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Jeunesse

ADMISSION POST BAC

“Solitude, souffrance, angoisse” : un rapport remet en cause le système APB

Dans un rapport paru ce jeudi, le médiateur de l’Education nationale alerte sur le fonctionnement d’Admission Post-Bac, la plateforme qui permet aux bacheliers de s’orienter vers des études supérieures. Il dénonce notamment l’aspect inhumain et la complexité du système. Par ailleurs, ce sont à ce jour 117 000 étudiants qui se retrouvent sans fac pour la rentrée, révélant une université de plus en plus sélective.

Un rapport qui dénonce le fonctionnement d’APB

Claude Bisson-Vaivre, le médiateur de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, a rendu son rapport annuel au ministère ce jeudi 29 juin 2017. Cette étude porte sur l’année 2016, au cours de laquelle de nombreuses contestations avaient émergé sur Admission Post-Bac lorsque les mesures de priorité aux étudiants de l’académie et de priorité au premier voeux n’ont pas suffi à réduire suffisamment les effectifs, l’algorithme effectue un tirage au sort pour déterminer ceux qui auront une place.

Dans ce rapport, le médiateur pointe plusieurs éléments à améliorer. Il préconise notamment de “permettre aux familles éloignées de la culture numérique et/ou qui ne disposent pas de l’outil informatique de l’utiliser au lycée”. Une façon de reconnaître à demi-mot que selon la situation sociale des familles, certains bacheliers auront plus de difficultés que d’autres pour maîtriser cette plateforme. Les enseignants, eux aussi, ne sont pas tous à même d’aider les lycéens à utiliser APB : ils ne sont pas formés et doivent prendre sur leurs heures de cours pour traiter la question, ce qui ne facilite pas une information suffisante. Le rapport propose également de supprimer l’option de répondre “non mais”, parfois mal comprise. En effet, répondre “non mais” lorsque l’on est accepté dans une formation n’apporte aucune garantie d’obtenir un autre voeu à la phase suivante. De plus, toutes les formations ne sont pas disponibles sur la plateforme APB, ce qui complique la gestion des demandes ainsi que le parcours des lycéens. Enfin, le rapport met en lumière l’aspect “inhumain” du système APB, “le candidat ayant le sentiment que ce n’est pas une personne qui prend la décision mais qu’elle est confiée à une machine”. À la fin de la procédure, ce ressenti s’accentue : le bachelier “se retrouve seul face à l’outil sans pouvoir contacter un service avec lequel il est possible d’échanger afin de trouver des solutions ou tout simplement pour être écouté”. Pour résoudre ce problème, le médiateur propose notamment de mettre en place un accueil personnalisé des "usagers sans admission" dans les universités en juillet et août.

Une stratégie consciente de casse de l’université

Avec, à ce jour, 117 000 étudiants sans fac pour la rentrée 2017, les universités françaises ont réellement enclenché un processus de sélection qu’il est impossible de mettre sur le compte de simples “bugs APB”. Cela révèle un accès à l’enseignement supérieur sclérosé depuis de nombreuses années, et dont APB est le fer de lance. Les facultés en manque de moyens et d’effectifs font directement face à l’afflux d’étudiants, toujours plus nombreux dans des filières désormais surchargées. Psychologie, Staps, mais aussi médecine avec le PACES, se voient alors dans l’obligation d’outrepasser la loi qui interdit les pratiques de sélection. Ainsi, le système APB inclut dans son algorithme le tirage au sort.

Le seul manque de moyens n’est cependant pas à mettre en cause dans cette pratique, ou plutôt il est le résultat d’une stratégie consciente de désengagement de l’état auprès des universités. En effet, si la loi Faure, mise en place après les évènements de Mai 68, interdit la sélection à l’entrée des filières universitaires, elle est cependant issue d’un compromis puisque les préoccupations économiques mettaient à l’ordre du jour la formation de travailleurs spécialisés et diplômés de l’université. Depuis, une succession de mesures ont été mises en place afin d’accroître l’autonomie financière des universités. C’est dans un souci de connecter le monde universitaire avec l’Europe économique et de l’aligner aux préoccupations liées à la mondialisation, que sont créées les lois LRU (2007) et Fioraso. Ces lois permettent à des acteurs extérieurs (par exemple des chefs d’entreprise) de siéger dans les conseils d’universités et ainsi d’avoir une influence directe sur les enseignements. On peut également évoquer les projets de fusion des universités, et leur volonté de créer des “pôles” plus compétitifs et inscrits dans les besoins du marché, aggravant ainsi la logique de l’université à deux vitesses.

C’est en effet dans la droite ligne de cette casse de l’université que s’inscrit le programme d’Emmanuel Macron pour les universités : une université sélective dès la première année avec un système de “prérequis” pour entrer en licence, mais aussi « franchir une nouvelle étape dans l’autonomisation des établissements » et une “sanctuarisation” du budget, c’est-à-dire des budgets qui n’augmenteront pas malgré un nombre d’étudiants croissant chaque année.

Le nombre de laissés pour compte augmente à chaque rentrée et, à ce jour, ce sont 117 000 bacheliers qui sortent d’APB sans place à l’université pour la rentrée 2017. Face à cette réalité, cela fait maintenant plusieurs années que se montent des collectifs de “sans-facs” qui, avec l’appui des syndicats étudiants, luttent contre cette université de plus en plus excluante dont APB se fait l’outil.




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