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Politique

Lutte de classes

Sur BFM-TV, le patronat débat de son plan pour défaire les mobilisations contre la casse du code du travail

Mardi 30 mai, BFM TV dans son émission « Les Décodeurs » avait organisé un débat sur la question « La CGT peut-elle bloquer Macron ? ». Derrière ce débat, le patronat débattait surtout de la façon de comment défaire tout mouvement de résistance contre le nouveau président.

Alors que la grève des camions citernes s’amplifie, la peur d’une grève ou de blocages ressurgit

Dans un contexte où de plus en plus de stations-services de région parisienne font face à une pénurie due à la grève article Martin des conducteurs de camion-citerne, le débat qui animait les invités de BFM Business était particulièrement axé sur la situation de blocage qui pourrait survenir si la grève continuait dans ce sens. Derrière cette question, un cauchemar hante le patronat : l’idée que la France pourrait être bloquée par un large mouvement de grève contre le gouvernement. La loi-travail et ses grèves dans les raffineries et dépôts pétroliers font peur, d’autant plus qu’ils savent que près de 66% de la population « comprendrait un vaste mouvement de grève » si Macron cherchait à faire passer en force sa loi travail 2.0. Or, c’est bien ce que compte faire le gouvernement, et il cherche avec le patronat à trouver les moyens d’empêcher les secteurs les plus stratégiques d’avoir le poids qu’ils ont eu pendant le printemps 2016. Au centre de la question, celle de l’approvisionnement en carburant, secteur clé de l’économie, capable de stopper une grande partie de l’activité économique. Face à des secteurs dont la grève peut toucher toute l’économie nationale, le patronat réfléchit de plus en plus à instaurer de fortes limites au droit de grève, notamment grâce au principe de « service minimum ».

Contre les grèves et les blocages, la possibilité d’instaurer plus de « service minimum »

Sur le plateau Francis Duseux, président de l’Union Française des Industries Pétrolières tente d’argumenter dans ce sens : « le problème s’est déjà posé dans les transports publics parisiens : les préavis de grève, le service minimum ont été établis et je crois qu’en tant que citoyen français, on doit tous se poser cette question d’un service minimum  », tente-t-il d’expliquer. Fanny Guinochet, journaliste pour L’Opinion, un journal libéral financé entre autres par LVMH et L’Oréal, continue : «  le service minimum peut être une solution, sur des points très stratégiques, les français en ont marre d’être à la merci de groupes qui empêchent la circulation. Aujourd’hui c’est aussi la responsabilité des syndicats et cela serait une preuve de maturité de montrer qu’on peut trouver une autre voie que de bloquer la première région économique française ». L’idée développée est très claire : obliger les grévistes à assurer un « service minimum » qui diminuerait fortement leur capacité à bloquer l’économie, et qui les affaiblirait dans un mouvement. A la RATP et à la SNCF, ces services minimums ont été d’excellents moyens pour l’Etat d’affaiblir les mouvements de grève et certains secteurs réfléchissent à l’étendre aux industries pétrolières notamment.

Augmenter la répression des mouvements sociaux et continuer à stigmatiser toute résistance

Deuxième outil de lutte pour la bourgeoisie : continuer à stigmatiser toute action syndicale et la présenter comme des actes ultra-violents pour les délégitimer. Pendant la loi travail, certains patrons de presse avaient même comparé la CGT à Daech !. La journaliste de L’Opinion tentait de construire son discours comme cela, expliquant : « je ne suis pas sûr que l’opinion publique accepte que les travailleurs passent par la grève ». Evidemment, à force de traiter les militants de « casseurs », de « preneurs d’otage », de « terroristes », l’opinion publique peut basculer en faveur du gouvernement, même si on a vu les limites de cette tactique : malgré le matraquage médiatique, 70% de la population était toujours contre la loi travail en juillet.

L’autre outil qu’avance le patron des industries du pétrole (Total, Esso…) est encore plus simple : la répression physique pure et simple. Il explique en effet qu’«  il y a des blocages et des tensions qu’il va falloir faire sauter en profitant de cet élan nouveau, d’un président jeune, et éliminer les blocages  ». Mais comment veut-il éliminer les blocages ? Evidemment ce sera plus de coups de matraques et plus de flics dans les manifestations et une répression plus importante des mouvements syndicaux et politiques, dans la droite lignée de la politique répressive d’Hollande. A titre de rappel, à la suite du mouvement du printemps dernier, plus de 2000 militants sont poursuivis pour des faits de grève ou de manifestation. Un chiffre qui risque d’augmenter avec le gouvernement Macron donc.

Jouer sur les divisions syndicales pour assurer le succès des réformes

Dans la continuité de la loi travail, le patronat français a un outil bien à lui pour empêcher les perspectives de luttes généralisées dans le monde du travail : jouer sur les divisions entre les directions syndicales, en cherchant tantôt à isoler une centrale, ou bien à en renforcer une. Ainsi, si la CFDT de Laurent Berger a été durant le quinquennat le principal agent du patronat pour faire passer ses réformes, le patronat cherche aussi à extraire la direction de Force Ouvrière de rapports de forces plus globaux : « au moins il y a une vraie ouverture du côté de Jean Claude Mailly : il a compris que du côté de l’opinion publique il y avait d’autres façons de gagner, par la négociation ; la CFDT est devenue la première organisation syndicale de France » s’est félicitée Fanny Guinochet de L’Opinion. Pour le gouvernement, chercher à isoler la direction de la CGT est en effet une priorité, et c’est dans ce sens qu’il a choisi un ex-cadre de FO pour s’occuper de la loi travail 2 au ministère du Travail. Par ailleurs, tous ces fins tacticiens appellent de leurs vœux à plus de « dialogue social » ! Mais ne nous trompons pas : derrière le « dialogue social », le patronat veut surtout ressusciter un simulacre de discussions qui permet aux centrales syndicales de présenter de fausses avancées pour justifier leur capitulation et la signature de lois scélérates. Emmanuel Lechypre, éditorialiste chez BFM Business, expliquait ainsi que « la CFDT a un problème : c’est le syndicat béni oui-oui de Macron et Laurent Berger n’a pas envie d’apparaître comme le syndicat pro-Macron. C’est pour cela qu’il recule un peu ». Derrière la volonté de plus de « dialogue », c’est donc la volonté d’utiliser les syndicats comme des outils de contention du mouvement ouvrier qui ressort pour le patronat.

Ils ont leur plan de bataille, et le nôtre ?

Cette séquence sur BFM-TV vient en tout cas montrer une réalité : le camp d’en face - celui des grands patrons, des journalistes dominants et du gouvernement à leur service - se préparent pour répondre aux contestations que ne manquera pas de susciter la casse du code du travail par ordonnances. De notre côté, l’heure n’est donc pas à la négociation et à la consultation, mais à la préparation des prochains affrontements. La construction d’un véritable plan de bataille, en appelant à des journées de mobilisation sans attendre les premières attaques, est une tâche que devraient prendre en charge les directions syndicales, et particulièrement celle de la CGT.

Mais la question va bien au-delà du simple calendrier. Elle est aussi celle d’un programme qui puisse unir le plus largement les classes populaires dans la rue, face au chômage et à la précarité qui minent notre quotidien et nos vies. Face à un ennemi qui cherche à nous diviser et à morceler nos combats, les mots d’ordre, les perspectives de lutte sont une clé de voûte pour casser les divisions entre le public et le privé, casser les divisions entre les salariés en CDI et celles et ceux qui sont en contrats précaires, casser les divisions entre salariés et chômeurs. De la résolution de ces questions dépend notre capacité à gagner face à Macron.

Photo Jean-Sébastien Evrard. AFP




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