Monde

Leurs guerres, nos morts

Syrie. Au moins 85 civils massacrés par la coalition anti-EI

Publié le 20 juillet 2016

A. Bronstein

Dans le cadre de la guerre asymétrique qui oppose les forces impérialistes et ses alliés locaux aux forces réactionnaires de l’Etat islamique, comme un écho macabre au massacre perpétré à Nice et revendiqué par Daech, des bombardements menés par les États-Unis dans le cadre de la coalition internationale anti-Etat islamique ont fait entre 85 et 200 morts. Il s’agirait de la plus grosse « bavure » depuis le début des opérations menées par la coalition en Syrie, en septembre 2014.

Au nord de la Syrie, dans la province d’Alep, la ville de Minbej est stratégique. Actuellement aux mains de Daech, elle est une voie vers la frontière syrio-turque. Depuis plusieurs semaines, l’alliance arabo-kurde FDS (Forces démocratiques syriennes), au sol, tente de récupérer ce carrefour central en avançant pas à pas vers le centre-ville. Dans le même temps, la coalition internationale menée par les États-Unis et qui comprend onze membres en tout, dont la France et le Royaume-Uni, bombarde aveuglément et sans relâche la région.

La nuit du 18 au 19 juillet, un véritable carnage dans la région


C’est dans ce contexte, et alors que plusieurs dizaines de civils avaient trouvé la mort dans des raids aériens menés par la coalition sur des faubourgs de Manbij lundi matin, que des civils ont été tués en masse sous les bombes de l’impérialisme états-unien, dans la nuit du 18 au 19 juillet. En effet, à Toukhar, village à 10 kilomètres au nord de Manbij, des dizaines et des dizaines de cadavres ont été retrouvés suite aux dix-huit bombardements menés par la coalition dans cette zone le 18 juillet.

Les corps des victimes ensevelis sous les décombres n’ont pas tous été retrouvés, et selon les déclarations des différentes organisations, les chiffres du nombre de victimes varient. Si l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) parle de 56 morts civils dont 11 enfants, l’État Islamique évoque 160 morts et Hassan Al-Nifi, membre du conseil révolutionnaire de Toukhar qui témoigne pour le Monde, explique que « quand les membres de la défense civile sont intervenus mardi matin, ils ont récupéré 85 cadavres dans les décombres, principalement des femmes et des enfants. Mais lorsqu’ils ont pu faire venir leur matériel de déblaiement, beaucoup d’autres corps sont apparus. Nous sommes à plus de 200 morts et le décompte n’est pas terminé. »

Des civils pris en tenaille entre Daesh et les bombes impérialistes


Cette boucherie nous prouve une fois de plus que les premières victimes de ce déploiement de forces impérialistes et réactionnaires dans la région sont bien évidemment les civils, pris en tenaille entre la barbarie de Daesh – qui les affame et les utilise comme boucliers humains au sein de Minbej – et les bombardements incessants menés par la coalition internationale. Cette dernière, depuis le 31 mai qui marque le début de l’opération, a déjà plus de 450 frappes aériennes à son actif.

Cet événement, décrit parle Mondecommela pire bavure de la coalition anti-EI, est une énième démonstration de la barbarie impérialiste, faisant le lit de la réaction islamiste dans ces régions dévastées. La politique menée par les forces en présence ne vise, en dernière instance, qu’à maintenir les intérêts économiques et géopolitiques des principaux pays impérialistes et des classes dominantes locales. Daesh est une conséquence barbare et profondément réactionnaire des bombardements et des interventions impérialistes dans la région. Ni l’une ni l’autre ne peuvent être une alternative pour les classes populaires et la jeunesse syrienne.