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Politique

Fachos de tous les pays…

Steve Bannon, l’ancien bras-droit de Trump, star du Congrès du Front National

Invité-surprise du Congrès du FN, ce week-end, à Lille, Steve Bannon était censé redonné un coup de fouet à une extrême droite passablement déprimée.

« Guest star » du seizième Congrès du Front National, l’ancien conseiller stratégique de Donald Trump a cherché à encourager les troupes frontistes qui ont le moral au plus bas depuis la défaite de leur championne face à Macron lors des dernières présidentielles.

Le représentant de la confraternité des anti-mondialistes a harangué les congressistes, samedi : « Le clivage gauche-droite est une invention de l’establishment et des médias pour nous empêcher d’accéder au pouvoir ». C’est le même discours qu’il a décliné, la semaine dernière, devant l’AfD allemande ou à la Ligue de Matteo Salvini, grand vainqueur des élections italiennes du 4 mars dernier.

Pour Marine Le Pen, qui chercher à rebondir en vue des élections européennes de 2019, la présence de Bannon était essentielle pour démontrer qu’elle n’est pas isolée. Au moment où Trump applique des mesures protectionnistes sur l’acier et l’aluminium, la présence de Bannon était parfaitement adaptée à la situation. Faisant un parallèle entre les situations économiques des deux côtés de l’Atlantique, Bannon a déclaré que l’extrême-droite faisait « partie d’un mouvement plus large que la France, la Pologne, l’Italie ou la Hongrie », autant de pays où la droite extrême fait valoir son poids sur l’échiquier électoral, voire gouverne. « Nous ne sommes pas seuls dans ce combat », lui a répondu la cheffe frontiste, car, selon elle, « cette division entre mondialistes et nationalistes traverse le monde entier et conduira à la recomposition de la politique mondiale ».

Polémique comme à son habitude, Bannon a encouragé ses homologues français à être plus ouvertement réactionnaires : « laissez-les vous traiter de xénophobes, de racistes, d’homophobes ! Portez ces insultes comme une marque de fierté. Parce que chaque jour, nous devenons plus forts et eux s’affaiblissent ». Cette rhétorique fasciste décomplexée va à l’encontre de la politique de dédiabolisation du FN, dont le nouveau nom, Rassemblement National, proposé au Congrès, est la dernière étape de la normalisation du parti pour crever le plafond de verre de ses scores électoraux.

La réalité, derrière cette modification cosmétique et malgré la présence de Bannon, c’est que les contradictions qui ont conduit le FN à la défaite aux dernières présidentielles sont loin d’être résolues. Le FN ne parvient pas à résoudre l’équation qui lui permettrait de dépasser la limite entre la ligne ouvertement populiste et anti-européenne et la nécessité d’une politique d’alliances sérieuses à droite dont le parti a besoin pour gouverner. Et ce sans compter le fait que Bannon a rendu un hommage appuyé à la nièce de Marine Le Pen, Marion Maréchal, qui avait fait un petit tour de piste à la CPAC, le grand rassemblement annuel des conservateurs américains, à Washington, ce qui n’a pas manqué de crisper un peu plus le sourire de la cheffe du FN, qui cherche à consolider sa légitimité en interne.

Ce n’est pas un hasard si sur son compte Twitter Marine Le Pen a vivement remercié « l’ami américain » dans les termes suivants : « un vrai plaisir et un honneur d’écouter celui qui a inspiré la campagne de Trump en 2016 ». Il en faudra un peu plus, néanmoins, pour que la fille de Jean-Marie Le Pen soit la Trump française aux présidentielles de 2022.

[Illustration : Dessin d’Elkins, paru dans Le Droit de Vivre, février 1939]




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