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Politique

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Soigner les blessés à Notre-Dame-des-Landes : une infirmière témoigne

Lise est infirmière. Révoltée par les récits de répression en cours à Notre-Dame-des-Landes, elle a décidé d’aller soutenir les occupants, et de mettre ses compétences de soignante à disposition sur place. Son témoignage est aussi édifiant que précieux pour mesurer l’acharnement de l’Etat contre les zadistes, et le niveau de danger encouru actuellement par les occupants.

La ZAD de NDDL, je la connaissais. Enfin, un peu, j’y étais allée plusieurs fois, mais surtout pour des manifs, des rassemblements, des festi-zad. J’y étais allée dans un climat détendu, de fête, de retrouvailles militantes. Je n’avais pas pu venir pour l’opération Cesar, et je la découvre donc cette fois-ci sous un angle différent.

Lundi 9 avril, les expulsions commencent dans la nuit. Je vais à un rassemblement de soutien le soir, et un témoignage me décide. Trop de colère, trop d’injustice, trop de violences policières.

Je suis donc partie le lendemain, seule. Mais, en soi, là-bas, on ne reste jamais seule longtemps et ce qu’on vit nous rapproche. Je suis restée une semaine là-bas. C’est difficile de décrire ce que j’y ai vécu.

De la solidarité, de l’accueil. De la peur, de la tension, de la violence. Je me souviens du bruit des grenades qui ne s’arrêtaient pas et que je continue à entendre parfois le soir en m’endormant. De cet hélico qui tournait la nuit juste pour nous empêcher de dormir et nous mettre en situation de stress. Des gens que j’ai soignés, des blessures par éclats, des flash balls, des infections, des difficultés à évacuer les personnes et qu’elles soient correctement prise en charge à l’hôpital. Je me rappelle des tours de garde, de me faire réveiller parce que les flics sont là, de devoir évacuer un poste médic dans un autre lieu à 6h du matin, en embarquant du matos et en courant à travers les champs et les bois. A ce moment là, je me souviens m’être dit : « c’est fini ». Et non ! Je me souviens de ces soins que j’ai fait à la lampe frontale, car on nous coupait souvent l’électricité. Des blessés qui affluaient, qui n’osaient pas se reposer, et qui parfois, se laissait aller à parler et à se poser. Des gens qui craquaient, et qui étaient en état de choc. De certains qui m’ont dit « je me suis vu mourir » et qui avaient peur de retourner en manifestation. Je me souviens de tous ces gens qui sont venus pour soutenir, de tous ces dons qu’on a reçus, notamment au niveau médical, passant du truc qui sert à rien quand on a vidé le tiroir de la pharmacie familiale, à des dons de matériel important qui ont permis de sauver des gens. Je me souviens d’avoir été prise pour cible quand j’ai été identifiée comme médic mobile près des barricades par les gendarmes mobiles. Je me souviens avoir entendu les premiers témoignages sur les gaz incapacitants, quand on n’était pas encore sûr qu’ils étaient utilisés, et je me souviens après des premières personnes touchées qu’on a soignées à cause des effets de ces gaz, et de notre impuissance face aux réactions et symptômes divers. J’en ai vu convulser, s’évanouir, ne plus manger pendant deux jours. Je me rappelle de tous les militants qu’on a dû évacuer, de ce mec qui rigole jaune depuis qu’il sait qu’il a perdu un testicule à cause d’un flash ball. D’autres qui ont fini en choc septique et qui ont dû avoir une opération chirurgicale. Je me souviens de nos centres médics improvisés, dans des hangars, mais avec le sens de l’accueil. Je me souviens de cette diversité de compétences, au sein des postes médics, avec des médecins, infirmières, aides-soignants, psycho, secouristes, mais aussi des personnes qui pratiquaient la réflexologie, l’hypnose, l’acupuncture, l’aromathérapie. Mais aussi des autres compétences, qui font que chacun peut trouver une place, apprendre des choses et apprendre aux autres, de ceux qui étaient aux barricades, de ceux qui géraient la cuisine, la radio, les nouvelles constructions. Parce que sans tout ça, on n’aurait pas réussi à tenir autant. Je me souviens des bons repas, d’une distribution de bonbons, d’un bal et des chants le soir, des nuits sur la paille à regarder les étoiles. Je me souviens du dimanche, où on a vu tant de personnes converger et nous rejoindre. C’était surréaliste, mais ça faisait tellement de bien au moral. Je me souviens de l’attention qu’on portait aux uns et aux autres. Je me souviens m’être demandé comment faisait ces animaux, chats, chiens, vaches et veau, chèvres et oies pour ne pas être impactés par tout ça, et de me demander ce qu’ils ressentaient. Je me souviens de mon horreur quand j’ai découvert que des hangars avaient été détruits avec des animaux encore dedans.

Je ne regrette pas. Je ne sais pas si j’ai tout et bien raconté, car ça tourne beaucoup encore dans ma tête. A un moment, j’ai juste eu besoin de rentrer, pour prendre du recul, et peut être pour dormir sans entendre ces bruits. Peine perdue.




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