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Jeunesse

Brevet de propagande

Sujet d’EMC au Brevet : l’épreuve du « bon petit soldat »

Vendredi dernier, 800 000 élèves de troisièmes passaient l'épreuve d'histoire-géo-EMC nouvelle formule suite à la réforme des collèges. Pour la session 2017, les collégiens ont été invités à plancher sur la Défense nationale.

C’est en 2015 que le gouvernement met en place l’Enseignement Moral et Civique (EMC) qui prend la place de l’éducation civique (collège) et de l’éducation civique, juridique et sociale (lycée). Un enseignement transversal, du CP à la terminale qui est placé sous le signe des notions chères à la bonne vieille Vème République. Au programme, citoyenneté et laïcité viendront illustrer les bonnes vieilles devises nationales « Liberté, égalité, Fraternité ». Mais que signifie enseigner la morale de l’égalité dans une société profondément inégalitaire ? Que signifie la fraternité dans un monde qui s’apprête à anéantir le code du travail et ce qu’il préserve encore un peu de la précarité ? Enfin que signifie enseigner la liberté à des enfants de quartiers populaires qui sont, symboliquement et par la force des violences policières assignés à des quartiers ségrégés ?

L’EMC, sous ses diverses appellations, apparaît comme un instrument de propagande politique destiné à masquer les contradictions de notre République, tout regard critique et bien entendu toute contestation d’un régime considéré comme intouchable.

En troisième, les grands principes de la Défense nationale sont une thématique à enseigner. Au programme, les interventions militaires de l’armée française intérieures et extérieures. Pour l’épreuve terminale du brevet des collèges, les élèves se retrouvent à plancher sur un exercice qui se rattache à cette partie du programme.

Commençons par regarder la source du document, l’iFRAP, fondation ultra-libérale dirigée depuis 2007 par Agnès Verdier-Molinié et qui étudie l’efficacité des politiques publiques. L’occasion de plus pour faire passer l’idéologie libérale à l’école.

Le texte évoque les interventions de l’armée française à l’intérieur du territoire auprès des populations sinistrées par les inondations au printemps 2016. Exit donc les sujets tels que l’intervention héroïque de l’armée française au Mali proposé à l’examen il y a quelques années. L’objectif affiché cette année est de montrer l’armée sous un nouveau jour : celle qui fait de l’humanitaire et qui aide les citoyens sinistrés par les intempéries. Voilà comment dans l’étude des programmes et dans l’épreuve le gouvernement tente de redorer l’image de l’armée auprès des élèves de 15 ans soit en montrant l’armée « protégeant » le territoire français du terrorisme ou aidant les populations.

Continuons. Le bouquet final est tout aussi abject. « Vous avez été choisi(e) pour représenter la France au prochain sommet de l’Union européenne. Vous êtes chargé(e) de réaliser une note pour présenter une mission des militaires français sur le territoire national ou à l’étranger.

Montrer en quelques lignes que l’armée française est au service des valeurs de la république et de l’Union européenne ».

Un cynisme total lorsque l’on sait que la France est la championne des interventions militaires à l’étranger.

Dans uneinterview bastamag , l’’économiste Claude Serfati, auteur de Le Militaire. Une histoire française(éd. Amsterdam), rappelle que « les interventions militaires de la France à l’extérieur de ses frontières, principalement en Afrique, sont devenues si nombreuses qu’il devient difficile de les compter. Il y en aurait eu 25 pour la seule année 2015. Avec l’instauration de l’état d’urgence, l’armée a également repris une place importante dans les questions de sécurité intérieure ».

Le prédécesseur d’Emmanuel Macron, avec une guerre par an minimum tout au long du quinquennat, avait incarné ce statut de président chef de guerre. Au plan national tout d’abord, avec la promulgation et les multiples prolongements de l’état d’urgence et la militarisation de l’espace public à la clé, qui n’a en aucun cas permis de résoudre la question terroriste mais qui aura été d’une efficacité redoutable pour réprimer toutes les contestations sociales, les jeunes dans les quartiers populaires ou encore les migrants. François Hollande aura poussé le vice jusqu’à promouvoir des pans entiers du programme sécuritaire et xénophobe du Front national, avec l’épisode de la déchéance de nationalité comme étant le plus marquant.

Sur le plan international, Hollande a eu à cœur de s’immiscer dans de nombreux conflits, bombardant allégrement la Syrie ou l’Iraq, dépêchant des troupes en Centrafrique. Mais s’il y a bien une intervention militaire extérieure « symbole » du quinquennat Hollande, il s’agit bien de l’intervention au Mali, avec l’opération Barkhane encore en cours aujourd’hui.

Dans le langage hypocrite des différents gouvernements, ces interventions militaires seraient motivées par des considérations démocratiques et humanitaires. Il s’agirait de « protéger des civils », de promouvoir la « démocratie » et ainsi de suite. En réalité, elles visent à défendre les intérêts économiques et stratégiques des grandes puissances impérialistes.
La France possède des réseaux politiques et économiques qui entretiennent son influence néocoloniale dans la région. Si les rapports sont différents que ceux qui structuraient le contexte colonial, les intérêts et privilèges de l’État français et des multinationales hexagonales sont protégés par cet autre système de domination qu’est la Françafrique. La France est intervenue suite aux « demandes » de certains de ces gouvernements pour endiguer les révoltes sociales mais aussi pour lutter soi-disant contre le terrorisme.

Ces interventions visent bien avant tout à préserver les intérêts économiques des grandes entreprises capitalistes françaises présentes en Afrique : Bolloré qui a les télécommunications ou encore AREVA pour l’exploitation minière dans des régions particulièrement riches en matières dont la France est le premier bénéficiaire grâce à des contrats importants entre les différents pays. Par exemple, le Sahel est souvent appelé l’Eldorado des matières premières : du pétrole, du gaz, mais aussi l’uranium utile pour la production électrique exploitée par la firme française AREVA.

On comprend d’ores et déjà les intérêts français ainsi que la présence des forces armées françaises dans ces différents pays. Elle souhaite, par l’aide octroyée d’un point de vue militaire, disposer de contrats importants.

Le gouvernement français se retrouve dans différents conflits qu’elle orchestre pour garder une main mise en s’appuyant sur les gouvernements locaux.

Les interventions françaises sèment le chaos et nourrissent les groupes terroristes. Elles sont un réel désastre pour les populations locales, engendrant misère et mort. Violence supplémentaire perpétrée par l’armée française : les nombreux viols commis par des soldats français. Plusieurs enquêtes avaient en effet été ouvertes en 2014, mettant en cause des soldats français déployés dans le cadre de la mission française Sangaris, dans de sordides affaires de viols, tolérés par les institutions de l’impérialisme français qui ne les ont pas condamnés.

Ces crimes commis contre les populations locales sont indissociables de la politique française étrangère d’oppression et de spoliation. Macron avait dédié son premier voyage officiel en Afrique au Mali rendant visite aux soldats français de l’opération Barkhane. Une façon claire de s’inscrire dans la continuité de la politique impérialiste du gouvernement Hollande, champion des interventions militaires.

L’armée dans les esprits et les écoles

Il n’est pas question que les élèves exercent la moindre critique sur les interventions militaires à l’étranger, sur les multiples violences commises par l’armée française contre les populations, qu’ils remettent en question les ventes d’armes de « nos présidents PDG » pour le compte de Dassault, armes qui entretiennent les guerres ou encore qu’ils s’interrogent sur la pertinence du budget alloué à la Défense au détriment des moyens alloués à l’éducation ou à la santé.

Tout cela ne doit faire l’objet d’aucune interrogation de la part des élèves. L’éducation à la défense « vise à faire comprendre [aux élèves] que les militaires servent la Nation […]. Pour remplir pleinement ces missions, les militaires ont besoin du soutien de l’ensemble de la Nation. » précise le dernier protocole signé entre les deux ministères de l’Education nationale et de la Défense (20/05/2016). La mission de l’école, qui sert à transmettre l’idéologie dominante, est donc de justifier les interventions militaires impérialistes les plus criminelles, motivées par la défense des intérêts économiques des capitalistes. C’est bien un véritable dogme qu’on demande d’enseigner, quand ce n’est pas de la pure propagande gouvernementale. La dénomination d’éducation à la défense, affiche comme objectif, non seulement de « répondre aux besoins de recrutement de l’armée » mais aussi, d’insuffler chez les élèves, sur un grand nombre de sujets, des habitudes de pensée qui interdisent de remettre en cause le rôle de l’armée dans le passé comme aujourd’hui.

Cela fait maintenant près de trente ans que, dans une indifférence quasi générale, sous l’appellation sévèrement contrôlée d’« éducation à la défense », l’armée a ses entrées dans les établissements scolaires, avec les élèves en première ligne.

Le protocole signé en 1982par les ministères de l’Education nationale et de la Défense déclare dans son préambule : « La notion de sécurité est indissociable en France de l’existence d’une communauté nationale façonnée par l’Histoire, animée d’un véritable esprit de défense. […] La mission de l’Education nationale est d’assurer une éducation globale visant à former les futurs citoyens responsables. »

Ce protocole inaugure une politique d’étroite collaboration entre les deux ministères, jamais démentie quelle que soit la couleur politique du gouvernement, ponctuée par des textes règlementaires toujours plus contraignants pour les enseignants. En effet, dans les nouveaux programmes d’Enseignement Moral et civique, l’éducation à la défense prend une place bien plus importante.


Les organisations syndicales, instances représentatives des enseignants, dénoncent cette épreuve à l’image du communiqué du SNES mais il faut exiger clairement l’arrêt de l’étude de la Défense dans les programmes scolaires. Il faut s’opposer à cet endoctrinement des élèves et de l’obligation des enseignants d’enseigner de telles valeurs abjectes. Nôtre morale, c’est de dénoncer cette politique interventionniste et guerrière de la France en Afrique et au Moyen-Orient, pas de les cautionner, ni d’endoctriner nos élèves à y adhérer !




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