Monde

Les coupables courent toujours

Syrie : Omran Daqneesh, 5 ans, érigé en symbole de l’horreur de la guerre

Publié le 19 août 2016

La vidéo du sauvetage d’un enfant âgé de 5 ans, extrait des décombres suite au bombardement de la ville d’Alep en Syrie le 17 Août, a été partagée massivement sur les réseaux sociaux. Il n’a pas fallu longtemps pour que la presse du monde entier ne mette la photo du jeune enfant à la une de nombreux quotidiens suscitant une vague d’émotion qui n’est pas sans rappeler celle soulevée par la publication de la photo du corps d’Aylan sur les plages Turques en septembre 2015. Pourtant, ces élans d’empathie n’ont pas empêché la détérioration des conditions de vie des réfugiés et l’Europe s’est transformée en véritable forteresse alors que les forces impérialistes ont renforcé leur logique guerrière au Moyen et au Proche Orient, accentuant le chaos sur lequel se nourrit Daech.

Jaque Mate

Des populations prises dans le feu croisé des forces impérialistes et réactionnaires
Alors que de nombreuses associations, organisations et collectifs n’ont cessé de dénoncer la situation et multiplié les appels à l’aide face à la situation catastrophique des populations civiles depuis le début de la guerre , les images de cette très jeune victime ont un poids bien plus grand au sein de l’opinion publique et permettent de rappeler une vérité souvent passée sous silence par les médias : outre les conditions de vie atroces dans les villes ciblées par les bombardements, la guerre menée par les impérialistes aux forces réactionnaires est responsable de la mort de milliers de civils !

Si Omran a pu être sauvé des décombres et soigné à l’hôpital M10 (frappé à plusieurs reprises par des raids aériens) ainsi que la douzaine d’enfants de moins de 15 ans blessés ce soir-là, l’OSDH (Observatoire Syrien des Droits de l’Homme) indique que 300 000 Syriens dont 80 000 civils seraient morts depuis le début du conflit.

Ainsi si les populations de ces pays sont déjà victimes des atrocités commises par Daech ou par le régime de Bachar-El-Assad dans le cadre du conflit impliquant également les rebelles opposés au président Syrien, les victimes des bombardements - qui se sont intensifiés ces derniers jours notamment autour de la ville d’Alep - ne sont pas à attribuer uniquement aux raids aériens menés par la Russie, à l’image des frappes de la coalition internationale ayant touché la ville de Minbej le 20 Juillet dernier.

La France qui participe à la coalition internationale depuis 2014 et qui a commencé les frappes aériennes en Syrie en Septembre 2015 est également coupable de ces massacres.

Comme annoncé par François Hollande suite aux attentats de Nice, les forces françaises ont intensifié les frappes en Irak et en Syrie et représentent aujourd’hui 10 à 20 % des sorties aériennes réalisés par la coalition selon l’état-major des armées. Le Ministère de la Défense se vante ainsi d’avoir réalisé 44 sorties, dont 32 de bombardement entre le 03 et le 09 Août dans son bilan concernant l’ « opération Chammal » daté du 12 Août.

Malgré la difficulté à établir des statistiques fiables et précises, le site airwars.org estime que le nombre de victimes civiles dû à des frappes aériennes en Syrie est compris entre 3485 (estimation basse avec des critères plus stricts) et 4761 (estimation haute).

L’Europe forteresse se perpétue et s’intensifie !

La très grande médiatisation de la mort du jeune Aylan sur les plages Turques avait suscité beaucoup d’émotion et une très grande indignation quant au sort réservé aux migrants essayant de fuir les guerres frappant leur pays. Pourtant, presque un an après la situation au lieu de s’être améliorée a encore empirée … Alors que de nombreux pays Européens rétablissent et renforcent les contrôles aux frontières, remettant en cause dans les faits les règles de libre circulation des personnes en vigueur au sein de l’espace Schengen, les migrants ont dû trouver de nouvelles voies – plus dangereuses encore - afin d’accéder aux pays au sein desquels ils souhaitent demander asile en tant que réfugiés politiques.

Le bilan du nombre de personnes mortes noyées alors qu’elles tentaient de rejoindre l’Europe depuis le début de 2016 s’élevait en Juin à 2809 selon l’OIM (Organisation internationale pour les migrations).

Mais les difficultés ne se limitent pas au trajet et une fois sur place les conditions d’accueil sont souvent indignes. Des populations entières sont laissées à l’abandon dans des conditions d’hygiène déplorables et sans aucune perspective de prise en charge décente.

Malgré les appels de détresse lancés par les réfugiés, rien n’est fait pour améliorer leur situation. En France, face à cette situation, les migrants se regroupent et créent des campements de fortune dans lesquels ils s’abritent et s’organisent avec l’aide de militants et d’associations. Le gouvernement de François Hollande n’hésite pas à employer la force pour les déloger et les chasser à chaque fois qu’ils s’installent sans même proposer de réelle solution alternative.

Pour l’Europe la solution qui a été trouvée pour résoudre le problème de l’immigration passe par un accord avec la Turquie négocié avec Erdogan permettant de renvoyer les migrants rassemblés dans des « hotspots » lors de leur arrivée en Grèce vers la Turquie, qui à son tour risque de les renvoyer dans leur pays d’origine ...

Batailler contre la guerre menée par notre propre impérialisme !

Ces élans d’empathie spontanés permettent de médiatiser les problèmes rencontrés par les populations victimes de la guerre et de dénoncer les conditions dans lesquelles sont traités les migrants lorsqu’ils cherchent à fuir leur pays.
Pourtant, alors que les hommes politiques ne manqueront pas d’enchaîner les déclarations « humanitaires » sans aucun effet, la seule voix progressiste pour la jeunesse et le mouvement ouvrier face à leur guerre qui font nos morts reste de dessiner les contours d’un vaste mouvement contre la guerre et ses conséquences. En ce sens, il s’agit de dénoncer et exiger l’arrêt de ces guerres menées par les pays impérialistes qui, de par le chaos créé, font le terreau de de la guerre asymétrique menée par les forces djihadistes. Leurs guerres, nos morts !