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D’après des informations de Médiapart

Suite à la mort d’un livreur, la Poste poursuivie pour abus de sous-traitance

Le 15 décembre 2012, Seydou Bagaga, livreur pour La Poste meurt après être tombé dans la Seine en essayant de rattraper un colis, craignant de se faire licencier. Loin d’être un fait divers, son décès est lié à un système généralisé d’abus de sous-traitance de la part de la poste, pour lequel l’entreprise est actuellement poursuivie en correctionnelle.

Crédits photos : ARCHIVES G. BONNAUD

L’abus de sous-traitance à la Poste, qui avait déjà été dénoncé par les syndicats SUD et CGT fin 2017, semble bien être une pratique commune à l’entreprise, particulièrement en Île de France où les entreprises sous-traitantes livrent près de 3/4 des colis. Près de 150 entreprises sous-traitent à la Poste. Elles sont de deux types : ou elles sont indépendantes mais travaillent exclusivement pour la Poste, ce qui impose une concurrence rude entre ces entreprises pour proposer les services les moins coûteux possibles pour la Poste, autrement dit des travailleurs corvéables à merci, soit ce sont des entreprises possédées majoritairement par la Poste, qui a donc un contrôle total sur elles. Ces dernières comptent toujours moins d’une dizaine de salariés, ce qui leur permet en leur donnant le statut de TPE (Très Petite Entreprise), de bénéficier de divers avantages et donc de réduire les coûts in fine pour la Poste.

De plus, ces salariés en sous-traitance sont dirigés presque exclusivement et directement par La Poste, qui les embauche, licencie et les gère quotidiennement ; les entreprises sous-traitantes (comme DNC transport, l’entreprise qui employait Seydou Bagaga) se contentant de fournir le matériel minimum, qui sont les camions et les chaussures de sécurité. Et c’est bien là où se situe l’abus de sous-traitance : la Poste ne se contente pas d’utiliser les services d’une entreprise sous-traitante, mais donne directement des ordres à ses employés. Ces derniers effectuent le même travail que les salariés de la Poste, sous les ordres de la même direction mais n’ont pas le même statut et ce dans l’unique but de réduire au maximum les coûts de distribution. Selon le code du travail ces pratiques constituent des infractions de « prêt de main-d’œuvre illicite ».

En effet, les employés sous-traitants, devant livrer approximativement 150 colis par jour, et étant payés au colis, sont payés environ 1400€ par mois, contre 2000€ pour un salarié de la Poste pour le même travail. Ils ne bénéficient pas non plus des mêmes avantages ou conventions collectives que les salariés d’un grand groupe comme la Poste : sécurité de l’emploi, primes, formation...

La Poste emploierait illégalement du personnel sous-traitant, sans contrat de travail et sous prétexte qu’ils seraient en formation refuserait souvent de leur payer leurs premières semaines de salaire. Des journalistes de L’œil du 20h (France 2), s’étant fait embaucher à la Poste témoignent de ces pratiques : « Nous nous sommes présentés sur le parking d’un centre de tri, on ne nous a demandé aucun CV, on ne nous a fait signer aucun contrat, "l’entretien d’embauche" a duré 2 minutes !! ». C’était par exemple le cas de Seydou Bagaga, mentionné plus haut, selon Médiapart il « travaillait parfois jusqu’à 19 heures, dans l’espoir d’être titularisé ». Sa DUE (Déclaration unique à l’embauche) aurait été rédigée après son accident, soit pendant son coma.




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