bien dotées en termes de moyens, et qui deviendront à terme payantes. Un système universitaire dual qui viendra alors diviser les forces étudiantes : « Cela deviendra difficile de contester, et la contestation ira sur un autre terrain ».

La mise En Marche de l’université pour dompter la jeunesse étudiante

Il est assez remarquable de l’importance qui est donnée, dans ce rapport, aux stratégies de communications et d’avancées des réformes. Les temporalités comme les éléments de langage actuellement utilisés par le gouvernement y sont donnés : on y retrouve notamment le terme « d’orientation » que le rapport suggère d’utiliser à la place de sélection ; et dans les temps de la réforme, l’antériorité de la sélection sur l’augmentation des frais d’inscription afin de diviser au préalable, le corps des étudiants.

Si éviter la contestation étudiante semble la condition sine qua non du passage d’une telle réforme, elle est également son objectif de long terme.

En effet, pour le patronat et le gouvernement, l’endettement étudiant aurait plusieurs vertus. Du point de vue politique, il est certain que l’endettement est un des ressors du consentement : il calme la contestation étudiante tout comme la frilosité du futur employé à accepter un emploi, tenue par le rythme des échéances de dettes, la nécessité de rembourser. Enfin, il pousse à se tourner vers les formations « porteuses » du point de vue du marché du travail, qui correspondent davantage aux besoins du patronat, à déserter les formations théoriques, les sciences humaines et sociales, l’approfondissement des connaissances scientifiques, les sciences fondamentales qui répondent parfois davantage à un besoin d’émancipation intellectuelle qu’aux nécessités de l’entreprise.

De même la sélection qui permettrait un système universitaire de se dédoubler entre une majorité de filières porteuses, payantes et sélectives et une minorité de filière « poubelles » à 250 euros – du moins dans un premier temps – aurait comme effet de scinder les batailles à l’intérieur des rangs étudiants.

Déjà le premier volet de cette contre-réforme est en Marche avec la sélection à l’université. On peut se douter que, si elle venait à passer, l’augmentation des frais d’inscription ne devrait plus tarder et avec lui, la fin d’une université publique et accessible, héritée des luttes de mai 1968.




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