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Politique

Bientôt un plan de bataille ?

Suppressions massive de postes de fonctionnaires : pour un plan de bataille à la hauteur de l’attaque

Le gouvernement a annoncé en fin de semaine dernière un plan de suppression d’emplois massifs chez les fonctionnaires, ainsi qu’un big bang du statut de la fonction publique. Les directions syndicales sont montées au créneau, il s’agirait maintenant de passer aux travaux pratiques.

L’attaque est substantielle. Si les fonctionnaires ont vu ces dernières décennies leurs conditions de travail et de rémunération se dégrader fortement, le gouvernement a choisi, à travers ses annonces de la fin de semaine dernière, de passer à la vitesse supérieure. Avec à la clé un plan de suppression (dit de « départs volontaires ») de 120.000 postes. Pour les remplacer, vu la situation de manque chronique d’effectifs dans la fonction publique, le gouvernement compte généraliser le recours à des contractuels, ce qui permet de disposer d’une main d’œuvre beaucoup plus précaire mais aussi de peser à la baisse sur les conditions de travail de ceux qui ont le statut. Dans le même temps, celui-cicompte également introduire la rémunération « au mérite » mais également l’évaluation des administrations qui accueillent du public (écoles, tribunaux, hôpitaux, CAF...).

Ce n’est pas une nouveauté que Macron a une dent particulière contre les fonctionnaires, tout autant que contre l’ensemble des travailleurs et des classes populaires. En 2015, lors d’une interview à Challenges, alors ministre de l’économie, celui-ci déclarait vouloir mettre en œuvre une « mise en flux » et rajoutant : « Je ne vois pas ce qui justifie que certains cadres de mon ministère bénéficient d’un emploi garanti à vie, et pas le responsable de la cyber sécurité d’une entreprise... ».
Il n’en reste pas moins que l’annonce du gouvernement a surpris dans le milieu des dirigeants syndicaux. La direction de la CFDT s’est déclarée « décontenancée », Mylène Jacquot a confié avoir « appelé le gouvernement à nous recevoir très rapidement car des clarifications sont indispensables ». La CGT et l’UNSA dénoncent quant à elle une « attaque », Solidaires présente la réforme comme un « dynamitage de la fonction publique ».

Cette levée de boucliers est la conséquence du changement de stratégie de gouvernement, qui n’a effectué aucune concertation avec les syndicats, avant l’annonce des suppressions d’emploi, tranchant avec la méthode employée jusqu’ici, notamment durant le passage des ordonnances, où celles-ci avaient joué un rôle important pour déminer la contestation de directions syndicales, déjà très timorées.

La CGT Services Publics a promis, par la voix de Jeff Lair, une « réponse à la hauteur de ces attaques ». Mais celui-ci n’a pour l’instant pas donné d’éléments sur ses contours, annonçant que la question serait à l’ordre du jour de la prochaine intersyndicale qui se tient ce mardi 6 février. Or, une riposte contre ce gouvernement de combat est non seulement indispensable mais aussi une possibilité réelle si notre classe disposait d’un véritable plan de bataille.

Celui-ci exigerait que les directions rompent avec la mascarade du « dialogue social » qui n’a sert qu’à ne faire mieux avaliser les contre-réformes du gouvernement, et entretenir l’illusion qu’il pourrait sortir quelque chose de bon de ces réformes. C’est la responsabilité des directions syndicales de refuser la mise en place de concertation sur le plan de suppression des fonctionnaires que prévoit de mettre en place le gouvernement dans les prochains mois, et de construire sans attendre le rapport de forces en appelant à la mobilisation. Pour cela, la mobilisation des Ehpad, mais aussi des enseignants, personnels, étudiants et lycéens face au « plan étudiant ». Avec ce type de coagulation, les attaques du gouvernement sur tous les fronts pourraient rapidement devenir un cocktail explosif.

Crédits Photos : AFP/Fethi Belaid




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