Culture et Sport

La fête populaire ?

Si seulement l’équipe algérienne jouait l’Euro 2016…

Publié le 18 juin 2016

Philippe Alcoy

Si seulement l’Algérie pouvait jouer l’Euro 2016 ! « Impossible ! » diront certains « il s’agit d’un tournoi continental et l’Algérie n’est pas en Europe ». Or, on peut toujours rêver. D’ailleurs, l’équipe du Japon n’a-t-elle pas participé à la Copa América 1999 sous prétexte de promouvoir la Coupe du Monde Japon-Corée en 2002 ? Mais l’Algérie n’est pas le Japon. Et l’Algérie n’est pas non plus l’Irlande, ni l’Angleterre ou autre. Et les supporters algériens ne sont pas traités non plus comme certains supporters européens. Ni par les autorités, ni par les médias, ni par la police…

Quand l’Algérie s’était qualifiée pour la Coupe du Monde de 2010, puis pour celle de 2014 c’était la fête en France aussi. Au moins, dans les quartiers populaires habités largement par des immigrés, ou des descendants d’immigrés, et pas seulement des Algériens. Des gens de différentes nationalités faisaient la fête. Des sénégalais, des maliens, des marocains, des tunisiens, des ivoiriens, des personnes venues d’Asie et de bien d’autres coins de la planète, mais aussi de France, de nationalité française ou non, scandaient à l’unisson : « One, Two, Three : Viva l’Algérie ! ». A l’évidence, c’était plus que du foot.

Si l’Algérie jouait l’Euro 2016, il faudrait la soutenir. Parce que c’est plus que du foot. Si l’Algérie jouait l’Euro 2016 on aurait eu droit, comme pour les Coupes du Monde, aux déclarations racistes sur les potentiels « actes d’incivilité » des supporters algériens. On aurait certainement eu droit à des quartiers quadrillés par la police pour « éviter les débordements ». On aurait peut-être même vu Christian Estrosi, comme en 2014 lors de la Coupe du Monde au Brésil, publier un décret anti-drapeaux étrangers (visant en réalité le drapeau algérien).

C’est plus que du foot et les vieilles habitudes coloniales ne partent pas toutes seules. Réprimer les « colonisés de l’intérieur » c’est un attribut central du racisme structurel en France. Réprimer les millions de travailleurs étrangers ou descendants d’étrangers (même si l’on parle de deuxième ou troisième génération !) est central pour le capitalisme français. Et quand on dit réprimer, il s’agit de réprimer tous les aspects de la vie, même lors des fêtes et des moments de convivialité.

Pour ceux qui en douteraient, il suffit de comparer l’attitude de la presse, du gouvernement et de la police face aux supporters européens qui, eux aussi, « font la fête » actuellement pour l’Euro. Le bruit, les rues envahies d’ordures, de bouteilles, les bagarres et parfois même les actes odieux (comme celui des supporters anglais humiliant des enfants rrom à Lille)… Aucune de ces « perturbations » liées au tournoi européen ne vont être traitées avec autant de haine raciste et de volonté de stigmatisation dans la presse que les « débordements » des supporters algériens.

En attendant le jour où l’équipe d’Algérie jouera l’Euro (et la gagnera), nous continuerons à soutenir et à nous battre aux côtés de nos sœurs et frères de classe qui subissent au quotidien le racisme d’un Etat impérialiste qui a encore du mal à digérer la défaite que le peuple algérien lui a imposée en 1962 ! Face au revanchisme colonialiste français nous continuerons à chanter « One, Two, Three : Viva l’Algérie ! », jusqu’au jour où on se débarrassera de ces frontières réactionnaire et on construira une réelle amitié et fraternité entre tous les peuples, débarrassés de l’oppression impérialiste.

("Norman" résume à sa façon la situation)