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« L’occupation du site recommencera »

Sursis d’un mois pour GM&S : « on est prêts à repartir en grève, du jour au lendemain »

Le tribunal de commerce de Poitiers a rendu à midi sa décision : il accorde un mois de sursis aux salariés pour étudier les solutions de reprise. Cependant, cette avancée se fait sous une pression toujours plus forte du gouvernement pour faire taire les employés. Une interview avec un salarié de GM&S.

Sursis accordé aux GM&S en échange de la reprise de l’activité

En liquidation judiciaire depuis le 5 décembre 2016, les salariés de GM&S attendaient avec inquiétude l’annonce du tribunal de commerce de Poitiers. Ils s’étaient d’ailleurs déplacés en nombre le jour de l’audience : près de 400 travailleurs et soutiens s’étaient postés devant le tribunal mardi 23 mai pour demander tout simplement le maintien de l’emploi, dont des travailleurs de Goodyear ainsi que Philippe Poutou. Après la manifestation du 16 mai, durant laquelle près de 2500 personnes ont manifesté en soutien aux grévistes qui occupaient l’usine depuis le 11 mai, c’est donc la mobilisation qui a permis de faire pression sur le gouvernement et le tribunal de commerce pour obtenir ce sursis. En effet, après les annonces de Renault et de PSA d’augmenter leurs commandes et de nouvelles offres de reprise, le tribunal a estimé que « le renouvellement de la période d’observation peut être justifié pour une courte durée permettant de favoriser la finalisation et l’examen d’une ou plusieurs offres de reprise  ».

La décision est cependant un sursis, car il n’acte en rien la survie du site. De plus, rappelant bien de quel côté il se place dans ce conflit, le tribunal a tout simplement exigé la fin de la grève et la reprise du travail en échange de tout sursis : « la prolongation n’est envisageable que sous la condition du redémarrage de la production, aujourd’hui arrêtée, qui seule permettra de générer les liquidités nécessaires à la marche courante de l’entreprise », ont précisé les juges. Face à cette pression de l’État, les ouvriers, réunis hier midi en assemblée générale, ont voté le déminage de l’usine et la reprise du travail dès lundi prochain.

Des salariés vigilants et prêts à occuper à nouveau l’usine

Malgré ce que le gouvernement présente comme une « avancée », les salariés restent très vigilants quant à la suite des négociations. Et Vincent Labrousse, délégué CGT du site, a prévenu : «  les salariés ont décidé en assemblée générale de suspendre le blocage du site et de déminer le site de manière provisoire. Si rien n’avance et s’il n’y a pas d’offre sérieuse déposée, on re-mine le site  ». En effet, pour l’instant, rien n’est acté car les donneurs d’ordre, Renault et PSA, ont annoncé des augmentations de commandes qui ne permettent pas encore de sauver tous les emplois. Or, ce sont bien les emplois qui sont la priorité pour les salariés : un salarié sur le site, explique : « on se bat depuis le début pour ne laisser personne sur le côté », avant de préciser que si les annonces sont mauvaises, « on est prêts à repartir en grève, du jour au lendemain : l’occupation du site recommencera. Tant qu’il n’y a rien de signé, d’acté, les gens seront toujours mobilisés ». Cette détermination des travailleurs illustre d’autant plus la nécessité pour gagner de rompre l’isolement de la lutte, alors même les principaux clients du sous-traitant, à savoir Renault et PSA, œuvre eux aussi des plans de compétitivité. Ainsi, pour l’instant, au-delà de la manifestation du 16 mai, le mouvement de solidarité n’a pas réellement permis de faire pression sur Renault et PSA, entreprises dont les bénéfices dépassent chacune le milliard d’euros. Car au-delà des repreneurs, les salariés regardent avant tout vers les donneurs d’ordre : « les annonces de Renault et de PSA, c’est déjà bien, mais il en faut davantage : le levier est dans le bon sens, il faut que cela continue », nous confiait un salarié. Car pour sauver tous les emplois, le chiffre d’affaires doit être de 40 millions d’euros. Actuellement, il est de 26 millions : c’est donc sur les épaules des travailleurs de tout le secteur automobile que repose l’avenir des GM&S.

Face à un gouvernement qui ne veut pas lâcher, la nécessité de maintenir la pression

Alors que les salariés sont en passe de reprendre le travail, rester vigilants est une nécessité : si le nom de la famille Frey a été cité dans les différentes offres de reprise, aux côtés notamment du groupe équipementier stéphanois GMD, la seule priorité des salariés est d’avoir l’assurance d’un avenir pérenne : « suspension [de l’occupation], mais mouvement qui peut être beaucoup plus dur si on n’arrive pas à nos fins, et nos fins, c’est que le site de La Souterraine vive. Pas six mois ou un an, mais avec une stratégie industrielle claire, nette et précise, que ce soit avec la famille Frey ou n’importe quels autres repreneurs », a ainsi prévenu Denis Bréant, syndicaliste CGT Métallurgie.

L’heure est donc à la préparation des prochains bras de fer, surtout si le gouvernement reste dans sa ligne : actuellement, le gouvernement est bien décidé à tout faire pour ne rien donner sans plus de flexibilité ou sans licenciements. La décision du tribunal apparaît ainsi comme un bon moyen pour Macron de repousser toute éventualité de plan de licenciement après les échéances des législatives, qui auront lieu les 11 et 18 juin. Une vigilance que les salariés veulent collective : « il y aura des AG tous les jours pour nous tenir au courant, pour décider de ce qu’on fait, au changement d’équipe, vers 12h30  », nous a expliqué le salarié, ouvrier depuis 23 ans à l’usine. Au-delà de la vigilance des premiers concernés, c’est bien tous les ouvriers de l’automobile qui seront attentifs à l’issue du dossier, qui, après la liquidation de Whirlpool, donnera un premier signal aux travailleurs en ce début de quinquennat.




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