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Monde

Ordures mortelles

Sri Lanka. Effondrement mortel d’une montagne de déchets sur un bidonville

Ce vendredi, une montagne de déchets haute de 91 mètres s’est abattue sur les habitations. Depuis les recherches sont toujours en cours et les autorités ont relogé temporairement 1 700 personnes dans des écoles publiques voisines.

Hier, une trentième personne a été retrouvée morte dans les décombres de l’un des bidonvilles de Colombo, la capitale sri lankaise, suite à l’effondrement d’une décharge haute comme un immeuble d’une trentaine d’étages.

Des pluies torrentielles et un incendie seraient à l’origine de la chute qui a enseveli plusieurs bidonvilles alentour à la décharge. Mais ce ne sont pas ces éléments « naturels » qui ont rendu possible ce drame : il s’agit évidemment de la création de décharges ingérables et de la vétusté de ces habitations qui les rendent extrêmement fragiles.

D’ici 2020, 1,4 milliard de personnes devraient habiter dans des bidonvilles. Des habitations qui sont les premières à succomber lors d’événements plus ou moins naturels, des habitations qui permettent de loger les personnes pauvres dont l’exploitation est nécessaire au développement du capitalisme dans les grands centres urbains tels que le port de Colombo.

Colombo, avec plus de 5 millions habitants, produit énormément d’ordures. Celles-ci ne sont pas du tout transformées mais cachées près des plus pauvres. Ainsi, la décharge de Kolonnawa est situé à 4 km de la capitale et chaque jour, plus de 800 tonnes de déchets viennent rejoindre les 23 millions de tonnes d’ordures déjà entassées, auprès des habitations délabrées. La pauvreté est reléguée aux confins de la ville, au même titre que les ordures.

Les riverains dénonçaient depuis longtemps les effets néfastes de cette décharge à ciel ouvert. Il y a quelques années déjà, un éboulement avait détruit une vingtaine d’habitations. Mais il a fallu une catastrophe, que le problème soit incontournable, pour que les autorités tentent de résoudre la situation.

Le Premier ministre sri lankais a ainsi promis de fermer la décharge de Kolonnawa et acté le transfert d’une partie des ordures vers d’autres sites. Ce qui a provoqué la colère des habitants de Kotikawatta, une autre décharge de la capitale sri lankaise.

En attendant, au sein même de la capitale, c’est comme un retour de boomerang : les poubelles n’ayant plus d’endroit où « disparaître », les ordures s’entassent dans la ville pour le bonheur des corbeaux et des chiens errants qui eux ne craignent pas les odeurs putrides.

Déplacer les poubelles, déplacer les pauvres, déplacer les problèmes, voilà comment s’accommode le capitalisme qui voudrait nous apprendre à ne pas regarder plus loin que son nez. Seulement, dans certaines situations, la réalité ressurgit : surproduire des ordures, exploiter les gens, les priver de conditions décentes d’existence et les reléguer au-delà du visible, a des conséquences dévastatrices et il est urgent de prendre les problèmes à bras le corps, de combattre le capitalisme qui engendre de tels drames.

Photo : Flickr : Ian Burt




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