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Notre classe

« le lycée-pilote de la répression »

Stains : les enseignants du 93 se rassemblent contre la nomination du gendarme-proviseur

Ce mercredi 14 novembre, plus de 200 personnes de nombreux établissements de Seine-Saint-Denis ont répondu à l'appel des personnels du lycée Utrillo à Stains pour dire tous ensemble que « l'école publique ne sera jamais l'antichambre du commissariat ».

Des établissements de Stains, Saint-Denis, d’Epinay-sur-Seine, d’Aulnay-sous-bois, du Blanc-Mesnil, d’Aubervilliers pour le 93, d’Argenteuil et de Gonesse pour le Val d’Oise (95) mais aussi des syndicats (Snes, CGT, Sud éducation, FCPE93) sont venus exprimer leur soutien et leur colère face à la nomination au lycée Utrillo de Stains d’un proviseur-adjoint à la sécurité chef d’escadron de la gendarmerie, détaché pour une période de trois ans.

« On demandait des moyens pour l’éducation, on nous envoie un flic »

Depuis la rentrée de novembre, une large majorité du personnel de ce lycée se mobilise contre sa présence. Par ailleurs, il serait chargé également de coordonner la « sécurité » dans tout le bassin ouest du département de Seine-Saint-Denis sans que la mission ne soit pour l’heure précisée. « On demandait des moyens pour l’éducation, on nous envoie un flic »

Au lycée Utrillo, les difficultés sont grandissantes. La nomination du gendarme a sans doute un lien avec les épisodes de violences devant l’établissement qui ont marqué l’année dernière : agression de lycéens, affrontements entre bandes rivales aux abords du lycée. Les enseignants décrivaient alors une « atmosphère de chaos », largement imputables aux suppressions de postes et d’encadrement qui a touché la vie scolaire.

Car le gouvernement puis le rectorat ne cessent de rogner sur les moyens. Suite à la réforme de l’éducation prioritaire sous Hollande, les lycées en sont exclus, comme si les difficultés sociales des élèves disparaissaient à l’entrée au lycée. Les moyens humains et matériels ont diminué partout dans les lycées. De plus, à la rentrée dernière, Utrillo comme d’autres établissements, a subi la suppression des 200000 contrats aidés. Résultat pour le lycée, trois postes en moins en vie scolaire. Parallèlement, le lycée craque par l’augmentation des effectifs car la pression démographique est importante dans le département.

Le personnel réclamait aussi l’an dernier une ouverture de poste d’un conseil principal d’éducation. Après 10 jours de grève, ils n’avaient alors obtenu qu’un poste d’Assistant d’éducation. Enfin, tous les postes d’enseignants ne sont pas pourvus depuis la rentrée et il manque du personnel médico-social (infirmière, assistante sociale, conseillère d’orientation-psychologue...).

Ce qui se passe au lycée Utrillo est le reflet d’une politique générale de casse de l’éducation nationale qui se voit imposer l’austérité depuis des années. Partout dans les lycées d’éducation prioritaire, les personnels ressentent fortement la baisse des moyens et les conditions de travail et d’études sont insoutenables dans certains établissements.

Comme le dit un enseignant lors du rassemblement, le « lycée Utrillo, c’est aussi le lycée pilote de la répression ». En effet, si un gendarme est nommé dans un établissement scolaire, c’est un précédent
dangereux alors que Castaner, premier flic de France, entend renforcer sa politique ultra-sécuritaire dans les établissements scolaires en déclarant vouloir « mettre un flic dans chaque salle de classe ».

Les élèves des quartiers populaires subissent déjà grandement le mépris de la police, les contrôles aux faciès et la répression systématique de la violence d’Etat. « Et on veut employer des flics au sein des écoles, à peu près un des seuls endroits où ils pouvaient échapper à leur présence » témoignait un enseignant prenant la parole lors du rassemblement.

C’est pourquoi en réponse à ces mesures réactionnaires et du tout sécuritaire, « on demande l’égalité des droits face à l’appropriation des savoirs. On est pour l’émancipation de tous les élèves. Et l’éducation prioritaire n’a jamais été à la hauteur de ces défis ». Pourquoi ? Parce que les élèves de Seine-Saint-Denis coûtent moins chers que d’autres élèves des quartiers favorisés.

Les mêmes qui entendent placer « un flic dans chaque classe », sont les mêmes qui mènent des politiques de régression sociale qui appauvrissent les plus pauvres, qui ne cessent des baisser les moyens dans les écoles des quartiers populaires. La véritable violence, elle vient de là.

Le projet du gouvernement est clair, faire taire les contestations dans ces quartiers qui accumulent les inégalités et les discriminations.

« Notre réponse, massifier la grève » !

Le placement d’un gendarme au lycée Utrillo est un coup d’essai du ministère qui ne doit pas passer. « Ce gendarme est aussi notre gendarme » signalait une enseignante de Saint-Denis alors que les prérogatives de ce « proviseur-adjoint » s’étendent bien au-delà du lycée.

Le 27 novembre, grève des lycées professionnels contre la réforme du lycée est une prochaine échéance à saisir dans l’éducation. De plus, le collectif Rosa Parksinvite les lycéens à déserter les lycéens vendredi 30 novembre puis à se joindre à la manifestation le 1er décembre.

Néanmoins, pour gagner, les collègues d’Utrillo auront besoin d’étendre la mobilisation. Pour cela, les syndicats devraient appeler les personnels du premier et du second degré à la grève pour stopper ce gouvernement réactionnaire. N’oublions pas qu’au delà des suppressions de postes dans l’éducation nationale, Blanquer va dévoiler ses mesures ultra-sécuritaires qui concernent toute la profession.




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