Culture et Sport

Critique cinéma

Suicide Squad : Hmm Sexy’ste !

Publié le 16 août 2016

Elo S. Mytilène

Le 3 août 2016 est sorti le film tant attendu des fans de super-héros : Suicide Squad. Les critiques américains sont unanimes, là où les critiques français ne se sont pas encore prononcés, sur le degré de nullité atteint par ce film. Quant aux fans, ils sont déçus et très (très) en colère… parce que l’on ne voit pas assez le personnage du Joker… Certains soulèvent légèrement un point qu’il faudrait pourtant crier sur tous les toits : le sexisme excessivement marqué, bien plus grave qu’un simple flop cinématographique.

Ce qu’en disent les critiques

Avec des gros titres tels que « Suicide Squad, le regret de l’été » (Next Impact), « Suicide Squad, pourquoi le Joker de Léto est totalement raté » (Pix-geeks.com), « Une bouillie visuelle qui signe la fin du règne des super-héros » (L’OBS), « Suicide Squad est-il le plus mauvais film de l’année ? » (GQmagazine.fr), « Pourquoi Suicide Squad est une déception à tous les niveaux » (Konbini), et des critiques telles que “C’est ce que j’appelle une connerie” (Rolling Stone), « Suicide Squad est l’un des films les plus décevants de l’année” (ChicagoSunTimes), il est évident que ce film n’est pas très apprécié par les critiques américains, qui dénoncent un budget à 200 millions de dollars pour un montage « découpé à la hache », avec « des scènes rajoutées au dernier moment », entre autres.

Certains ont, tout de même, l’esprit de relever le sexisme permanent de ce film, qui semble presque trop gros pour être vrai, en remarquant que les personnages de femmes dans le film sont « malmenées » (Konbini), qu’il s’agit d’« un film exécuté comme une banale corvée, imprégné de misogynie flaccide. Une purge informe, montée à la vas-y-comme-je-te-pousse, et qui, à un culte omniprésent et bien mal venu des armes à feu, ajoute une dose assez répugnante de sexisme et même un soupçon de racisme. » (Vanity Fair), « Un égout froid et humide de battements bordéliques et de machisme mal placé. (…) Il y a plus de plans du cul [de Margot Robbie] que des seconds rôles du film. » (IndieWire).

Comme BuzzFeed le met si bien en avant dans son titre « How Suicide Squad Uses And Abuses Harley Quinn », c’est-à-dire « Comment Suicide Squad use et abuse d’Harley Quinn », ce film est profondément sexiste, si profondément que le réalisateur, David Ayer, semble tout droit sorti du XIXe siècle, dans un monde où les femmes avaient pour les hommes deux rôles principaux : celui de l’épouse et mère de famille, et celui de celle(s) avec qui ils trompaient la première… Bien qu’il ne semble (étonnamment) pas évident à tout le monde de la grossièreté de ce film envers les personnages féminins, David Ayer s’en donne pourtant à cœur joie, mettant les trois actrices principales du film dans des positions douloureuses pour tous spectateurs dotés de vu, d’ouïe ou juste de raison.

Le sujet qui fâche : Harley Quinn

Le personnage d’Harley Quinn, normalement habillée en arlequin et dont l’objet fétiche est une carte de jeu (une reine de carreau) est, dans Suicide Squad, habillée en haut moulant et simple sous-vêtement sur un collant à résilles comme bas, portée par des talons extrêmement hauts et a pour seul fétichisme de séduire les hommes et de lire des romans à l’eau de rose - je passe les tatouages soit enfantins, soit aguicheurs.

Si l’on connait les fâcheuses blagues sur les blondes, on en reconnaîtra un cliché très fantasmé en ce personnage : sexy, bête et méchante qui adore jouer avec des armes et notamment avec la si symbolique batte de baseball. Pour couronner ce cliché - qui avait l’air pourtant suffisamment lourd pour un seul personnage - Harley Quinn est profondément asservie à son amour pour le Joker, et est dotée une sensibilité romantique extrêmement naïve (lors d’une séquence du film dans laquelle chaque personnage est confronté à une vision de son désir le plus cher, Harley Quinn est dans une cuisine typiquement américaine et s’occupe avec beaucoup d’amour de deux enfants avant d’embrasser sont charmant mari qui rentre du travail).

C’est en prison, dans une position se voulant sensuelle, suspendue à un foulard, que nous découvrons ce personnage pour la première fois. Des militaires viennent la rencontrer en uniforme lourd (pour laisser entendre qu’il s’agit d’une femme dangereuse). L’un d’entre eux l’aborde sur un ton dragueur et est répondu par une séductrice qui lèche un barreau de sa cellule en exprimant son manque d’homme. Après lui avoir dit d’une manière très viriliste qu’elle ne doit pas toucher les barreaux, il faut attendre toute cette scène dérangeante pour que le puissant militaire frappe d’un énorme coup de pied la femme qui tombe à la renverse en lui répétant qu’elle « n’aurait pas dû toucher ces barreaux ». Suite à quoi la femme sourit, conquise par tant de forces en un seul homme. Pire que ce moment, et outre les scènes désagréables de servitude envers le Joker, le moment le plus dérangeant est bien celui où elle s’habille dehors (avec un certain plaisir) dans un camp militaire, et qu’un plan plus large - qui se veut ironique, sans doute - dévoile tous les hommes, vilains comme militaires, arrêtés et bouches-bée, bavant presque, autour d’elle.

Des femmes puissantes sous le contrôle de leurs hommes

En plus du comportement rageant d’Harley Quinn, celle-ci, Katana et l’enchanteresse, les trois personnages féminins du film, se révèlent n’être que l’ombre d’hommes devant lesquels leurs personnalités se transforment en une soumission ridicule très irritante.

Pour continuer sur ce personnage, Harley Quinn éprouve un amour passionné pour le Joker, est aux ordres de celui-ci, la rendant naïvement esclave d’un être qui se joue éperdument d’elle et qui la laisserait morte pour sauver sa propre vie. Harley saute d’assez haut dans un liquide verdâtre immonde afin de lui prouver qu’elle mourrait pour son bien aimé, prend des risques insensés pour le rejoindre et pleure toutes les larmes de son corps lorsqu’elle pense l’avoir perdu. Bien plus qu’asservie, elle semble, en la présence du Joker, dénuée de cervelle, gloussant sans raison devant son homme et n’ayant comme seul objectif que de lui plaire - aussi bien avec une attitude trop aguicheuse, qu’en obéissant à ses ordres souvent suicidaires.
Ce rôle, totalement révoltant, est montré aux côtés de Katana, grande tueuse sans pitié qui use de son sabre avec une habilité sans faille, et une impassibilité admirable face aux remarques (sexistes) que lui font ses camarades masculins tout au long du film. Jusqu’ici ce personnage paraît sauver David Ayer, qui semblerait, finalement, ne pas être si misogyne que ça… Evidemment, si quelqu’un a eu tôt fait d’avoir ce jugement, il se sera ravisé car, vers la fin du long-métrage cette redoutable manieuse de sabre montre son talon d’Achille, lors d’une scène qui nous ferait rire si elle ne nous faisait pas pleurer. En effet, sans crier gare, avec un ridicule très déstabilisant, Katana pleure presque en convulsant tout en couvant du regard et en enlaçant de ses bras son arme qui « détient l’âme de son mari mort par ce sabre ». C’est alors que la révélation se fait évidente : Katana, la femme sans pitié, est une veuve traumatisée car jamais remise du décès de son mari.

« C’en est trop ! » me direz-vous, mais le réalisateur, dans un délire machiste terrifiant, n’en n’a pas fini ! Il reste encore le double personnage joué par Cara Delevingne, à savoir June Moon/L’enchanteresse. June Moon est une artiste qui, en faisant de la spéléologie, délivre malencontreusement l’esprit de la plus puissante enchanteresse, avec qui elle se voit contrainte de partager son corps. Heureusement, cette artiste peut compter sur son beau militaire qui l’aime et qu’elle aime éperdument, et grâce à qui elle arrive à (plus ou moins) surmonter l’esprit abrité dans son corps qui prend le dessus pendant un bon moment du film. Cet esprit est celui de L’enchanteresse, personnage « cool » qui transforme les soldats des Etats-Unis en soldats pour son propre compte par un (gros) baiser tout en lançant un jet lumineux au dessus de sa tête - jusqu’au ciel - qu’elle semble contrôler par des ondulations très dessinées de tout son corps (à se demander si l’actrice s’est entraînée en faisant du hula-hoop à huit cerceaux avant le tournage). Cet esprit très redoutable et extrêmement puissant, décide de sortir du corps de June Moore pour… (roulement de tambour) délivrer son frère bien plus grand et encore plus puissant qu’elle, devant lequel elle semble devenir une fillette qui se fait gronder par un adulte. Celui-ci la sauve de son emprise - car l’on détient son cœur et s’en sert pour la contrôler - d’une simple pénétration de sa main dans la poitrine de sa sœur, à l’endroit où se trouve le cœur du corps dont elle a prit possession. Trop fort ce frère hein ?

En fait, il y a 4 personnages féminins 

Bon certes, il reste le personnage d’Amanda Waller, qui est une femme « normale », vestimentairement parlant, et qui dirige la mission transformons-les-supers-vilains-en-super-héros. Une femme qui n’hésite pas à tuer quiconque la dérange, sous un prétexte plus ou moins valable. Bien sûr, en cherchant la petite bête nous pourrions en tirer la conclusion qu’elle représente, après la blonde sexy, l’asiatique mystérieuse à sabre (et cuir moulant) et l’enchanteresse sans pitié, c’est-à-dire l’un des fantasmes les plus représentés dans les films pornographiques, à savoir la patronne qui martyrise ses employés. Mais ce serait sans doute aller trop loin dans la réflexion, alors laissons planer le doute, histoire de ne pas passer pour trop « extrémiste ».

Voilà donc un film de 2016 dans lequel les trois redoutables super-vilaines, sont toutes des dérivées de fantasmes clichés et sont d’ailleurs toutes sous le contrôle d’hommes, sauf une (ou du moins nous ne le savons pas).

Ah oui ! A ce sujet, l’habilité du réalisateur fait que nous, spectatrices et spectateurs, comprenons l’importance de ces hommes pour soumettre chacune de ces femmes qui, sans eux, se serviraient de leurs talents mortels dans une hystérie écervelée et sans but qui partirait dans tous les sens et finirait par anéantir le monde sans la moindre raison valable. Alors qu’est ce qu’on dit au réalisateur ? : « Merci David ! ».

Retenez bien ce nom : David Ayer. L’homme qui a fait du sexisme, déjà bien trop présent dans les films aujourd’hui, un nouveau genre cinématographique : le film Sexiste - du début jusqu’à la fin, en passant par le fond (s’il y en a un) et la forme (si on peut dire que le hachis est une forme).
Ah ! Quel homme !