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Macron et la Françafrique

Sommet G5 Sahel : la France renforce son contrôle sur ses anciennes colonies

Mercredi 13 décembre dernier, à la Celle-Saint-Cloud en banlieue parisienne, Macron a fait de grands pas vers la mise en place de la coalition Sahel du G5 Sahel, qui vise à développer de manière significative l'alliance militaire antiterroriste du G5 Sahel et ce, bien évidemment, au service des intérêts français. Crédit photo : MICHEL EULER / REUTERS

Une force destinée à sécuriser les intérêts français au Sahel

Mercredi, au château de la Celle-Saint-Cloud, appartenant au ministère des affaires étrangères, le sommet du G5 Sahel a permis à Emmanuel Macron d’avancer à grands pas vers la création de cette alliance militaire destinée à « lutter contre le terrorisme au Sahel ». Le but pour la France est de renforcer les armées des États encore sous sa domination (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad) afin de sécuriser ses intérêts avec une force de 5000 hommes avec un budget de 400 millions d’euros par an. L’idée, lancée en mars dernier, a pour but de renforcer la coopération militaire des pays concernés, le tout sous l’égide de la France, pour, à terme, supplanter la présence de l’opération Barkhane sur le terrain, qui coûte énormément à la France. En 2016, les OPEX (opérations extérieures), ont coûté entre 1,2 et 1,3 milliards d’euros à la France, la majorité étant absorbée par la mission Barkhane au Sahel. Entre janvier 2013 et août 2014, c’est ainsi 647 millions d’euros qui ont été déboursé pour l’opération. Les munitions et le matériel, de plus en plus cher, fait que ces guerres coûtent en moyenne un million d’euro par jour. Un coût que la France entend réduire, ou du moins, concentrer et rationaliser. D’où la volonté d’impliquer plus les forces armées des régions et des pays concernés, ainsi que d’utiliser d’avantage l’aide logistique d’autres pays, le tout sous le contrôle de Paris. Évidemment, les dirigeants des pays concernés, qui ont tous été intronisés ou soutenu par la France -le cas le plus emblématique restant Idriss Déby, président du Tchad, dont le coup d’État a été aidé par la France- soutiennent l’initiative, qui renforcent leur pouvoir au détriment des populations, dont les ressources sont pillées par les multinationales françaises et qui subissent le gros des pertes face aux terroristes.

La France veut coiffer au poteau ses concurrents impérialistes

Cependant, la mise en place de cette force d’intervention est loin d’être facile : les concurrents de la France dans la région, à commencer par les Etats-Unis, voient d’un mauvais œil que Paris ait le contrôle total sur ce G5 Sahel. D’où la nécessité pour la France de boucler le plus rapidement possible le financement nécessaire pour lancer la force d’intervention (250 millions d’euros), et rassembler des « partenaires » pour mener leurs missions à bien. Dans ce sens, les dernières semaines ont permis de faire en sorte que le sommet G5 Sahel de ce mercredi soit une réussite française. La tournée françafricaine de Macron a permis de serrer les rangs autour du projet, tandis que la tournée au Moyen Orient, où de nombreux contrats d’armement ont été signés, ont permis de trouver de nouveaux financeurs. En effet, jusqu’ici, le budget était loin d’être bouclé, mais l’Arabie Saoudite a annoncé une partition de 100 millions d’euros, tandis que les Emirats ont donné 30 millions pour cette force d’intervention.

Des sommes qui viennent compléter la participation des Etats-Unis (50 millions d’euros), de l’UE (50 millions), de la France (8 millions en plus de la participation militaire), des Pays-Bas (5 millions) et des cinq pays concernés, à hauteur de 10 millions par pays. Le but de Macron est de faire participer , au nom de la lutte anti-terroriste, le plus possible ses partenaires : l’UE devrait pousser sa participation à hauteur de 80 millions d’euros, tandis que l’Allemagne devrait apporter un soutien logistique, tout comme les Etats-Unis, qui ne peuvent pas ne pas soutenir le projet, mais qui cherchent à garder la main sur leurs crédits, en participant de façon bilatérale avec les cinq pays. Finalement, la dernière réussite de Macron a été de pousser le Niger à mettre à disposition de la force d’intervention deux régiments supplémentaires, pour monter de 4500 à 5000 le nombre d’hommes de l’alliance. Si l’intégralité des financements n’est donc pas encore trouvée, un nouveau sommet le 23 janvier devrait rassembler largement pour trouver de nouveaux financeurs.

Mais tout n’est pas qu’une question d’argent : la question du mandat de la force G5 Sahel est aussi en question, alors que la France intervient seule, aux côtés de la Minusma, la force de l’ONU, forte de 10 000 hommes. D’ores et déjà, la Minusma a assuré son soutien, en mettant à disposition évacuation médicale et ravitaillement en eau, carburant et rations alimentaires. Cependant, la diplomatie française veut aller plus loin, avec le déploiement de cette coalition Sahel sous le chapitre VII des Nations Unis, ce qui permettrait à la coalition d’intervenir « chaque fois que la paix est menacée ». Ce mandat permettrait à la coalition d’intervenir beaucoup plus largement, y compris en cas d’instabilité politique et sociale dans un des pays concernés. Si la France n’a donc pas encore bouclé cette alliance, au train où vont les choses, on peut légitimement penser qu’au printemps 2018, la France aura 5000 hommes de plus sous son contrôle au Sahel pour assurer la défense de ses intérêts économiques.




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