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Politique

Crise majeure pour la Macronie

Surchauffe pour le gouvernement : Hulot démissionne !

Si la « modernité » de la Macronie est somme toute relative, il faut tout de même lui reconnaître une certaine efficacité en termes d’innovation : la dernière en date, aux dépends du président lui-même, n’est autre que la démission du numéro 2 du gouvernement Philippe, le très populaire et médiatique Nicolas Hulot. Il l’a annoncée lundi matin, sur la matinale de France Inter, fatigué d’être la pastille verte du bulldozer macronien.

Crédits photo : STEPHANE MAHE / REUTERS

« Vous êtes sérieux, là ? »

Il y avait comme une pointe de relâchement, dans la question de Léa Salamé, sans doute dû à l’effet de sidération. Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique, vient alors d’annoncer sa démission, en direct, sur France Inter.

Une chose est de savoir s’il était « sérieux » d’imaginer que rentrer au gouvernement, pour celui qui avait été tenté par l’aventure présidentielle en 2007, puis en 2012 avec les Verts ainsi qu’en 2017, lui aurait permis de faire bouger les lignes en matière d’écologie. Le Premier ministre avait remis une couche dans son entretien pour le JDD sur les grands chantiers gouvernementaux, ce dimanche. Il n’avait même pas fait l’effort de prononcer au détour d’une phrase les termes « transition » ou « écologie », montrant le peu d’intérêt, en réalité, du gouvernement en la matière, par-delà les effets d’annonce.

Mais Hulot était bel et bien sérieux, ce matin, en claquant la porte de l’exécutif, sans même en avoir averti l’Elysée. Rien que d’imaginer la tête du président à cette annonce, voilà qui en a fait sourire plus d’un. On les comprend !

Fukushima gouvernemental ?

Inutile de dire que, pour Macron et son Premier ministre et, plus largement, pour la Macronie, il y a du Tchernobyl dans l’air.

Tout d’abord parce que Hulot constituait l’une des plus belles prises du président après son élection : il avait le double mérite d’être issu de la « société civile » et d’être très populaire, devenant ainsi la caution écolo d’un gouvernement dirigé par un ancien d’Aréva. Une véritable prouesse. Egalement parce qu’après l’affaire Benalla, qui est loin d’être close puisqu’il y aura bien une Commission d’enquête sénatoriale, après l’affaire Nyssen, autour des travaux illégaux de la maison d’édition Actes Sud de la ministre de la Culture, loin d’être « exemplaire », mais encore après le renvoi de la réforme constitutionnelle voulue par Macron et une croissance qui n’est pas au rendez-vous, l’annonce de la démission de Hulot est un véritable Fukushima gouvernemental, qui met en crise toute l’horlogerie élyséenne.

Car c’est là un autre élément à prendre en compte. Jusqu’à présent, y compris au cours de l’affaire Benalla, Macron avait su contrôler les pendules. Cette fois-ci, comme un vague chef de PME qu’on ne prend même pas la peine de prévenir pour lui signifier qu’on part au milieu d’un intérim peu convaincant, Macron subit sans rien maîtriser du tout. Il est loin, le temps du « président-Jupiter ».

Indépendamment de la bronca des salariés, des cheminots et de la jeunesse qui s’est exprimée à plusieurs reprises depuis mai 2017, la Macronie avait réussi à se déployer, d’un point de vue institutionnel, sans aucun accroc, jusqu’à cet été. Cette histoire appartient, désormais, au passé. Au cours des deux derniers mois, pas une semaine ou presque sans un à-coup, une embardée ou une sortie de route. Voire un tsunami, comme dans le cas de la démission de Hulot.

Et ce n’est en rien exagérer que de parler de crise majeure. En matière institutionnelle, les politiciens de la bourgeoisie peuvent y compris parfois se prendre les pieds dans le tapis à leur propre jeu. En effet, ce n’est pas sans dégâts qu’un ministre, numéro 2 dans la hiérarchie gouvernementale de surcroît, claque la porte, sans que l’on puisse lui trouver, a priori, de successeur.

Retour dans le passé pour la Macronie

Cette démission va forcer Macron à changer ses plans. Non seulement sa tournée en Europe du Nord, Danemark et Finlande, change de nature. Il ne sera plus question de « Macron-paladin-de-la-réforme-européenne » mais du prochain remaniement du gouvernement qui est dans toutes les têtes et va venir « polluer » le voyage officiel. Une bonne partie de la conférence de presse, à son arrivée à Copenhague, ce mardi, a d’ailleurs été consacrée à la politique intérieure hexagonale. Macron a même dû faire de l’auto-célébration de l’action gouvernementale en matière écologique plutôt que de parler d’Europe.

Au niveau international, les grands moulinets de Macron font pschitt, comme aurait dit son illustre prédécesseur, Jacques Chirac. Son ami, Donald Trump, s’est bien moqué de lui et de son « make the planet great again ». Au niveau européen, ses envolées à la Jean Monnet laissent de marbre : en témoigne le renforcement des populismes de droite qui arrivent au gouvernement et qui le prennent allègrement pour cible. C’est ce qui vient de se passer, mardi soir, en plein centre de Milan, où Macron a été étrillé par Matteo Salvini, vice-Premier ministre italien, et par Viktor Orban, son homologue hongrois. Sur le plan intérieur, après les affaires de cet été qui ont révélé les premiers signes d’usure prématurée de la Macronie, le président continue à représenter une « fabrique de radicalité ». Les temps sont durs, pour le président, et si la démission de Hulot n’est pas le coup de pied de l’âne, c’est en tous cas une sacrée secousse.

Macron ressemble de plus en plus aux présidents du « vieux-monde ». Hulot était une carte majeure de son gouvernement, elle joue désormais contre lui. Dans une enquête, 64% des sondés estiment que la démission de Hulot est « une mauvaise chose pour le gouvernement ». Voilà qui ne va pas arranger les affaires de Macron aux prises avec de sérieuses complications budgétaires, plus encore dans le cadre de cette rentrée qui était censée être apaisée après un printemps social mouvementé.




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