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Notre classe

Coup de gueule d’un travailleur, fils d’immigré marocain et habitant en banlieue

Stop au déferlement de haine contre la jeunesse des banlieues !

« Racailles, Bamboula, Sweat à capuches, Voyous, Casseurs … ». Depuis l’affaire du jeune Théo, victime de viol en bande organisée, les banlieues crient leur colère contre cette injustice, contre cette police qui tue et mutile, contre cette police qui réprime. Face à cette colère, certains sur les réseaux sociaux se déchainent, toujours sur les mêmes, n’essayant pas de comprendre le pourquoi du comment. Ils ne voient que les voitures brulées et les vitrines cassées, sans jamais chercher à analyser l’origine de cette colère, sans jamais comprendre qui sont les vrais casseurs et les vrais pyromanes.

Anasse Souiri

Samedi après-midi, ma consternation est montée après avoir vu le flot d’insultes et de critiques défiler sur les réseaux sociaux en commentaire des vidéos et photos du rassemblement du 18 février sur la Place de la République. « Vive la police », « Tirez dans le tas sur ces merdes islamo-gauchistes », « Théo a joué au con, il a mérité de saigner du fion », « Encore des racailles immigrés qui cassent et que les contribuables français vont rembourser » … Pourquoi tant de haine ? J’ai du mal à comprendre ce qui trotte dans la tête des personnes appartenant à la classe ouvrière, et qui adhérent au discours de l’extrême-droite. Dès que Mamadou marche à 4 pattes avec sa tétine à la bouche, on le sait, il finira racaille, parce que c’est comme ça. L’immigré, en plus s’il est issu de la banlieue, n’a pas d’autre destinée que le deal ou le vol, et ne mérite que la prison. Comment peut-on penser que le petit Matéo, né à Neuilly, sera un grand médecin et penser, en même temps, que le petit Karim, né à Clichy-sous-Bois, sera un grand dealer, sans même comprendre qu’il y a dès la naissance une justice de classe qui commence ? Comment penser qu’il s’agit d’un simple choix, que chacun choisit son destin, que l’on choisit la précarité, que l’on choisit de voler ou de dealer, ou que l’on choisit de devenir médecin ? Comment penser que peu importe la ville où on grandit, peu importe les revenus de nos parents, peu importe l’école dans laquelle on étudie, peu importe le nom que l’on a ou la couleur de notre peau, peu importe la ville où on vit, chacun aurait les mêmes chances dès le berceau et que certains préfèrent le deal et d’autre l’ophtalmologie ?

Au vu des commentaires et des statuts Facebook, beaucoup le pensent. Toujours le même exemple qui revient sur le jeune médecin fils de Marocains, ou encore de Zidane, de Omar Sy ou de Jamel Debbouze, toujours ces quelques noms qui ressortent dans les débats. Il y a certes quelques personnes qui arrivent à s’en sortir après avoir réussi la traversée de l’Everest pendant que d’autres étaient sur un tapis volant… Mais c’est loin d’être une généralité. Il s’agit plutôt d’une exception. Que serait le jeune Zidane s’il n’avait pas le talent qu’on lui connaît ? Que serait le jeune Jamel ou Omar Sy né à Trappes, s’ils n’avaient aucun humour ? Et combien ont du talent et ne deviennent jamais célèbre ? Est-ce que Omar Sy serait devenu PDG de Alstom ou Bouygues ? Ou leur destin aurait pu être le même qu’Adama Traoré ?

Au fond la réponse nous la connaissons tous, même si beaucoup font semblant de l’ignorer et préfèrent se rassurer, pour éviter de se sentir coupable de non-assistance à personne en danger.

Car oui, laisser des milliers de familles de travailleurs dans les quartiers, ne pas lutter avec eux et pour eux, afin qu’ils vivent tout simplement, plutôt que de devoir survivre, est une non-assistance à personne en danger. Comme on ignore la mort des milliers de Palestiniens ou de Syriens, on ignore les morts de Zyed, Bouna, Adama, Amine, et tous les autres. Tout comme on peut lire que les Syriens ne fuient pas la guerre mais viennent profiter des aides françaises, on peut lire de la même façon qu’Adama Traoré ou Théo sont coupables d’avoir voulu prendre la fuite. La réalité, nous la connaissons, mais faut-il seulement le reconnaître.

« La bourgeoisie n’a pas seulement forgé les armes qui la mettront à mort : elle a produit aussi les hommes qui manieront ces armes, les ouvriers modernes, les prolétaires »
, Karl Marx.

Pour détailler les choses, voici des chiffres d’un Institut de recherche anglais sur les contrôles d’identité : « Les Noirs ont entre 3.3 et 11,5 fois plus de chance d’être contrôlé qu’un Blanc, et les Arabes ont entre 1,8 et 14,8 fois plus de chance d’être contrôlé qu’un Blanc ». Ces chiffres varient surtout à la négative en fonction de l’âge et de la tenue vestimentaire. Le cabinet explique que « deux tiers des individus habillés « jeunes » relèvent de minorités visibles. Aussi, il est probable que les policiers considèrent le fait d’appartenir à une minorité visible et de porter des vêtements typiquement jeunes comme étroitement liés à une propension à commettre des infractions ou des crimes, appelant ainsi un contrôle d’identité ».

Alors comment ne pas devenir fou, comment ne pas avoir peur de se faire contrôler, comment ne pas chercher à courir lorsque l’on voit une brigade de police approcher ?

Mais un grand penseur a dit sur un plateau télé « Mais pourquoi on est contrôlé 17 fois par jour ? Pourquoi ? Parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes. C’est comme ça, c’est un fait ! ». Ce grand penseur a 2 émissions de télé, une sur RTL et une sur Paris première, son nom vous le connaissez c’est Éric Zemmour…

Mais bien sûr qu’il y a de la délinquance dans les banlieues, bien sûr qu’il y a des dealers en banlieue, et c’est une expression de la décomposition sociale engendrée par cette pourriture de système et qui atteint des larges secteurs de notre propre classe et des familles ouvrières. Mais il faudrait déjà se poser la question de comment la cocaïne fabriquée en Amérique du Sud par les narcotrafiquants ou dans le RIF marocain, arrivent dans nos banlieues, à qui profite d’abord le crime ? Et si faire le guet ou le dealer 15 heures dans une cage d’escalier rapporte autant, pourquoi il n’y a pas de squat dans les beaux quartiers du 16eme ou de Neuilly ? Pourquoi la majorité des acheteurs de cocaïne ou de haschisch viennent des quartiers bourgeois de Paris, ne traversant le périphérique que pour chercher leur dose loin des regards des voisins et des amis de la famille, préférant que les fils d’immigrés se salissent les mains et prennent les risques à leur place ? Car les risques sont connus : la vente de shit rapporte moins que d’avoir une femme assistante parlementair, et surtout est plus risqué pénalement. Demandez aux jeunes obligés de dealer pour faire vivre la famille, parce qu’ils ne trouvent pas de CDI au SMIC pour aider une maman isolée à nourrir les petits frères et sœurs, s’ils préfèrent un emploi fictif d’assistant parlementaire payé 800.000€ ou 5ans de prison pour gagner 1500 ou 2000€ par mois au « black »… La réponse est dans l’ironie de la question…

Et voilà la réalité : cinq ans pour un jeune de banlieue pour une barrette de shit, et même pas l’équivalent d’une amende de stationnement pour Christine Lagarde, Sarkozy, Copé, Fillon, Guéant, Balkany, Cahuzac et tous les autres.
Alors oui, j’appelle tous les travailleurs à se réveiller et à prendre conscience de la réalité. Et à ne pas se laisser berner par le traitement médiatique qui existe depuis 30 ans sur les jeunes de banlieue. Car oui, ils en ont marre et ils ont bien raison. On en a tous marre, marre de cette justice de classe, marre de cette police qui réprime, marre de ces patrons qui nous volent le produit de notre travail et qui s’enrichissent sur notre dos, marre de cette caste politique qui vit de nos impôts à millions et qui vient faire la leçon aux banlieues lorsque une vitre d’abris-bus à 1000€ est cassé par colère, pendant que les enfants de Fillon ont gagné 90.000€ pour six mois de conseil à leur père.

Non, les jeunes de banlieue ne sont pas des racailles, ce ne sont pas des casseurs, ils subissent juste cette vie qui s’impose à eux. Cette vie de la débrouille, cette vie de précaire, cette vie où à force de voir la richesse à la télé, ils essayent eux aussi par tous les moyens d’essayer d’exister dans cette société, pensant que c’est en ayant une belle voiture comme Ronaldo ou Bernard Arnault que l’on existe dans la société. Eux aussi se baladent sur les Champs Elysées en draguant parfois maladroitement les jolies filles qu’ils ne verront jamais passer dans leur quartier, où il y a un kebab, un tabac et un terrain de foot.

A nous, classe ouvrière, travailleurs, jeunes et familles ouvrières, de lutter contre cette classe bourgeoise qui nous confine depuis des années, dans des logements insalubres, dans des quartiers ou il n’y a ni musée, ni cinéma, ni activité culturelle. A nous, classe ouvrière, de lutter tous ensemble contre ce système capitaliste qui nous empêche d’accéder à l’emploi, car on s’appelle Mamadou et qu’on n’a pas le bon nom, ou la bonne adresse si on habite dans le 93. A nous, classe ouvrière, de lutter contre cette justice de classe, qui condamne en comparution immédiate des jeunes à six mois de prison ferme pour une vitre cassée et qui laisse ressortir libre Christine Lagarde. A nous d’être solidaire avec cette jeunesse en manque de repère, qui ne sait pas comment se défendre sauf avec cette violence, car leur vie est violente dès la naissance. A nous de comprendre leur combat, car au printemps dernier, nous aussi nous avions le même combat pour défendre nos droits contre cette classe des patrons, contre la loi travail et tout son monde, et aussi contre cette police qui nous a réprimés à coup de gaz lacrymogène, de matraques et de bombes de désencerclement. A nous, classe ouvrière, de préparer ensemble cette révolution, car sans la révolution on continuera à compter les assassinats des jeunes des quartiers, à compter les milliards des évasions fiscales, à compter les licenciements, à compter les fermetures d’entreprise, à compter les suicides de ceux qui ont perdu leur emploi ou de ceux qui n’ont jamais pu en avoir. Car non, le RSA ce n’est pas vivre dignement, sinon pourquoi avoir manifesté pendant quatre mois contre la facilité de licenciement de la loi El Khomri, si le RSA était mieux qu’un emploi stable ? A nous, classe ouvrière, d’ouvrir les yeux et de ne pas tomber dans ce piège qu’utilise la bourgeoisie pour nous diviser, jeune contre ancien, privé contre public, immigré contre Français, chômeur contre salarié. Nous faisons tous partie d’une seule et même classe, la classe ouvrière, par-delà les frontières ! Cessons de pleurer des vitres cassées et luttons pour qu’il n’y ait plus de vie brisée #Justicepourthéo #Pasdejustice #Pasdepaix !




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