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Notre classe

Grève à ONET Paris Nord

Solidarité des travailleurs d’ONET de Toulouse avec leurs collègues en grève à Paris Nord

Cela fait plus d'un mois que les travailleurs du groupe ONET à Paris Nord sont en grève. Face à cette lutte héroïque, les travailleurs d'Onet de Toulouse ont décidé de se cotiser pour apporter leur soutien.

Nous avons rencontré une dizaine de travailleuses et travailleurs de la société ONET à Toulouse. Ils sont dispatchés dans plusieurs chantiers et travaillent en petit groupe. Ce ne sont pas de gros chantiers, 2 sur un, 4sur un autre et 5 sur le dernier. Il est donc difficile pour eux de se mettre en grève, pourtant il y aurait de quoi. Pour un soucis de protection des ouvriers nous ne divulguerons ni leur chantier ni leur nom. On sait que la société ONET n’hésite pas à licencier à tout va et à faire la chasse à celles et ceux qui osent remettre en question les conditions de travail.

Retour sur des conditions de travail honteuses

Ce qui est marquant dans nos discussions avec les ouvriers d’ONET c’est que tous ont cette rage contre leur société et leurs conditions de travail.

Dans un chantier, les produits ne sont pas renouvelés. Les ouvriers doivent réutiliser les mêmes chiffons et les mêmes serpillères continuellement. La société les oblige à nettoyer eux même à la main leurs produits. Tout ça par soucis d’économie alors même que la société ONET qui emploie près de 30 000 personnes, a fait, sur l’année 2016, un chiffre d’affaires de 685 701 900 euros...

Des ouvriers travaillant en extérieurs n’ont pas de vêtements adaptés car ils sont en CDD, toujours par soucis d’économie la boîte ne leur a fourni qu’une chasuble.
Un ouvrier témoigne. « Moi je suis sûr un site où le client utilise des produits toxiques. Je dois déverser mon seau dans la pièce où sont stockées les pompes qui acheminent les produits. Parfois il y a des fuites. Du coup, j’ai soit aucun masque soit un pauvre masque de base tout pourri qui sert à rien. C’est comme si il y avait des lacrymo dans la pièce. A côté de ça je vois les mecs de la maintenance avec des masques à gaz, des combinaisons ,on dirait qu’il y a une attaque chimique. Moi je suis au milieu de tout ça avec mon bleu de travail et mon pull ONET ».

Un autre explique que ça lui fait penser à quand il travaillait sur avion à Airbus. ONET avait perdu le chantier et c’était TFN qui avait repris le chantier « on devait se faufiler dans la voilure il faisait grave chaud on avait un masque à oxygène pour ne pas respirer les vapeurs mais TFN qui a cassé les prix pour récupérer le chantier ne nous fournissait pas les capsules d’oxygène ».

Les acquis sociaux ? Pour quoi faire !

Si ONET est le leader du nettoyage professionnel il l’est aussi pour ce qui est de l’exploitation du non respect des droits des travailleurs. Voici quelques exemples que nous avons pu constater en discutant avec les ouvriers.

Les remboursements partiels des frais de transport qui doivent être pris en charge par l’employeur à hauteur de 50% du coût de l’abonnement sur la base des tarifs de 2ème classe sont calculés selon le temps de travail effectif ce qui divise par deux le remboursement. « A Toulouse, le prix de l’abonnement est de 50 euros cela représente 10% de mon salaire vu que je suis à temps partiel. Je ne reçois que 23 euros par mois et la somme diminue si je suis absent dans le mois. J’ai beau leur dire tous les mois qu’ils me doivent plus ils ne veulent rien savoir. »

Les compléments d’heure ne sont pas majorés, la prime annuelle dûe au salarié qui a minimum un an d’ancienneté n’est pas versée. Les heures de nuit et supplémentaires ne sont pas majorées non plus.

Les contrats ne sont pas légaux. Il y a les dizaines de renouvellement de CDD pour le même justificatif, parfois la société prend le temps de juste changer la raison du CDD ce qui lui permet de renouveler indéfiniment des CDD d’une semaine. Il y a le temps de repos obligatoire entre la fin de journée et le début de celle ci qui doit être de 11 heures et qui n’est pas respecté. Ce ne sont que quelques exemples des moyens mis en œuvre par ONET, société rapace, qui est prête à tout pour faire des économies sur le dos des travailleurs. Par contre elle est prête si besoin à dépenser sans compter pour licencier.

L’un des ouvriers était obligé d’utiliser une machine, sans avoir le statut machiniste, la société refusant de lui donner ce statut car elle aurait dû l’augmenter, a eu un accident, on l’a menacé de licenciement.

Quand tu oses ouvrir ta gueule ton chef essaye de te faire virer car tu es « un petit con de syndicaliste qui vient foutre sa merde ».

Une ouvrière expliquait que son chef lui mettait une telle pression qu’elle était en pleurs tous les deux jours. « Ils essayaient de me pousser à bout pour que je démissionne ou me faire péter un câble pour avoir un motif de me licencier. Pourquoi ? Parce que j’ai une grande gueule ! Quand y’a un truc qui ne va pas je le fais savoir ! C’est honteux comment ils nous traitent. Nous on est là parce qu’on a une famille à faire vivre, un loyer à payer. On est pire que des chiens même les chiens ont les traite mieux ! » Ils croient quoi ? Que parce que je suis une femme et étrangère on peut faire ce qu’on veut de moi ? »

Tout cela ONET peut se le permettre car la boîte emploie de la main d’œuvre issue de l’immigration, corvéable à merci car souvent ils ne parlent pas français, ne connaissent pas leurs droits et ils sont si précarisés qu’ils sont prêts à subir beaucoup pour un salaire de misère à vivre. Le racisme est omniprésent dans ce milieu. « Le client est blanc, les chefs de secteurs sont blancs, dans les bureaux ils sont blancs par contre nous à quelques exceptions près on est noir ou arabe ». Je me souviens que notre chef n’a pas renouvelé une salariée car selon lui elle puait. Moi qui la cottoyais au quotidien je n’ai jamais eu à me plaindre. Comme par hasard elle était noire... »

La visibilité de la lutte des travailleurs d’ONET Paris Nord

Lorsque l’on pose la question : avez vous entendu parler de la grève des travailleurs d’ONET Paris Nord ? La réponse est unanime « non c’est quoi ? ». Une fois expliqué la réponse est elle aussi unanime « Ah bon ? Mais c’est génial ! ». En effet, la quasi totalité des ouvriers ont découvert cette grève que lors de notre visite. « Ils ont bien raison ! Ça leur fera les pieds à ONET tiens ! ». « Quel courage ! » C’est vrai, il faut du courage pour se mettre en grève surtout lorsque l’on est des travailleurs précaires et que notre travail est invisibilisé. Pourtant, si on arrête le travail on constate rapidement l’utilité et la nécessité des agents d’entretien. « Moi ça me fait chier, je me casse le cul à me lever à 5h du mat pour aller nettoyer des chiottes dégueulasses pour un salaire de merde et vers 9h, avant la fin de notre prestation, t’as le chef qui se pointe avec sa voiture de fonction et qui contrôle si on a bien fait notre travail. Il fout rien si ce n’est nous faire chier parce que l’on a pas bien balayé, selon lui, et c’est tout ! Et le mec est payé plus que nous ! Non mais sans déconner y a de quoi foutre le dawa. Moi je comprends les collègues. On nous traite comme de la merde ! A chaque reprise de chantier par une autre société, ils essayent de faire des économies par ci par là. Au bout d’un moment c’est normal que ça pète. »

« C’est ouf ! Nous on peut pas faire ça chez nous.. On est pas assez et trop éparpillé sur le chantier. C’est compliqué de s’organiser mais ce qu’ils font à Paris nous fait chaud au cœur. On se dit qu’ils se battent aussi pour nous. C’est pour ça que j’ai donné un peu d’argent [pour leur caisse de grève] ».

Il faut qu’ils continuent. Nous on peut essayer avec nos petits moyens de les soutenir de loin mais il faut qu’ils restent soudés car c’est inimaginable de penser que des collègues vont toucher zéro euro en décembre alors qu’ils se battent pour pouvoir travailler dignement ».

« On est au XXI ème siècle et des dizaines de familles ne vont pas avoir de Noël parce qu’ONET exploite les gens ! C’est horrible.. »

Tous et toutes ont également salué le phénomène de solidarité des cheminots envers les travailleurs grévistes. L’une explique que « c’est pas ici qu’ils nous soutiendront ! ». Un autre explique que malheureusement là où il travaille les ouvriers sont surexploités et qu’il pourrait y avoir une convergence entre eux et ONET si un tel cas se présentait mais que ça serait compliqué.

Sur les 11 salarié-e-s que nous avons rencontré-e-s, 9 ont bien voulu participer à la caisse de soutien. Cette rencontre a montré que malgré l’éloignement géographique les travailleurs d’ONET de Toulouse se sentent concernés par la grève de leurs collègues parisiens. Lorsque nous avons quitté chaque chantier, l’émotion était palpable et c’est dans le dernier chantier visité que l’une des employée nous a interpellés alors que nous partions pour dire ces quelques mots qui valent toutes les conclusions du monde :

« Moi j’ai un message à leur faire passer ! C’est beau ce que vous faites ! Nous ici à Toulouse on est admiratif de ce que vous faites ! Continuez ! Ne lâchez rien ! Vous avez tout notre soutien ! »




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