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Notre classe

Front Social 68

Soirée-concert : plus d’une centaine de personnes contre la répression à Mulhouse

Au Lerchenberg, à Mulhouse : deux salles, deux ambiances, pour cette soirée du 26 janvier dernier. Dans l’une, l’atelier départemental d’émergence d’idées de « La République En Marche », dans l’autre un rassemblement organisé par le Front Social 68, pour une soirée de solidarité contre les répressions. Un antagonisme dans la programmation qui donna lieu à de mémorables moments.

Il était plutôt comique de voir s’approcher la bourgeoisie lourdement parfumée, le regard hésitant, face à cette foule de gauchistes, de punks et d’immigrés qui fumaient devant la salle en attendant le début des concerts.

« Non madame, ce n’est pas ici la soirée du MEDEF… » taquinait l’un des militants, sous les rires des copains. L’ambiance était à la bonne humeur malgré la gravité du sujet de la soirée : les nombreux cas de répression.

Qu’elles soient pénales, disciplinaires ou policières, elles font de gros dégâts dans le milieu militant, mais aussi vis-à-vis des populations des quartiers populaires. Pas seulement à ceux qui les subissent directement, mais aussi à ceux qui, par crainte de cette violence tolérée, voire encouragée, n’osent plus se battre.

Ainsi, lors des interventions qui se sont succédées sur scène, la centaine de participants a pu écouter les témoignages d’une grande diversité de militants.

Le Front Social au service de la lutte contre la répression…

Françoise, militante du Front Social a raconté le calvaire d’un jeune militant du Haut-Rhin. Arrêté dès la sortie du bus qui les amenait manifester à Paris, gardé à vue, dans des conditions lamentables, pendant 46h. Il avait eu le malheur d’amener deux petits fumigènes, qu’il comptait allumer pendant la manifestation. La justice a tranché : 1000 euros d’amende. Pour un jeune précaire c’est beaucoup. Mais pour le procureur, ce n’était pas encore assez, il a donc fait appel de la décision, afin que l’amende soit encore plus salée. La caisse de solidarité du soir devrait permettre de l’aider à régler ses frais de justice, mais le but était aussi de faire du bruit autour de ces pratiques de plus en plus courantes en manif.

Mickael Wamen a enchainé au micro. Le porte-parole des anciens « Goodyear » et co-fondateur du Front social est venu tout exprès d’Amiens pour parler des suites de leur condamnation. La cour de cassation a validé le verdict et Mickaël a expliqué pourquoi la mise à l’épreuve d’une durée de 5 ans représente une terrible épée de Damoclès sur la tête de ces militants actifs qu’ils sont restés ou devenus plus que jamais.

L’intervenant suivant, Gaël Quirante, est lui-même inquiété par la Poste qui tente à tout prix de le licencier. Comme Mickaël Wamen, il est largement revenu sur « l’échec collectif » de la lutte contre les deux lois travail et sur la nécessité de se rassembler à la base pour résister, à la fois contre la casse des droits sociaux et contre les menaces de répression. Un rassemblement aura lieu sur Paris le 6 février pour le soutenir et se mobiliser pour empêcher son licenciement.

Vincent Duse, délégué CGT à PSA Mulhouse, entreprise dans laquelle il y a énormément de cas de répression anti-syndicale, nous a expliqué les attaques en cours au sein du groupe PSA. Un plan de suppression de 2.200 emplois a été annoncé par la direction, grâce aux lois du gouvernement Macron et la possibilité de mettre en place des Ruptures Conventionnelles Collectives (RCC), alors que l’entreprise fait 4 milliards de bénéfice. C’est un véritable plan de massacre à l’emploi qui touchera l’ensemble des salariés du groupe, et tout particulièrement les plus précaires, intérimaires et sous-traitants.

Ensuite, c’est Laura, cheminote et militante à SUD-Rail, qui nous a parlé de la lutte victorieuse des travailleurs du nettoyage des gares SNCF, de l’entreprise H.Reiner-ONET. Ils ont fait 45 jours de grève sur les 75 gares de la région Nord Ile-de-France, et de nombreuses tentatives de répression disciplinaire, judiciaire et policière ont été mises en place par la direction d’ONET, mais aussi par celle de la SNCF, qui a été complice de cette situation du début à la fin. Ces différentes formes de répression ont été combattues par une détermination et une bravoure sans faille de la part des courageux et courageuses grévistes pendant leur mouvement. C’est la solidarité, avec l’arrêt total des négociations tant que les convocations aux entretiens préalables aux sanctions étaient maintenues, qui a permis de faire reculer la direction. Laura a ensuite transmis à un public attentif son admiration pour ces travailleurs précaires qui ont su tenir le coup pendant 45 jours, tous et toutes ensemble, malgré les difficultés financières. « Leur détermination est un exemple que nous devrions tous suivre »

Une militante de la ZAD de Bure a ensuite raconté le combat qui était mené pour défendre leur région contre la filière nucléaire qui s’implante massivement là-bas, détruisant tout au passage, l’Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs (ANDRA) voulant faire de ce territoire une poubelle radioactive. Elle a évoqué une répression lourde et la violence policière qui fait des ravages. Le mardi 13 février, auront lieu trois procès liés à la lutte contre Cigéo (Centre Industriel de stockage GEOlogique) qui auront lieu au Tribunal correctionnel de Bar-le-Duc. Deux militants sont accusés d’avoir participé à la destruction du mur édifié par l’ANDRA dans le Bois Lejuc durant l’été 2016, le troisième est poursuivi pour atteinte à l’honneur d’un agent dépositaire de l’autorité publique… Il s’agit évidemment de ne pas laisser s’installer une résistance aussi bien organisée et combattive qu’à Notre-Dame-des-Landes. Ils auront besoin de la présence d’un maximum de militants pour montrer à la justice que nous sommes toutes et tous avec eux.

Et enfin, Fatiha Bouras, mère du jeune Hocine, a apporté un témoignage très émouvant sur l’énorme sentiment d’injustice ressenti du fait de l’impunité dont bénéficient les gendarmes ayant assassiné son fils. Elle a exprimé le désarroi de la famille et des proches dans cette affaire dont les seules réponses judiciaires restent des non-lieux, bien que son fils ait été tué à bout portant alors qu’il avait les poignées menottées dans le dos. Elle a souligné l’importance de la création du collectif ayant permis de poursuivre encore les démarches judiciaires jusqu’à la Cour Européenne des Froits de l’Homme dont ils attendent encore le verdict.

…dans une ambiance musicale et combattive !

La musique, à l’image des différents intervenants (et du public), fut très diversifiée. Quatre groupes ont participé à la soirée. « La Geuniche » a joué la première note de la soirée, entre les deux séries de prise de parole, avec leur musique ginguette propice à l’apéro. Puis Les « O », ont chauffé l’auditoire avec leurs chansons françaises de cabaret. « AmerThune » s’est reformé temporairement pour l’occasion, entre des reprises de Brel et de Brassens à leur sauce, ils ont joué leurs compositions engagées avec puissance et conviction, devant un public qui levait le poing. Enfin le groupe punk « Héritages » a lâché les watts permettant ainsi à la jeunesse de se défouler un bon coup. Quelques slogans rageurs lâchés entre deux riffs saignants pour exprimer toute la rage qu’inspire cette société malade. Ça défoule.

Une première soirée concert réussie pour le Front Social 68, qui a permis au-delà de l’argent récolté dans la caisse de solidarité, de faire du bruit autour des répressions, pour que celles-ci ne restent pas cloisonnées dans le silence de leurs victimes, et qu’elles fassent partie d’un combat collectif.

Il faudra encore beaucoup d’énergie pour sensibiliser d’avantage les travailleurs et la jeunesse à la surenchère répressive des gouvernements successifs, dont celui de Macron ne fait pas exception, loin de là. D’ailleurs, les voisins « En Marche » ont dû avoir les oreilles qui sifflent un bon moment après cette soirée détonante.




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