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Politique

Délit de solidarité ?

Sous pression du gouvernement, Leetchi ferme la cagnotte de soutien à Christophe Dettinger

Une cagnotte qui met à mal le discours « anti-casseurs » de l’exécutif, arguant que la majorité de la population condamnerait les violences des manifestants. Pourtant, le boxeur qui s’est défendu face à la violence de la police fait l’objet d’une solidarité impressionnante. Une épine dans le pied du gouvernement, qui a poussé la plateforme à clôturer la cagnotte.

Crédits photo : Gonzalo Fuentes / REUTERS

Les portes-paroles du gouvernement ont accordé leurs violons, pour dénoncer en chœur les violences commises par les Gilets Jaunes, en y opposant la violence légitime des forces de répression et du maintien de l’ordre républicain.

« Dans bien des villes de France, les manifestations se sont passées pacifiquement, mais nous ne pouvons pas accepter que certains profitent de ces manifestations pour déborder, pour casser, pour brûler. Ceux-là n’auront jamais le dernier mot dans notre pays » déclarait Édouard Philippe sur TF1 ce lundi soir, reprenant à son compte l’habituel discours sur la minorité de casseurs à laquelle même les gilets jaunes seraient opposés.

Pourtant, dans le même temps, le succès rencontré par la cagnotte en soutien à l’ex-champion de boxe Christophe Dettinger le faisait mentir. En effet, ce dernier ne s’était pas laissé faire face à la répression, et il a été placé en garde à vue après qu’une vidéo le montrant en train de cogner sur un CRS a fait le tour des réseaux sociaux.

Pourtant, cette scène, loin de lui attirer les foudres des Gilets Jaunes, a au contraire suscité un énorme élan de sympathie qui s’est matérialisé dans le succès immense de la cagnotte de soutien au sportif lancée sur la plateforme Leetchi.

« Merci Christophe, je n’ai plus l’age de faire ce que tu as fait, mais je peux par contre t’aider à te sortir de là. Il en faudrait des centaines comme toi, je suis contre mais vraiment la violence mais c’est la seule façon de se faire entendre » peut-on par exemple lire parmi les milliers de commentaires de donateurs solidaires.

Un élan de solidarité qui met à mal le discours du gouvernement qui cherche à minoriser les auteurs de violences, qui ne font pourtant que se défendre et répondre à une autre violence, la violence institutionnelle des forces de répression, qui ont blessé et mutilé des centaines de manifestants depuis le début du mouvement. Une solidarité qui s’est également exprimé dans d’autres cagnottes en ligne en soutien aux victimes de violences policières, ou aux prises avec la justice, pour payer les frais d’hospitalisation ou d’avocats.

Et alors que la cagnotte avait franchi la barre des 110 000 € ce mardi, le gouvernement n’a pas tardé à condamner cette démonstration de solidarité.

« C’est une honte. Je ne comprends pas pourquoi elle n’est pas condamnée plus unanimement par l’ensemble de la classe politique déclarait Marlène Schiappa sur LCI. On frappe ces policiers et il y a des gens qui trouvent cela courageux presque héroïque pour aller jusqu’à financer un homme qui a commis des violences graves et illégales. Je suis scandalisée. Je trouve cela choquant »

Une interpellation qui n’est pas restée lettre morte puisque la plateforme Leechti, qui dépend du Crédit Mutuel, a décidé de clôturer la cagnotte, empêchant le montant de dépasser les quelque 120 000 € atteint en 24 heures. Une clôture qui s’est faite sous les pressions et menaces du gouvernement, autant que sur décision de la Maison mère, le Crédit Mutuel.

Un durcissement de ton que la plateforme assume dans un communiqué, déclarant que « Leetchi s’engage à ce que les fonds collectés sur la cagnotte de soutien à Christophe Dettinger servent uniquement à financer les frais de justice conformément à nos CGU et à la législation en vigueur » et affirmant que l’argent collecté ne serait reversé « que sur présentation de justificatifs ».

Une opacité quant à la gestion de l’argent collecté pour le boxeur qui ne laisse pas les Gilets Jaunes impassibles. Cet aveu de faiblesse du gouvernement et la fermeture de cette cagnotte ne font qu’amplifier la colère.

Cette solidarité financière démontre qu’avec un mouvement plus structuré, il serait possible d’organiser des caisses de solidarité non seulement pour faire face à la répression, mais aussi pour soutenir un mouvement de grève sur les lieux de travail, de manière à étendre le mouvement au monde du travail, pour amplifier le rapport de force contre Macron et son gouvernement




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