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Politique

Opinion de prof’

Sondage IPSOS : 68% des enseignants ne font pas confiance à J-M Blanquer

Si les journaux lui taillent une haie d’honneur, un récent sondage IPSOS, publié à l’occasion du Congrès National du SNES-FSU la semaine dernière, révèle que la grande majorité des enseignants du secondaire, n’ont pas confiance dans le ministre de l’Education Nationale, Jean-Michel Blanquer. Et 66% estiment que ses réformes ne vont pas dans le bon sens.

« Quand on interroge les personnels réellement confrontés aux intentions du gouvernement, les résultats des sondages sont bien différents de l’a-priori positif que le ministre Blanquer a su installer auprès de l’opinion dans son ensemble. La réalité, c’est que les enseignants n’ont pas confiance. Ils voient chaque jour leur métier se dégrader et leur pouvoir d’achat s’éroder depuis plusieurs décennies » a déclaré Frédérique Rolet, secrétaire générale du Snes, lors du Congrès national de la 1ère organisation syndicale des enseignants du secondaire qui s’est tenu la semaine dernière.

« 75% des enseignants estiment que les classes sont surchargées »

En effet, ce qu’il ressort du sondage réalisé par l’Institut Ipsos, c’est bel et bien un sentiment de dégradation de leurs conditions de travail et d’enseignement qui pénalisent le système scolaire. Si 64% des sondés – collèges et lycées- éprouvent de la satisfaction à faire leur métier (contre 85% il y a 20 ans), ils sont 64% à estimer que les collèges fonctionnent mal, et toujours 46% à penser de même pour le lycée. En première ligne des problèmes pointés, le manque de reconnaissance – pour 83% d’entre eux, leurs efforts et leurs compétences ne sont pas assez reconnus – mais également les problèmes de surcharge d’effectifs dans les classes, reconnus par 75% des sondés.

66% à ne pas valider les premières mesures de Blanquer

Le train de réforme, tous azimuts, du ministre macronien de l’Education Nationale, Jean-Michel Blanquer laisse également les professeurs très sceptiques. Seuls 34% des sondés ont estimé que les premières mesures du ministre allaient dans le bon sens. L’engouement pour le dédoublement des classes de CP, ou encore le lancement de l’opération « devoir fait », passé l’effet d’annonce médiatique recherché, est retombé comme un soufflé. Dans les classes, les enseignants se sont vite rendu compte, que sans rien changer de la doxa de la baisse des moyens dans l’éducation, le dédoublement au CP consistait en réalité à habiller Pierre – le CP – pour déshabiller Paul – les équipes de remplaçants. L’opération « devoir fait », un dilemme posé aux professeurs de collège entre le souhait d’offrir un soutien individuel aux élèves – et ne pas être payé - et celui d’être rémunéré pour son travail en prenant en charge 11 élèves – rendant impossible le suivi individualisé.

Réforme du lycée qui passe mal

Parmi ces mesures, c’est surement la réforme du lycée et du baccalauréat qui rencontre le plus d’opposition : 57% des enseignants s’opposent à la réforme du lycée. Une réforme qui propose de faire du lycée, l’anti-chambre de la sélection à l’université, un lycée taillé pour Parcoursup. Non seulement parce qu’elle valide la suppression du diplôme national du baccalauréat, pour en faire un examen dont la valeur, locale, dépendra de la réputation et du classement de l’établissement. Mais également parce qu’en éclatant l’offre de formation des lycéens généraux en 10 grandes spécialités, elle ouvre la possibilité d’une concurrence accrue entre établissements qui ne seront plus en mesure de proposer l’ensemble des filières à leurs élèves.

Au total, c’est 68% des sondés ne font pas confiance au ministre, dont 29% qui ne lui accordent aucune confiance. Et ils ont d’ailleurs bien raison. Dans l’Education Nationale comme ailleurs dans l’enseignement supérieur, à la SNCF, dans le logement social, le gouvernement Macron cherche à mettre au pas du marché, dans l’esprit ou dans la lettre, ce qu’il reste encore de service public.




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