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Monde

Un camouflet pour Macron ?

Sous la pression des Etats-Unis, Total abandonne ses activités en Iran

C'est le ministre du pétrole iranien qui a officialisé la nouvelle. Total cesse ses activités en Iran, et le plus grand projet gazier au monde, sous la pression directe des Etats-Unis. Au-delà des conséquences économiques pour la multinationale, il s'agit d'un camouflet pour Macron au plan géopolitique.

Raheb Homavandi, Reuters File Photo

C’était dans l’air, c’est désormais officiel. Suite au rétablissement des sanctions contre Téhéran et les groupes commerçant avec l’Iran par les Etats-Unis, sur fond de remise en cause de l’accord sur le nucléaire par Donald Trump, Total a décidé de cesser toute activité dans le pays. « Total a officiellement mis fin à l’accord pour le développement de la phase 11 du [gisement gazier] South Pars. Cela fait plus de deux mois qu’il avait annoncé qu’il mettrait fin au contrat », a déclaré Bijan Zanghaneh, ministre iranien du pétrole, à l’agence gouvernementale Icana.
 

Privé du plus grand projet gazier au monde, Total cherche à limiter la casse

 
Pour Total, cette décision forcée est synonyme de fiasco sur le plan économique. En effet, le projet du développement de la phase 11 du champ gazier de South Pars est le plus grand au monde. 6 milliards de dollars d’investissement au total, réparti entre différents groupes, pour une exploitation où le géant français détenait 50,1% des parts. Un contrat dont on mesure l’importance pour la multinationale, puisque South Pars représente pas moins de 14 000 m³ de gaz, soit 8 % des réserves de la planète.
 
Pour éviter la Bérézina, Total cherche à soigner sa sortie, à savoir recevoir une compensation, puisque se retrouvant dans l’impossibilité de vendre ses parts. C’est ainsi que le groupe est en négociation serrée avec son partenaire chinois CNPC, qui détient pour sa part 30% du projet. Si du côté de la république populaire de Chine, la tendance est de refuser de plier devant les menaces américaines, aucune déclaration officielle ne vient pour l’instant officialiser la poursuite du projet par CNPC. Pour Total, il s’agit de récupérer les 50 millions de dollars déjà investit dans le projet, CNPC hésiterait, selon plusieurs sources, à obtenir plus de 80% des parts du projet, afin d’éviter que les relations entre la Chine et les USA ne s’enveniment un peu plus.
 

Sur le plan géopolitique, Macron affaibli ?

 
Si Total cherche à sauver les meubles pour ne pas perdre d’argent dans cette affaire, il apparaît assez clairement que ce retrait sous la pression directe des Etats-Unis a aussi un coup politique. D’où la question légitime : Macron ressort-il affaibli, en tant que représentant de l’impérialisme français, sur le plan géopolitique ?
 
Ce qui est sûr, c’est que la posture dans laquelle voulait se placer Emmanuel Macron sur la scène internationale en prend un coup. En effet, le président jupitérien entendait faire briller la France comme un « arbitre du monde », indépendant dans les conflits opposants les Etats-Unis à la Russie notamment, mais aussi entre l’impérialisme américain et la Chine. Sur ce plan, le retrait de Total d’Iran est un véritable camouflet. Non seulement l’impérialisme français est incapable de tenir tête aux Etats-Unis sur le plan géopolitique général, comme en témoigne les velléités de guerres commerciales avec la Chine mais aussi avec l’Europe de Donald Trump. Mais Macron apparaît aussi impuissant pour défendre les intérêts d’un des fleurons de la grande bourgeoisie française, qui plus est dans un dossier aussi important que celui de South Pars. Une déconvenue donc, qui tombe au mauvais moment, à quelques semaines de la rentrée sociale et aussi alors qu’approchent les élections européennes, où Macron voit son projet néo-libéral largement menacé par les velléités de l’extrême droite continentale, menées par Orban et Salvini.




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