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Le « conseiller stratégique » de Trump : un suprémaciste blanc, leader de l’Alt-Right

Soutenu par le Ku Klux Klan, les néonazis : Qui est Stephen Bannon, le bras droit de Trump ?

Publié le 16 novembre 2016

Décidément, Donald Trump maîtrise l’art du contre-pied. Après avoir adouci quelque peu son discours et nommé des personnalités « raisonnables » pour l’establishment américain, voici que le néo-président a nommé Stephen « Steve » Bannon a l’une des plus hautes fonctions de la Maison-Blanche. Les courants suprémacistes blancs et les mouvances néo-nazies américaines ont, d’ores et déjà, affiché leur total soutien à cette figure de l’extrême droite.

Julian Vadis

Stephen « Steve » Bannon : Un richissime homme d’affaires qui a fait fortune à Hollywood

Clairement, la nomination de Stephen « Steve » Bannon détonne au milieu des prises de positions « apaisées » de Donald Trump depuis sa victoire aux élections américaines. Homme d’affaires de 62 ans, Bannon a fait fortune dans l’industrie cinématographique. Au sortir d’une carrière militaire dans la marine, le néo « conseiller stratégique » de Trump à la Maison-Blanche a décroché un MBA à la Harvard Business School, travaillé chez Goldman Sachs dans la fusion-acquisition et créé une société d’investissement, Bannon & Co. C’est à partir de là que Bannon s’est lancé à la conquête d’Hollywood, en investissant notamment dans les studios MGM et en participant à la création de la série Seinfeld qui a fait sa fortune. Impliqué dans une affaire de violences conjugales en 1996 envers son ex-compagne Mary Louise Piccard, cette dernière l’accusera publiquement, devant la cour, d’antisémitisme en 2007. L’homme d’affaires aurait refusé de voir ses deux filles jumelles fréquenter l’école Archer à Los Angeles en raison du trop grand nombre, à son goût, d’étudiants juifs. « Il a dit qu’il n’aimait pas la façon dont ils élevaient leurs enfants à devenir des « bruyants pleurnichards ».  », avait ainsi déclaré à l’époque Mme Piccard. Des accusations réfutées en bloc par Stephen Bannon. Mais une première affaire raciste qui va de pair avec son ascension dans la mouvance de l’extrême droite nord-américaine.

D’Hollywood à l’Alt-Right. Bannon, une figure emblématique de l’extrême droite made in US

Dès les années 2000, Bannon a commencé à se spécialiser dans les histoires politiques via son influence dans l’industrie cinématographique. Inconditionnel de Ronald Reagan, il consacrera à l’ex-président un documentaire élogieux en 2004 en parallèle d’autres projets, notamment sur le 11 septembre et sur sa désillusion du président Carter. Mais sa radicalisation prendra un tournant décisif sous l’ère Bush. Estimant qu’il a « autant merdé que Carter » et que « le pays entier était un désastre », Bannon se tourne irrémédiablement vers l’extrême droite américaine la plus réactionnaire.`

En 2012, Bannon se fait connaître en reprenant la direction du site référence de l’extrême droite américaine, rassemblant des nationalistes aux suprémacistes blancs en passant par les mouvances néo-nazies : Breitbart News. Réuni sous la bannière Alt-Right, cette ensemble de composante entend défendre « l’identité blanche » menacé par le « multiculturalisme ». Dès 2015, le site complotiste défend la candidature de Trump, affirmant que la charia remplacerait la constitution américaine si rien n’était fait et que l’islam recommandait « la culture du viol ». Dans la plus pure tradition de l’extrême droite, le site a également relayé des articles anti-LGBT et sexistes d’une violence extrême, estimant qu’«  il n’y a pas de discrimination contre les femmes à l’embauche, elles sont juste nulles en entretien  », ou bien encore que « la contraception rend les femmes peu attractives et folles ». Bien évidemment, le site s’est voulu être un appui de l’ensemble des déclarations de Trump sur les immigrants, les latinos et les afro-américains, devenant ainsi un organe de propagande xénophobe, sexiste et populiste de la candidature Trump. À tel point qu’en août dernier, alors que Paul Manafort se trouvait au cœur d’une polémique provoquée par ses liens avec l’ancien président ukrainien pro-russe Viktor Ianoukovytch, Donald Trump s’est trouvé un nouveau directeur de campagne en la personne de Stephen Bannon.

Le KKK et les néo-nazis crient victoire : l’un des leurs est à la Maison-Blanche !

La nomination de Stephen Bannon comme « conseiller stratégique » de Donald Trump à la Maison-Blanche, soit l’un des postes les plus importants de la future administration, a déclenché une salve d’applaudissements de la part de l’extrême droite américaine. Le KKK, bien entendu, mais aussi des soutiens encore plus sulfureux, comme celui du parti néo-nazi américain. Alors que David Duke, ex-responsable du Ku Klux Klan, a affirmé « c’est excellent », tandis que Rocky Suhayda, leader de l’American Nazi Party a déclaré que «  Peut-être que Donald est sérieux et ne va pas se révéler une marionnette de plus contrôlée par les « Tireurs de Ficelles » habituels, et qu’il a vraiment l’intention de secouer le cocotier ? L’avenir le dira  ». Quant au journal néo-nazi Daily Stormer, il estime ni plus ni moins que Donald Trump « s’est entouré des bonnes personnes ».

En juillet dernier, Bannon avait déclaré : « Nous pensons que la France est l’endroit où il faut être. Avec ses jeunes entrepreneurs, les femmes de la famille Le Pen… Marion Maréchal-Le Pen est la nouvelle étoile montante. Nous cherchons à ouvrir un Breitbart Paris, voire un Breitbart France.  ». À l’affût, Marion Maréchal-Le Pen s’était empressé de répondre favorablement à cette initiative, bien que rien ne soit officiel aujourd’hui. Dans tous les cas, la nomination de Bannon à une très haute fonction de la Maison-Blanche a semble-t-il eu l’effet attendu, à savoir rassurer la base électorale ultra réactionnaire de Trump en ces premiers jours ou ce dernier a tenté d’apaiser la situation. Un paradoxe ? Peut-être pas tant la polarisation politique actuelle qui a mené Trump à la victoire confirme le tournant autoritaire et bonapartiste en cours, qui va en s’accentuant avec la nomination d’une personnalité aussi sulfureuse et ancrée à droite qu’est celle de Stephen Bannon.