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Politique

Crise du FN

Séminaire de « refondation ». Les cadres du FN affichent un semblant d’unité

Bien que peu d’informations aient émergé du huis-clos rassemblant les grands pontes frontistes ce week-end, une chose est sûre : la question de la sortie de l’euro, au centre de nombreuses dissensions, est loin d’avoir été tranchée.

Vendredi 21 et samedi 22, les cadres du FN étaient réunis en huis-clos pour un séminaire de refondation, avec en ligne de mire le congrès du parti qui aura lieu début 2018. L’enjeu de cette réunion de bureau politiqué élargi était avant-tout de trancher sur de nombreux sujets au centre de la crise qui secoue le parti depuis la campagne présidentielle. Entre autres questions à l’ordre du jour, celle de la sortie de l’euro, au cœur des plus vives tensions. Ce point de programme était particulièrement décrié par l’aile la plus conservatrice, qui est également la plus libérale. Florian Philippot cristallisait dans une grande mesure les dissensions : une partie des cadres lui reprochait le tournant sur les questions sociales qu’il a contribué à opérer et que les plus conservateurs considèrent comme responsable de l’échec électoral. De son côté, le numéro 2 du parti avait menacé de quitter le Front National si la sortie de l’euro était retirée du programme.

Quant à Marine Le Pen, elle avait la tâche délicate de trouver un compromis entre les deux ailes de son parti durant ce séminaire. Bien peu d’éléments ont été publicisés à l’issu de ce week-end, le pari semble avoir été en partie tenu. Le communiqué issu du séminaire déclare que l’échéance a permis d’élaborer « de nouvelles modalités et un nouveau calendrier, afin de retrouver, de manière successive et sur la durée d’un quinquennat, nos différentes souverainetés, en commençant prioritairement par la souveraineté territoriale et donc la maîtrise de nos frontières migratoires et commerciales. […] Le recouvrement de la souveraineté monétaire clôturera ce processus. » Autrement dit, la question de la sortie de l’euro est repoussée aux calendes grecques, à l’issue d’un hypothétique quinquennat, et les tensions en apparence apaisées pourraient rapidement resurgir. En attendant, décision a été prise de se concentrer sur les points d’accord.

Chacun semble pour le moment s’en accommoder. Jérôme Rivière, ancien député UMP et candidat perdant du FN aux législatives dans le Var a ainsi déclaré qu’il était heureux de voir que « la lutte contre l’immigration » primait à nouveau sur la question de l’euro, « évacuée comme la dernière des priorités ». Florian Philippot, lui, ne donne pas le même son de cloche : « Le principe de l’opposition à l’Europe et de la sortie de l’euro est réaffirmé, avec l’idée que le “Frexit” doit s’organiser non pas en trois heures, mais sur la durée du quinquennat »

Apparemment décidé à détourner l’attention des médias et des cadres du parti ce vendredi, le chef de Patriotes a par ailleurs prôné un élargissement vers la droite et la gauche, en déclarant : « On n’est pas en guerre civile, il faut qu’on soit constructifs tout en ne niant pas nos divergences qui sont parfois très importantes ». Avant de dire qu’il n’était pas contre « prendre un café » avec Laurent Wauquiez, et « pourquoi pas » Jean-Luc Mélenchon. Une invitation dûment refusée par les Insoumis, par la voix d’Alexis Corbière qui a tweeté : « Pas possible... les Insoumis préfèrent le café chaud au café facho ».

En bref, si Florian Philippot explique qu’il n’y a eu « aucun règlement de compte » au cours de ces deux jours de séminaire, de nombreuses questions restent en suspens. En ce qui concerne la sortie de l’euro et le changement de nom du parti, les adhérents frontistes seront consultés par le biais d’un questionnaire, à la rentrée. Nulle doute que les vieilles querelles referont surface à l’occasion du congrès du parti d’extrême-droite, qui devrait avoir lieu en février ou mars prochain.

Crédits photo : Sipa




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