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Notre classe

Suicides, maladies, la précarité tue

Surmortalité chez les chômeurs : un risque de décès 2 fois plus grand

Ce 20 septembre sortait le deuxième rapport annuel de la SNC (Solidarités Nouvelles face au Chômage) intitulé « Rapport sur l'emploi et le chômage et ses impacts ». En ressort des chiffres alarmant quant à la précarisation de l'emploi et à l'impact du chômage sur la santé des chercheurs d'emplois. Le chômage est récemment reparti à la hausse et ce nouveau rapport inquiète quant aux conditions de vies des chercheurs d'emplois.

Une étude menée par Pierre Meneton en 2015 mettait déjà en causele chômage comme responsable de 14 000 décès par an constate que « le risque de décès des chercheurs d’emploi serait multiplié approximativement par un facteur 2 par rapport aux actifs du même âge. » On parle donc de surmortalité chez les personnes en recherche d’emplois. Il est par exemple constaté que ces derniers ont une fréquence accrue aux maladies cardiovasculaire, notamment les « infarctus du myocarde, les troubles du rythme, l’insuffisance cardiaque et les accidents vasculaires cérébraux ». Les chercheurs d’emplois sont aussi confrontés à un risque au suicide 2,2 fois plus fort que les salariés. Ces deux éléments expliquent en partie cette surmortalité.

Le document met d’ailleurs en avant que « ce surrisque pour la santé n’est pas corrélé à la simple inactivité professionnelle » car on ne le retrouve pas en ce qui concerne les retraités. « La dégradation de la santé est liée à la durée du chômage, cause d’une usure psychologique, mais aussi d’une usure physiologique, comme en témoignent certaines recherches montrant une accélération du vieillissement spontané »

A noter que ce rapport se compose de 2 parties. La première analyse le chômage de longue durée et la précarisation de l’emploi, la seconde traite des impacts négatifs du chômage sur la santé.

Dans la première partie on constate, malgré une légère baisse du chômage de longue durée, un « accroissement d’une précarité récurrente, constitutive d’un véritable « mal-emploi ». Cette précarisation croissante est la cause de « transformations structurelles du marché du travail » et d’une « plus grande flexibilité du travail instaurée pour les faciliter »

« Ce qui est préoccupant, c’est la multiplication de contrats à durée déterminée pour des périodes
de plus en plus courtes et touchant de façon récurrente une population alternant chômage et emploi
(la « permittence »), enfermée dans cette précarité et davantage exposée aux risques psycho-sociaux. »

Pour la fin 2017, les CDD représentent 87 % des embauches dont 50 % de contrats inférieurs à une semaine et 30 % simplement pour la journée. L’observatoire des inégalités avait en 2015 estimé qu’au minimum 1,7 millions de salariés (1/3 des travailleurs à temps partiels) « travaillent à temps partiel de façon subie ». Cette tendance s’est accentuée depuis 3 ans et le rapport parle d’un « renforcement de la dualité du marché du travail qui enferme de nombreux chercheurs d’emploi dans la nasse de l’emploi précaire ».

Cette masse de travailleurs qui survie avec des contrats de plus en plus précaires, tend à s’accentuer. Loin d’être un problème spécifiquement français, l’OCDE alerte tous les pays industriels « sur la dégradation des conditions de travail, notamment les emplois précaires et le temps partiel contraint. ».

En conclusion, le chômage entraîne une surmortalité, un « surrisque » pour la santé. Les logiques néolibérales de flexibilisation du marché du travail, à l’œuvre depuis des décennies sans pour autant endiguer le chômage, précarisent de plus en plus l’emploi. Les conditions de vies déjà difficile des chercheurs d’emploi se dégradent, quand de plus en plus de gens se retrouvent au chômage (entre 2008 et 2017 : 1,5 million d’inscriptions supplémentaire à pole emploi ).

Crédits Photo : Getty Images/EyeEm




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